‹ Charles Robin, sa vie et son œuvreChapitre 13 sur 35 · I.IX · texte numérisé non relu

I.IX

grands articles, Tissus, Epitheliums , Sécrétions , dans la deuxième édition du Dictionnaire universel d’histoire naturelle de d Orbignv. Mais il a surtout travaillé et travaillé jusqu’à sa mort pour le Dictionnaire encyclopédique de Decliambre auquel il donna près de cinquante ai ticles dont quelques-uns sont à eux seuls des volumes comprenant plus de 150 pages grand in -8° (articles Génération, Musculaire, Organe, etc.). On y trouve parfois des planches hors texte (articles Musculaire, Leucocyte), où sont les meilleures figures peut-être qu on ait jamais laites de certains éléments anatomiques. Parmi ces articles, on doit citer comme un des plus remarquables le mot Organe. Mais il est trop certain que souvent ils sont d’une lecture pénible. O est un entassement de laits et d’exposés de principes dans un ordre trop insuffisant pour que l’esprit s’y reconnaisse et suive l’auteur sans efforts. Robin semble d’ailleurs ne rien laisser échapper de ce qui a été produit avant lui sur les sujets dont il s’occupe. On peut dire que nul ne fut plus au courant du passé et du présent de la science, comme l’attestent ces bibliographies par lesquelles il termine ses articles (1), après s’être borné le plus souvent, au cours de ceux-ci, à faire connaître l’état de la science positive sur chaque objet au moment où il écrit, et parfois à tirer des faits incontestés qu’il produit ou des rigueurs de la méthode scientifique qu’il applique, quelque argument topique à l’adresse de ses adversaires, sans d’ailleurs jamais les nommer.

VI. — Le Traité d’Anatomie et Physiologie cellulaires. — Les cinq

PROPRIÉTÉS FONDAMENTALES DE LA MATIÈRE ORGANISÉE. — L’iRRITABI- L1TÉ, DISCUSSION AVEC M. VlRCHOW.

Cependant tout en donnant au Dictionnaire encyclopédique cette série d’articles où Robin dépense la matière de plusieurs grands traités didactiques, il éprouve, semble-t-il, la nécessité de condenser dans un livre spécial le fonds même de sa doctrine, ce qui lui appartient en propre dans la manière de comprendre les rapports de l’anatomie générale et de la biologie. Telle fut sans doute l’origine du traité d 'Anatomie et physiologie cellulaires, paru en 1873. Le titre exact est le suivant: Anatomie et physiologie cellulaires , ou des cellules animales et végétales , du protoplasma, et des éléments normaux et pathologiques qui en dérivent. M. Virchow avait publié depuis quinze ans déjà sa Pathologie cellulaire. 11 était conforme

(1) D autres de ces bibliographies sont signées de M. L. Hahn qui fut toujours pour Robin un collaborateur précieux.

aux vues et à la méthode constante de Robin de subordonner la pathologie qui est un état anormal cà la connaissance de l’état normal. En mettant l’Anatomie et la Physiologie au premier plan, il rétablit l’ordre rationnel des choses, mais en môme temps la part dominante qu’il fait ici aux cellules sur les autres éléments anatomiques, est une concession aux idées de celui qui se posait dès celte époque comme son adversaire déterminé.

L ’ Anatomie cellulaire est en réalité un livre de combat; c’est l’œuvre maîtresse de Robin, celle qui résume sa vie scientifique, celle où il expose avec le plus d’ampleur ses doctrines personnelles, son admirable conception de la vie; celle aussi où on retrouve avec le [dus de développement, les erreurs capitales auxquelles il s’est laissé entraîner légitimement au début de sa carrière, mais auxquelles il n’a pas su renoncer assez vite dans la suite, quand il n’était plus possible de les justifier d’aucune façon

Et à ce propos ceux qui ont connu Robin, qui l’ont fréquenté et aimé, savent pertinemment que, fidèle aux principes de l’école positiviste, nul ne renonçait plus vite à une erreur, du moment qu’on lui démontrait le mal fondé de ses observations ou de son opinion. On a dit, etcela est vrai, au moinsen un certain sens, quetropconfinédans son cabinetde travail pendant les dernières années de sa vie, il n’avait pas été assez l’homme du laboratoire. C’est dans le laboratoire, en effet, c’est dans la fréquentation des travailleurs, même les plus modestes, des élèves même peu avancés, qu’on a journellement l’occasion , par ce qu’ils font, de contrôler, de vérifier certaines idées, d’apprécier des détails qui avaient pu échapper, de reconnaître quelquefois, grâce au hasard, des erreurs d’interprétation qu’on avait commises. Nous pourrions citer, à l’époque même où Robin préparait son livre, un échange de correspondance à propos de la paroi qu’il avait longtemps attribuée à toute cellule animale. Nous avions eu l’occasion de suivre et d’étudier longuement les mouvements d’expansion et de retrait des chramoblasles , en particulier chez les Crustacés, et nous avions vu les prolongements de ces cellules se rapprocher, se souder par contact absolument comme les pseudopodes des Rhizopodes. Ce fait frappa vivement Robin, il nous demanda de longs éclaircissements, voulut s’assurer que les choses étaient bien ainsi. Il fut convaincu et renonça, en face de la démonstration qui lui était fournie, à une opinion qu’il avait partagée aussi longtemps qu’il l’avait crue fondée. De môme dans un de ses derniers travaux, sur les bois des Cervidés, publié en collaboration avec M. Herrinann, un de ses élèves les plus méritants, on voit son opinion se modifier sensiblement dans l’importante question de la genèse des éléments anatomiques.

