VI AVANT-PROPOS
pour nous faire élire Charles, il suffit qu*i] possède quelques États appartenant à TEmpire^ il faut tenir compte aussi au roi de France de ce qu'il possède Milan et le royaume d'Arles^ anlique siège de vos vieux empereurs : « El si hoc satis est causœ cur Carolum eligimus quia tenet quas' » dam ditiones pertinentes ad Imperium, valeat idem in Gallo quod Medu- » lanum et regnum abelatensb velerum vostrorum imperatorum in potestate » sua habet. » Je puis citer le texte latin des tiarangues électorales, grâce h un petit volume que j'ai acquis en bouquinant à Gand dans mon dernier pèlerinage fait aux lieux où Charles-Quint naquit et passa son enfance. On verra que je m'en suis servi pour esquisser la scène de Télection» et je m*en servirai encore pour la raconter avec plas de détails dans Thistoire do la lutte de Charles-Quint contre Solyman, cette scène en étant le prélude (i). Ici, je ne veux que faire remarquer la mention de cette vieille cité d'Arles, tour à tour royaume et république, dont je suis indigène. Après qu'Arles se fut constituée en ville libre et indépendante^ les empereurs d'Allemagne n'en prenaient pas moins le titre de roi d'Arles. Ils le prirent encore lorsque Charles d'Anjou eut confisqué notre république au profil des comtes de Provence, et plus tard, même, lorsque la Provence tout entière fut annexée à la France. Des royaumes sans rois, des rois sans royaume, des républicains sans république, des républiques sans républicains... ces phénojnènes de l'histoire se sont reproduits sans cesse sur une petite échelle ou sur une plus grande l Voilà pourquoi nous trouvons dans nos annales deux derniers rois d'Arles (sans compter le mien), l'empereur Frédéric II (quinzième roi), en 1218, et l'empereur Charles IV en 1364. « Le 4 juin de cette année, cet empereur, fils de » Jean, roi de Bohême, entra dans la ville d'Arles avec le plus grand )> appareil. Le lendemain, mercredi, il fut couronné roi d'Arles dans l'é- » glise métropolitaine, par le cardinal-archevêque de Lagarde, en pré- » sence des ducs de Bourbon et de Savoie, du grand-sénéchal de Pro-*
(1) Ce volume 06t intitulé : Eirctio et coronat>'o CaroU Quinti Imp. Aug, docte et eleganter per Geoiigium Sabinum, Brandenbui'gen. conscripta. Il fut imprimé à Cologne en 1550, cum graiiâ et privilégia Cœsaris ad decennium. Le privilège de Charles-Quint avec le visa de Perrenot (cardinal Granvelle) avait été donné A Bruxelles le 17 mai de la dite année. A la suite de Tœuvre de Sabinus, qui était présent à l'élection, en sa qualité jle secrétaire du marquis de Brandebourg, est un résumé de la vie de Charles-Quint par Nicolas Mamcranus, frère de Henri Mameranus Timprimeur. Nicolas, poète-lauréat de l'Empereur, vivait familièrement h la cour : on l'y trouvait gai, plaisant... non sans une petite teinte de ridicule. — Robertson a cru que Sabinus n'avait rédigé que la relation du cérémonial de l'élection, tandis que ce sont les discours des électeurs qui donnent à son petit volume toute sa valeur historique. M. Mignet, qui vient d'écrire une analyse si érudite des intrigues électorales de 1519, a négligé ou ignoré pcutn^tre le texte de ces discours , dont j'ai cité un paragraphe si curieux sur la réputation de continence qu'avait Cbarles^^uint à la date de son élection. Voir le troisième g de la première partie de mon ouvrage.