ECRITE PAR LES MOINES
fluence sur les affaires, sans jamais vouloir revendiquer néanmoins aucun apparat pour ce reste d'autorité personnelle ; de manière qu'aux yeux du monde ce fut son fils qui sembla (f régner et gouverner » seul. Comment ce rôle a-t-il été inconnu ou nié jusqu'ici dans l'histoire "?... Parce que justement c'était le « secret de l'État.» L'histoire officielle ne voyait que le souverain titulaire et ne pouvait ouvrir ces dépêches et ces lettres de chaque jour qu'apportaient les courriers allant et venant sans cesse de Yuste à Valladolid, et de Valladolid à Yuste, ou de Yuste en Flandre, en Allemagne, en Italie, en Portugal, en Angleterre, etc. Ces lettres et ces dépêches sont demeurées ensevelies pendant des siècles dans les discrètes archives de Simancas. Après la mort de Charles-Quint, les moines de Yuste furent ses seuls chroniqueurs; nul d'entre eux n'avait été admis à la moindre confidence politique. Ils n'avaient vu l'exempereur qu'à l'église ou dans son jardin, priant Dieu, mêlant sa voix au chant des offices, écoutant le sermon, cultivant ses fleurs , nourrissant ses animaux^ favoris, jetant des miettes de pain aux truites de ses bassins, allant tirer un ramier avec son arquebuse, causant familièrement avec ses serviteurs ou ses hôtes, etc. Pour l'honneur de leur couvent, ils se complurent à le représenter comme n'ayant d'autre pensée que celle de son salut éternel, pensée qui le préoccupait beaucoup aussi, sans doute, mais non comme pensée unique, exclusive. Il existe donc deux histoires de cette mémorable retraite du plus puissant monarque du xvi® siècle, deux histoires qui, se complétant l'une par l'autre, expliquent un caractère dont les contradictions sont celles de la nature humaine et réalisent «f l'homme double » de saint Paul.
Pour qui se contenterait encore de l'histoire du séjour de Charles-QuintàYuste, d'après l'édifiante relation empruntée par Sandoval au prieur fray Martin Angulo, que l'historien nous dit avoir transcrite presque littéralement, ou d'après celle du religieux anonyme, que nous avons plus souvent citée parce qu'elle contient plus de détails encore, toute la chronique des
événements de cette espèce de régne posthume pourrait se réduire au sommaire suivant, — les quinze premiers chapitres ayant conduit Charles-Quint dans l'enceinte du monastère :
Le XVI® chapitre nous apprend « ce qui se passa entre Sa Majesté et fray Juan de Régla, son confesseur. »
Ch. XVII. Des aumônes que Sa Majesté fit faire dès son entrée à Yuste.
Ch. xvni. Comment Sa Majesté, depuis sa retraite, se tint en dehors des affaires séculières.
Ch. XIX et XX. Comment Sa Majesté distribua les jours de la semaine {sermons, lecture des Épîtres de saint Paul, etc.J.
Ch. XXI. Des messes que Sa Majesté faisait dire à Yuste.
Ch. XXII. Comment Sa Majesté et tous ses officiers étaient assidus à communier.
Ch . xxm . De la fête de l'apôtre saint Mathias et des indulgences qui s'y gagnaient. (Nous avons déjà mentionné cette solennité religieuse qui se célébra deux fois à Yuste pendant le séjour de Charles-Quint. « Dès le matin, dit l'Anonyme, ses officiers se présentaient en habit de fête pour communier ; leurs femmes, qui demeuraient à Quacos, accouraient à Yuste en grande parure pour assister aux offices. On venait de quarante-sept lieues & la ronde afin de gagner l'indulgence plénière accordée par le Pape. Pour satisfaire à l'empressement de la foule, un autel et une chaire'se dressaient hors du monastère ; deux offices se célébraient, l'un en plein champ, l'autre à l'intérieur de l'église, etc. » ]
Ch. xxrv. De ce qui se passa entre Sa Majesté et les visiteurs de notre Ordre.
Ch. XXV. Comment Sa Majesté dîna un jour dans le réfectoire avec tout le couvent.
Ch. XXVI. Du zèle que montrait Sa Majesté dans l'observance des pratiques religieuses.
Ch. XXVII. De la manière dont Sa Majesté assistait aux offices.