SA VtË ET SON OEUVRE.

LXÎ

Il n’est pas exagéré de dire que la connaissance anatomique des éléments du corps, dont traite l’ouvrage qui nous occupe, est en réalité une introduction nécessaire à toutes les sciences de la vie. En effet, toute l’anthropologie, toute la zoologie, toute la médecine, toute la sociologie même ne se relient-elles pas à ces parties élémentaires dont Robin va nous faire connaître la structure et la vie? « Le médecin, dit-il dès la première page, n’est pas libre « de repousser les inévitables inductions qui le conduisent au sein « des questions sociales par l’hygiène aussi bien qu’au milieu des « problèmes psychologiques les plus élevés par l’étude du délire « durant les fièvres, et des si nombreuses perturbations intellec- « tuelles et morales qui sont une manifestation des lésions in- « times du cerveau et de sa circulation (Anal. cell. , p. I). »

L’Homme et de même tout animal parmi les Métazoaires a été au début une cellule ovulaire, l’ovule; c’est elle que Robin étudie j tout d’abord. L’ovule, sous sa forme géométrique si simple, celle d’une sphère (il n’y a que peu d’exceptions), est déjà un individu avec toutes les propriétés, toutes les activités qui constituent essentiellement la vie. Sa substance est soumise dès ce moment à cette rénovation continue et spéciale qui est le propre de la matière animée et la caractérise indépendamment de toute qualité morphologique. L’ovule peut demeurer plus ou moins longtemps dans cet état. Toutefois on le voit bientôt manifester en plus de l’acte vital essentiel qui est de se nourrir, des activités surajoutées et d’un ordre nouveau : il va présenter des déformations actives, et il va se partager (segmentation), même, dans certains cas en dehors de tout contact de l’élément mâle. Si celui-ci est intervenu et a mélangé sa substance à celle du vitellus, le partage va continuer. L’être représenté au début par la seule cellule ovulaire va se constituer par un nombre de plus en plus grand de cellules dérivées de la masse primitive du vitellus et par les matières amorphes émanées plus ou moins directement de ces cellules. La forme des organes, l’agencement des appareils, la configuration de l'être entier ne seront que la résultante de la disposition de tous ces éléments. Nous aurons à dire plus tard comment Robin comprenait les lois en vertu desquelles se fait cette disposition. De même les fonctions de l’Être, depuis les plus simples jusqu’aux plus complexes, seront la résultante de l’activité propre à chacun des éléments cellulaires ou autres (sans oublier les humeurs) dont il est composé.

Cette physiologie élémentaire —• nous employons ce terme à dessein plutôt que cellulaire — Robin la traite avec une incomparable

LXU

CHARLES ROÎHN

supériorité de vues, supériorité qu’il doit à cette notion toujours présente que 1 important, le fondamental dans l’organisme est la fonction moléculaire, bien plus que la structure ou l’agencement morphologiques. « Il faut compter au nombre des plus grands ser- « vices rendus par la philosophie positive, dit Robin, d’avoir déter- « miné mieux qu on ne l’avait fait avant elle, que tout acte d’ordre « élevé par sa complication et sa délicatesse reconnaît comme con- « dition d existence 1 association de phénomènes d’ordre inférieur, « c est-à-dire que non seulementil n’ya pas d’animation sans matière « ce que Cuvier admettait déjà — mais encore que toute pro- « priété d’ordre vital, tant végétative qu’animale, a pour condition « d’existence une ou plusieurs des propriétés d’ordre mécanique, « physique ou chimique que la substance organisée manifeste « comme la matière brute (La phil. posit., 1869). »

Les éléments anatomiques partageront donc avec les corps bruts toutes les propriétés classées comme physico-chimiques (élasticité, ténacité, coefficient de solubilité pour les gaz et les liquides, etc.); le rôle particulier d’une espèce d’élément dans le corps pourra même être dû à la simple exagération ou prédominance d’une de ces propriétés physiques (élasticité des fibres jaunes, ténacité des fibres tendineuses, etc.). Mais à côte de ces qualités communes aux corps bruts, l’élément anatomique (cellulaire) sera toujours le siège d’un certain nombre de manifestations qui ne peuvent être ramenées par l’analyse à aucune des précédentes. 11 jouit des propriétés de se nourrir, de se développer, de se reproduire avec des degrés variables d’énergie et de rapidité, tant à l’état normal qu'à l’état pathologique. Enfin à ces propriétés dites vègèlalives, viennent dans certains éléments anatomiques s’en ajouter d’autres, dites communément animales.

Robin compte ainsi cinq propriétés d’ordre organique, biologique ou vital, et les désigne par les noms de : 1° Nutrilité ; — 2°Évolutilité; — 3° Natalité; — 4° Contractilité; — 5° Névrilité. Ces noms correspondent à peu près aux termes actifs : 1° nutrition, 2° développement, 3° naissance, 4° contraction et 5° innervation, désignant les phénomènes qui représentent les manifestations de ces propriétés.

L ordre adopté par Robin s’impose. «On demeure frappé, dit-il,

« de la nécessité de se pénétrer successivement de la nature des « actes de la vie végétative pour saisir celle des propriétés de la « vie animale, dont les manifestations multiples sont subordon- « nées à l’accomplissement des premières. On est bientôt encore « plus convaincu de la nécessité d’être devenu familier avec les

SA Vire ET SON OEUVRE.

Page 1