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Iule cartilagineuse. Ce serait s’en faire une idée très fausse que de la supposer prisonnière dans sa gangue solide. C’est le contraire qui est vrai. En réalité, la cellule cartilagineuse gouverne la substance qui 1 enveloppe, celle-ci livrant à la vérité passage aux matériaux d entretien qui alimentent celle-là, mais en somme directement subordonnée aux conditions etaux modifications d’existence de la cellule. La substance amorphe du cartilage, dont Robin fait une partie constituante primaire de l’organisme par abstraction des cellules qu elle renferme, dépend directement de ces cellules qu’elle tient en apparence prisonnières. Ce sont elles qui régissent la substance amorphe, et celle-ci se pliera aux phénomènes vitaux de celles-là, se modifiant à leur contact (coque cartilagineuse), leur taisant place quand elles se développent ou se divisent en familles de cellules isolées, soit par le simple effet de l’âge, soit au voisinage plus immédiat d’un vaisseau capillaire (dans l’ossification dite enchondrale), etc... (1).
On en peut dire autant de la substance interposée aux cellules osseuses, qui constitue la masse solide et continue de l’os. Cette manière de concevoir la nature du cartilage ou d’un os et le rapport de leurs éléments cellulaires avec la substance amorphe n est, d ailleurs, nullement incompatible avec la forme définie de l’organe. Par une tendance toute naturelle, c’est dans la substance solide ou demi-solide que nous plaçons la caractéristique morphologique de celui-ci. En réalité elle n’est pas là, mais, comme pour tout autre organe dans l’agencement des éléments cellulaires qui en composent essentiellement le tissu, aussi bien que dans le contact et l’influence des parties environnantes (déformation des os rachitiques par action musculaire, etc.). La forme d’un os est plus stable en raison de la solidité de la substance interposée aux éléments cellulaires, mais ne résulte pas en définitive d’autres con-
(1) C’est dans ce sens seulement qu’il convient de parler de a territoires cellulaires», expression employée pour la première fois par Goodsir (1842-1845) et qui donna depuis lieu à une polémique assez vive, M. Virchow ayant été accusé, bien à tort, d’avoir voulu s’approprier la conclusiondu savantanglais(1858. — Voy. sur ce point: Robin, Anat. cell., p. 584 et suiv.) Goodsir entend par territoire cellulaire le territoire qu’il suppose occupé dans l’économie par les cellules descendues d’une cellule-mère originelle et formant autour d’elle comme une famille. A l’état normal, on n’observe rien de tel. Il
existe, à la vérité, des familles cellulaires nettement reconnaissables dans le cartilage en
particulier, mais elles ont, tout au contraire de ce qu’admettait Goodsir, pour caractère constant, l’égalité des membres qui en font partie. Les cellules familiales se sont produites les unes les autres par segmentation, et, entre deux de ces cellules nées d’une cellule primitive, il est toujours imopssible de distinguer laquelle représente la génération antécédente. C’est en réalité un fait de multiplication, non de reproduction.
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ditions générales que la forme prise par le tissu mou du cordon ombilical ou du corps vitré, ou de la pulpe dentaire.
Kobin devait plus tard modifier sensiblement ses idées sur les éléments anatomiques, et il paraît, dans les dernières années, s’être rapproché un peu des vues que nous venons d’exposer ( Nouveau Dictionnaire abrège de médecine). 11 définit les éléments organiques ou anatomiques : « les plus petites parties d’un organisme remplis- « saut individuellement un rôle d’ordre organique ou vital, sépa- « râbles les unes des autres sans destruction physique ni chimique. » 11 distingue les éléments figurés, ayant une configuration propre et spécifique, de ceux qui n’ont d’autre configuration que celle des interstices que les premiers laissent et qu’ils comblent; ces éléments prennent la qualification d’amorphes. De plus, il ajoute: « Les uns des « éléments figurés sont dits cellulaires, et sont les plus importants à a tous les points de vue. Les autres doivent être appelés non-cellu- « luire, exocellulaire ou eccellulaire, parce qu’ils naissent postérieu- « renient aux précédents à l’aide et aux dépens des principes qu’ils « fournissent. » Mais il retombe dans de nouvelles confusions quand il range parmi ces substances amorphes, intercellulaires, interstitielles ce qu’il appelle les « substances squelettiques d’origine « ectodermiques non cellulaires, telles que l’ivoire, les prismes de « l’émail, les organes chitineux, les coquilles, etc. » L’ivoire n’est qu’une variété de substance osseuse (1); l’émail constitue une catégorie à part, et mérite peut-être seul chez les Vertébrés le nom de formation cuticulaire; enfin, la coquille des Mollusques est aussi bien que le tube des A,.nélides une simple sécrétion (2).
Si Kobin commet ces graves erreurs, d’autre part il retrouve toute sa supériorité dans ce qu’on pourrait appeler l’étude ontologique des éléments, que personne n’a mieux comprise et poussée plus loin que lui. L)e même il a le premier et fort bien établi en vertu de quelles lois purement physiologiques s’établit la cohésion entre les éléments anatomiques. Il a toujours nié très catégoriquement l’existence des matières cimentaires imaginées pour expliquer cette cohésion, sans qu'on ait remarqué que la difficulté était ainsi seulement reculée et non pas résolue.
Kobin croyait à l’existence indépendante de noyaux libres en différents points de l’économie. C’est là sans doute une erreur, bien
(t) Les cellules de la dentine sont en réalité des ostéoplastes, on pourrait dire des ostéoplastes polarisés par le fait ou en raison de la situation limite de la substance osseuse qui naît d’eux.
