AVANT-PROPOS. III
les lecteurs qui me trouveraienl encore trop indulgent pour Teropercur tris catholique du seizième siècle, de se transporter, par l'imagination, en France même, dans ce dix-septième siècle appelé le grand siècle, sous ce roi 1res chrétien appelé le grand roi ei dont la cour était réellement le foyer de toutes les intelligences. La révocation de Tédit de Nantes, — que nous délestons aujourd'hui comme une mesure non moins fatale à la monarchie elle-même qu'aux victimes qu'elle proscrivit et expatria , — n'eut-elle pas pour approbateurs tous les esprits les plus éminenls, Mme de Sévigné aussi bien que MmedeMaintenon, Bossuet aussi bien que le janséniste Arnaiild, qui écrivait, au sujet des Drago' nadesy si qu'on avait pris contre les protestants des mesures un peu vio- » lentes, mais nullement injustes (1) ? »
Les auteurs les moins passionnés, des historiens philosophes tels que Voltaire et Robertson, ne se sont pas aperçus qu'ils répétaient sur Charles-Quint les contradictions les plus bizarres, double expression des erreurs de l'ignorance et des calomnies de la haine. Celte espèce de tradition peut seule expliquer comment, hier encore, un auteur écossais d'un rare esprit^ M. Stirling, en mettant en œuvre quelques-uns des mêmes documents sur lesquels je m'appuie, au lieu d'arriver aux mêmes conclusions que moi, reproduisait deux ou trois des fausses assertions que j'ai réfutées victorieusement. C'est que, lorsque ces documents me sont parvenus, les contradictions que je signale m'avaient frappé depuis long-temps, — une étude impartiale m'avait déjà mis sur la voie, — j'avais, pour ainsi dire^ deviné le vrai Charles-Quint sous le travestissement que lui imposait le préjugé traditionnel de l'histoire.
Cette confirmation d'une vérité d'abord conjecturale deviendra, je l'espère, aussi évidente pour les lecteurs que pour moi, par l'ensemble de mon travail, composé de deux parties distinctes et qui, cependant, se tiennent plus étroitement qu'il ne parait d'abord : l'une et l'autre sont Vhistoire du caractère de Charles-Quint plutôt que celle des événements de son règne. J'aurais pu donner plus de développement aux esquisses de la première partie, mais elles sont complétées dans la seconde. Ayant été devancé en Angleterre par M. Stirling, auteur d'une relation du séjour de l'cx-Empereur à Yuste, et une comparaison non moins redoutable
(1) Voir un article du Journal éts Déi/fats du 5 octobre 1853, par M. S. de Sacy, dont le Dom, héréditairement illustre dans les lettres, rappclhi une des victimes du Jansénisme, persécuté à son tour. — Voir sur le mOme sujet, dans le môme journal, un article plus récent par M. H. Rigault.
Le critique cite Bossuet qui, dans sa Politique tirée de V Écriture-Sainte, dit : « Ceux qui ne veulent pas que le prince use de rigueur en matière de religion, parce que la religion doit ôtre libre, sont dans une erreur impie; » — doctrine développée dans le sermon sur ï%miii de l* Eglise.