‹ Charles-Quint;Chapitre 3 sur 58 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

son héros. Je ne m'en défends pas. Les juges du camp décideront si je suis resic maître du terrain. Mais il était essentiel pour moi de restituer à Charles-Quint son vrai caractère, de le réhabiliter en quelque sorte moralement, avant de raconter l'épisode le plus héroïque de son règne. Bref, j*ai essayé de dire ce qu'il fut avant de dire ce qu'il fit. Mon point de départ deviendra désormais celui des historiens français et étrangers qui voudront refaire une histoire de Charles-Quint ou de François h'.

Tousiestraitsde lanouvellephysionomie morale quej'attribue à Charles- Quint, se trouvent dessinés dans la masse de documents exhumés récemment des archives espagnoles, belges, allemandes, etc.^ etc. ; i— ils se trouvent dans ces lettres et ces pièces diplomatiques, où le grand empereur du xvi« siècle nous apparaît enfin tel qu*il fut sur le trône, entouré de ses hommes d'État et de ses capitaines, — tel qu'il fut chez les moines hiéronymites, au milieu des serviteurs qui se dévouèrent à être les courtisans de sa solitude. Ces documents ne sont pas tous publiés encore : j'ai pu obtenir, par extraits sinon intégralement , une communication obligeante de quelques-uns de ceux qui restent inédits, et j'y ai glané quelques faits nouveaux dont j'ai tiré parti dans mon travail ; mais le mérite que j'ose surtout revendiquer, c'est d'avoir le premier donné à ces faits nouveaux^ comme aux faits depuis long-temps connus, leur vraie couleur et leur interprétation logique. Si le Charles- Quint de cette chronique n'est plus le souverain impeccable de ses anciens historiographes et panégyristes, il n'est pas davantage l'ambitieux sans scrupule, rhypocrite impassible, le libertin usé par la débauche, le dévot que la superstition ou les remords ont fait tomber en démence, comme le représentent tant d'auteurs estimables d'ailleurs. Malgré ses faiblesses d'homme et ses fautes de roi, que je n'ai pas dissimulées, je crois que mes lecteurs admireront encore dans Charles-Quint une des grandes inteili* gences de la civilisation moderne, le politique conséquent — et, en même temps (révélation qui n'est pas la moins curieuse), le cœur le plus romanesque, le chevalier le plus respectueux pour les dames et le mari le plus fidèle, lui « le contemporain de François l" avec ses maîtresses et de Henri YllI avec ses femmes. »

Parmi les reproches adressés à Charles-Quint, il en est un dont, à mon grand regret, je n'ai pu qu'imparfaitement laver sa mémoire: c'est le reproche d'intolérance religieuse; mais là encore je crois avoir réduit à leur juste valeur et les exagérations de ceux qui l'ont maudit comme le digne père de Philippe II, et les exagérations de ceux qui, non contents de l'exalter comme complice de l'inquisition, ont voulu, par une fraude pieuse, lui attribuer le remords de n'avoir pas manqué à sa parole de chevalier et de roi quand il l'avait engagée aux hérétiques. Je prie seulement

Page 1