(2) Voy. sur ce sujet : Pouehet, Des (t produits » en Anatomie générale, dans Hommage à 31. Chcvreul , 4° Alcan, 188G.
CIIAIILKS ROBIN
quon lie puisse invoquer à l’encontre de celle opinion aucune raison décisive, aucun exemple vraiment démonstratif. Il est probable que corps cellulaire et noyau sont deux termes essentiellement corrélatifs. On peut à la rigueur trouver des cellules (en dehors des cas d’atrophie normale du noyau) où on ne voit pas trace de celui-ci (1), mais ce sont là sans doute de simples accidents. De même on ne comprend pas très bien l’existence ni le devenir d’un noyau qui ne serait pas plongé au milieu d’un corps cellulaire, lequel peut être à la vérité plus ou moins étendu et nettement circonscrit, ainsi qu’on l’observe dans certaines tumeurs. Quant à de prétendus noyaux libres flottant dans les plasmas, tout porte à croire qu’en réalité ces noyaux sont enveloppés d’un corps cellulaire mais considérablement réduit et peu appréciable par les moyens techniques.
Robin, dans ses classifications histologiques, conserva la distinction en constituants et en produits appliquée soit aux éléments, soit aux tissus. C’était, comme nous l’avons dit, une idée de De Blainville (2) que Comte avait reprise, idée juste au fond, car en somme elle correspond assez bien à la division embryogénique des trois feuillets du blastoderme. Tel n’est pas toutefois le point de départ de De Blain ville. Envisageant l’ensemble du règne animal, il voit que les tissus dont est formé le corps des animaux peuvent se partager en deux groupes distincts. Les uns semblent essentiels, ne manquent jamais et de plus paraissent servir de matrice aux seconds. Chez les animaux supérieurs, ces tissus sont activement parcourus par le sang, ils sont profonds, placés en dehors du contact du milieu ambiant; ainsi le squelette, les muscles, le tissu lamineux, les divers tissus nerveux ou vasculaires sont des constituants, et la qualification doit s’étendre aux éléments anatomiques qui les composent. Au contraire, à la surface des tissus constituants, on trouve des parties dont le rôle semble moins essentiel à la vie et qui paraissent en môme temps sous la domination des premiers, comme s’ils naissaient et se développaient par eux, à leurs dépens. Ces tissus se rapprochent des véritables secrétions, ne présentent ni nerfs, ni vaisseaux: ce sont les produits. Nécessairement De Blainville, en raison de l’état des connaissances (1833) et aussi de sa profonde défiance du microscope, commet ici plus d’une erreur, mais sa division n’en
(1) Voy. Poucliet cl Tourncux, Précis d'Ilislologie, p. 8.
(2) cf- Conrs de Physiologie générale, 1829, t. I, p. 119, et t. Ilf, p. 1 et suiv. A"g. Comte, Biologie, dans Cours de Phil. posil., t. 111, p. 500.
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demeure pas moins intéressante. D’une manière générale, les tissus qu’il appelle constituants , dérivent du feuillet moyen; ses produits correspondent à tous les tissus dérivés des feuillets interne et externe et à leurs secrétions. Robin, plus éclairé sur la structure intime de l’organisme, crut cependant devoir reprendre la division établie par De Blainville. Il distingue à son tour les tissus en produits et en constituants ou produisants , parce qu’ils portent en eux la condition de la génération des premiers. Il est bien certain en elïet que les tissus profonds nourrissent l’épiderme superficiel, et fournissent la matière des secrétions, mais il n’est pas moins certain d’autre part que les tissus épithéliaux de l’un ou l’autre feuillet superficiels, seuls en contact avec le monde extérieur, peuvent être envisagés avec tout autant et plus de raison comme nourrissant les tissus dérivés du feuillet moyen.
Robin était ainsi tout naturellement conduit à étendre la distinction de constituants et de produits aux éléments anatomiques, et en voulant pousser jusqu’à l’extrême rigueur selon son habitude, une division qui n’est plus en rapport avec les notions précises que nous avons sur l’origine et l’évolution de certains éléments anatomiques, il tombe dans des erreurs qu’il aurait dû, semble-t-il, éviter: c’est ainsi qu'il classe la dentine au nombre des éléments épithéliaux. La vérité est que cette distinction des tissus et des éléments en constituants et en produits n’a plus aujourd’hui qu’une valeur historique. Si l’on tenait à conserver ces termes en Anatomie générale, le premier devrait s’appliquer exclusivement aux cellules et le second à toutes les substances non cellulaires entrant dans la composition de l’organisme ou rejetées par lui (1).
Dans son Programme, du cours d'histologie , Robin débute par l’étude des éléments, il aborde ensuite l’étude des humeurs et termine par celle des tissus. C’est la seconde partie, l’histoire des humeurs, qu’il va maintenant développer dans un ouvrage magistral, ses Leçons sur les humeurs. C’est une suite digne de la Chimie anatomique. Après l’étude analytique des principes immédiats que nous donnait ce dernier ouvrage, l’IIygrologie va nous les montrer sous une forme synthétique dans les humeurs qu ils composent par leur mélange. C'était dans l’esprit de Robin l'ordre logique, comme d’étudier d’abord les éléments anatomiques avant les tissus qu’ils forment par leur juxtaposition ou leur enchevêtrement. Il est d’ailleurs bien évident qu’au point de vue dynamique ou phy-
(t) Voy. Pouchet, Des a produits» en Anatomie générale, (Uns Hommage à .U. Citevreul. Librairie F. Alcan , 1886.