ECRITE PAR LE^ MOINES
mis, de peur qu'irrités ils ne passent au service du roi de France, etc., etc.
Après cet essai de isommaire tracé ici pour être mis en parallèle avec celui de l'Hiéronymite anonyme, qui semble n'avoir pas supposé que Oharles-Quînt pût, à Yuste, se préoccuper d'une autre pensée que celle d'édifier le monde par sa dévotion, nous devons rentrer dans la voie de notre récit en faisant connaître chaque événement avec plus de détails, selon la mesure de son importance.
Quand on se contente d'énumérer tous les royaumes, états, principautés et villes qui formaient l'Empire de Charles- Quint, la splendeur de son cortég'e aux jours des solennités, splendeur qui fait encore ressortir la simplicité personnelle de l'Empereur, — quand on le suit conduisant ses armées en Europe ou ses flottes en Afrique, il nous apparaît comme le plus puissant et le plus riche des princes de son temps, celui qui vit, dit Montesquieu, « l'univers s'étendre pour lui procurer un nouveau genre de grandeur, et mettre un monde nouveau sous son obéissance (1). » Eh bien! ce puissant et ce riche empereur, réduit aux expédients pendant tout son règne, fut presque constamment à la veille de faire banqueroute. Ni les impôts annuels et réguliers, ni les subsides extraordinaires qu'il tirait de ses peuples, ni l'argentetl'or du Mexique et du Pérou ne le dispensèrent de vivre d'emprunts et d'être la proie vivante des usuriers, après avoir aliéné successivement tous ses domaines impériaux et royaux, après avoir engagé d'avance tous ses revenus courants et tous ses revenus futurs. II. subissait quelquefois des intérêts de 10, de 20 et même de 30 pour 100 — (taux approuvé par les Cortès en 1552). Lorsque François !«' viola, en 1527, le traité de Madrid, Charles -Quint ne mit une armée en campagne qu'avec la riche dot de l'impératrice Isabelle . En 1529, ilneput aller en Italie qu'après avoir cédé au Portugal ses droits sûr les Moluques. — Bernard Navagero, évaluant les
(1) Montesquieu, Esprit des lois.
318 LA CHRONIQUE DE CHÀRLESrQUINT
sommes que coûtèrent à Charles-Quint vingt années de guerre (de 1520 à 1540), estimait qu'elles surpassaient ce que tous les princes de l'Europe réunis possédaient en argent comptant. « Il y a dépensé, dit-il, outre les revenus ordinaires et » extraordinaires de ses États patrimoniaux et ce que l'Empire » lui a accordé, la dot de sa femme et celle de la fenune » de son fils, les 2 millions payés par le roi très chrétien pour » sa rançon, les 1,400,000 ducats que lui a prêtés le » roi de Portugal, les 100,000* qu'il a reçus de la Seigneurie » après la paix de 1529, les 100,000 que le duc de Ferrare » lui a donnés pour l'investiture de Carpi, enfin les 100,000 » comptés par le duc de Toscane lorsque les châteaux de Flo- » rence et de Livoume lui furent remis (1). »
Débiteur ponctuel, d'ailleurs, comme le Cid lorsqu'il racheta si loyalement le gage que les Juifs exigèrent de lui, vous voyez Charles-Quint s'humilier périodiquement devant les assemblées qui tiennent les cordons de la bourse publique en Espagne et dans les Pays-Bas. Si elles lui accordent une taxe extrasj ordinaire, ce sera parfois la cause d'une émeute, commeà Gand ; mais plus souvent à peine obtient-il le tiers de la somme qu'il sollicite, comme lorsqu'en 1539 il expose en vain aux trois ordres de Castille réunis à Tolède qu'il ne peut déjà plus servir les intérêts de ses dettes (2) . Situation bizarre qui explique pourquoi Charles-Quint passait, alternativement, poiu» le plus magnifique et le plus parcimonieux des monarques ; mais qui prouve aussi, peut-être, qu'on n'a pas exagéré une grandeur conquise malgré de pareils embarras. Ce qu'il y avait de plus cruel pour lui, c'est qu'il avait seul le sentiment de la mission qu'il remplissait en s'efforçant de maintenir l'unité dans son Empire, et que chacun de ses États prétendait être sacrifié aux autres, tandis que le peuple, qui le croyait riche, l'accusait volontiers
(1) Cavallo suppute qu'en 1550, Gbarics-Quint avait engagé 8(^0,000 ducats sur les 020,000 ducats des revenus ordinaires de la Castille; 700,000 sur les 800,000 de Naples, /iOO,000 sur ceux de Milan, c*est-àHiire toute la perception, etc. 'jfofiumentê de la diplomatie vénitienne, page 88. — L. Rankb.
(3) Sandoval, tome ii. Cor tes de 1539.