ADMINISTRATION COLONIALE
Capmany et les autres savants théoriciens de Téconomie politique espagnole, ont démontré tous les vices de l'ancien système, qui fut si funeste, pendant trois siècles, aux financiers de la Péninsule, à son commerce, à son industrie et à son administration coloniale, dont nous avons surtout à nous occuper ici.
Depuis le règne de Ferdinand et d'Isabelle, l'administration coloniale était devenue progressivement une vaste juridiction qui participait à la fois d'une haute cour de justice, d'un ministère du commerce, d'un ministère de la marine, ^'un ministère des finances. Cette administration formait deux grandes divisions : — le Conseil supérieur des Indes, qui siégeait à Valladolid, et ce qu'on appelait le Bureau des affaires commerciales, la Maison de Contratacion [Casa de Contratacion)^ sa succursale commerciale, qui siégeait à Séville. Tout était fondé sur ce régime des monopoles, des prohibitions ou des restrictions, qui existait alors partout mais qui était exagéré encore en Espagne ; tous les détails du service tendaient à se concentrer sur un point, — espèce de centralisation administrative qui avait à la fois ses avantages et ses inconvénients ; mais dont les inconvénients l'emportaient à la longue sur les avantages, à cause du respect conservé en Espagne pour la routine ou la tradition, quelque changement que le temps apportât à ce qui avait primitivement pu être considéré comme l'organisation la meilleure et la plus simple. Ainsi, au lieu de distraire du Conseil des Indes quelques-unes des prérogatives qui lui avaient été attribuées dans l'origine de son institution, lors de la découverte du Nouveau-Monde, on laissait ce Conseil tout envahir par son patronage comme par ses pouvoirs, sans faire attention que s'il décidait toutes les questions entre la couronne et les sujets en faveur de la couronne, le Conseil faisait payer directement ou indirectement à celle-ci ses services et ses décisions arbitraires.
Quand on calcule l'abondance des richesses que le Nouveau- Monde envoyait à l'Espagne sous Charles-Quint, quoiqu'on doive rabattre beaucoup des descriptions poétiques qu'on en
faisait alors, on ne peut expliquer que par les vices de la perception, par les fraudes bureaucratiques et par Tescompte plus ou moins usuraire des banquiers , rembarras d'un g^ouvernement dont le fisc prélevait le droit d'un cinquième sur tous les objets d'exportation ou d'importation, sans parler du produit direct des mines exploitées pour le compte de l'État (1). La Maison de Conlratacion de Séville avait pour fonction spéciale d'enregistrer ou de douaner les articles envoyés aux €ndes et les articles qui en provenaient, y compris les lingots. Le contrôle devait être facile, il nous semble, alors que Séville était par privilège îe seul port de départ et d'arrivée pour tout lé trafic colonial. C'était de Séville que mettait annuellement à la voile la flotte marchande dont tous les navires, enregistrés à la Maison de Contratacion^ étaient escortés par la flotte royale des galions qui les escortait de même à leur retour : une vérification douanière avait lieu à Hispaniola, où la relâche était obligatoire pour tout le trafic du Mexique et du Pérou. « Non-seulement, » comme ledit l'historien des Rois Catholiques, «le nouveau Pactole découvert au profit de l'Espagne, au lieu de la féconder et d'y raviver les véritables sources de la prospérité nationale, ne devait que les dessécher dans l'avenir; mais déjà le souverain pouvait, au milieu de l'or des Indes, être comparé au monarque de Phrygie affamé par sa richesse surabondante. » L'or des Indes, en effet, suflfeait à peine à l'entretien de la flotte militaire çt à l'armement des. fortifications des côtes de l'Espagne. Le revenu colonial était engagé deux ans d'avance a des banquiers étrangers, Génois la plupart; enfin, autour même de la Maison de Contratacion^ h
(1) Scion Pierre Martyr, les mines seules d'Hispaniola rendaient annuellement cinq cent mille onces d*or. Scion Herrera, les pêcheries de perles de Cubagua valaient annuellement aussi 75,000 ducats. La couronne, outre ses droits de douane, prenait quelquefois un intérêt dans une pacotille de voyage ; quant aux fonctionnaires civils, ils revenaient généralement enrichis, pour peu qu'ilscussent su profiter de leur placp, témoin le trésorier Bernardin de Santa-Glara qui, après quelques années de résidence à Hispaniola, avait amassé quatre-vingt-«cize mille onces d'or. Hcrrera dit que ce nouveau riche faisait servir à ea table de la poudre d*or au lieu de sel. Voir Vif'stoire lUi Mexi.iue^ de Priscott, et son Histoire de ï-ndinmid et d^Imb^He, tome III, p. /ï7.