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« phénomènes de contractilité pour arriver à comprendre quoi que « ce soit aux divers modes de l’innervation; de bien connaître les « actes de sensibilité et de motricité pour se rendre compte de la « nature des actions nerveuses cérébrales, envisagées dans les in- « dividus, comme dans leur évolution au sein des groupes sociaux « aux diverses époques de leur évolution historique. Là est le « seul moyen d’éviter les dangereuses illusions qui agitent ceux « qui n’ayant jamais vu ni expérimenté, ne jugent la réalité et les « savants qui en déterminent les lois, qu’en prenant pour point « d’appui ces trompeuses illusions elles -mêmes ( Leçons sur les « humeurs, p. XLV). »
Disons de suite et pour n’y point revenir que la distinction entre certaines propriétés dites animales et les propriétés plus générales dites végétatives est toute artificielle. Évidemment la névrilité dans le sens que nous attachons aux fonctions du système nerveux, à la conductibilité du cylindre-axe en particulier, ne saurait exister où il n’y a ni nerfs, ni cellules nerveuses; cependant la sensibilité, les mouvements réllexes de certaines impressions, existent avec toute évidence chez les plantes dépourvues de système nerveux. Elles ont des mouvements, elles possèdent donc la contractilité, et elles ont jusqu’à un certain degré la névrilité par la sensibilité (1).
La mise enjeu des propriétés vitales, ou, en d’autres termes, l’apparition des actes qui en résultent, ne se fait qu’autant que l’élément se trouve dans certaines conditions voulues de milieu et d’état antérieur corrélatifs aux actes à produire. Dès que ces conditions se trouvent remplies la manifestation des propriétés de la substance organisée a lieu. C’est dans ce sens, mais dans celui-là seulement, qu’on peut dire que toute cellule est spontanément active. Et Robin montre comment cette spontanéité d’action devient dans les éléments anatomiques spécialement doués de contractilité et de névrilité la source du sentiment de liberté individuelle.
Les propriétés vitales bien plus complexes que celles de la matière brute auxquelles elles se superposent, sont par suite et par cela même bien plus délicates et modiliables. Elles supposent un
(I) C est surtout en étudiant les êtres unicellulaires les plus simples tels que les Flagellâtes qu'on est conduit à reconnaître combien la prétendue division fonctionnelle des éléments anatomiques est peu fondée. On voit bien vite que c’est par une inclination naturelle de noire esprit que nous attribuons à chaque élément nerveux, musculaire, etc., une fonction propre et que celle-ci n’est en réalité qu’une fonction dominante pouvant exister et existant dans beaucoup de cas à un état plus ou moins latent dans un grand nombre d'autres éléments. Voy. Sur l'oeil des Péridinicns, Soc. de biologie, 8 mai 1886.
état moléculaire spécial, elles apparaissent avec lui, n’existent pas sans lui, disparaissent avec lui. Elles sont immanentes au même titre qu’une propriété quelconque de la matière. Enfin, chacune de ces propriétés peut devenir à son tour la cause déterminante d’une manifestation nouvelle. C’est ainsi que la névrilité devient le point de départ de la contraction du muscle qui n’est ellemême que la manifestation d’une propriété toute différente, inhérente aux fibres musculaires et à un certain nombre d’autres éléments anatomiques (1).
Des cinq propriétés que reconnaît Robin aux corps vivants, une d’elles est fondamentale, universelle, est la condition nécessaire des autres et l’expression même de la vie : la nulrilitè. La nutrition est la fonction moléculaire même qui résulte de l’état d’organisation, elle se confond avec lui. Il n’y a pas vie sans nutrition, ni par conséquent aucun des actes plus complexes que comporte celle-là, depuis la simple croissance de l’élément anatomique jusqu’aux fonctions sociales de l’espèce. Dès que les combinaisons et décompositions nutritives viennent à cesser dans la matière organisée et que le mouvement moléculaire modifié tend à un autre mode d’oxygénation (putréfaction, etc.), c’est la mort. La nutrilité reste donc en définitive la caractéristique essentielle de la vie; toute substance qui se nourrit est vivante, toute substance vivante se nourrit sans suspension possible, mais avec des accélérations, des ralentissements, des modalités diverses. La nutrilité ne suppose rien en deçà, que la constitution moléculaire voulue pour que celte propriété fondamentale se manifeste. C’est en vain qu’audessus des cinq propriétés vitales énumérées plus haut on voudrait faire intervenir une propriété plus générale des corps vivants et dont les autres découleraient.
Ceci vise directement M. Virchow et sa théorie de l 'irritabilité qui fut entre les deux anatomistes l’objet d’une polémique des plus vives, tout au moins de la part de M. Virchow, car Robin déclara toujours qu’il regardait comme inutile d aborder de tels sujets sous forme de discussions personnelles a d’autant plus, ajoute-il {Anal.
« ad/., p. 614), que quoiqu’on fasse, celles-ci laissent toujours au « second plan le côté vraiment scientifique des choses. » Nous reviendrons plus loin sur l’origine de ce grave conllit ; rappelons seulement ici que Robin tout pénétré de l’importance de l’état d’organisation dont jouissent à un certain degré même les plasmas, considère
(1) Ainsi les chromoblastes, dont le système nerveux règle l’expansion ou le retrait; ainsi les cellules vibrantes des tentacules des Sabelles, soumises également aux influences nerveuses.
SA VIE ET SON OEUVRE
l’être vivantcomme un tout indissoluble en ses parties. Pour lui l’individualité de l’ensemble absorbe complètement les individualités isolées des éléments anatomiques figurés ou amorphes, cellulaires ou non cellulaires, composant nos tissus. Tous ces éléments lui apparaissent comme une sorte de substratum presque passif soumis sans réserve à la domination de l’appareil circulatoire et de l’appareil nerveux. Pour M. Virchow, au contraire, les matières amorphes ne sont que des dérivés des cellules et dépendent de ces dernières aussi bien pour leur formation que pour leur nutrition. Les cellules représentent seules l’élément actif et irritable par excellence. De même la plupart des phénomènes pathologiques reconnaissent pour cause une irritation qui vient modifier les cellules dans leur nutrition ou leur fonctionnement, ou encore les inciter à la reproduction (irritation nutritive, fonctionnelle, formative).
Un peut dire que Robin n’apprécie pas à sa valeur l’individualité physiologique de la cellule, qu’il exalte l’unité de l’organisme au détriment des éléments anatomiques qui le composent. AI. Virchow, au contraire, lancé dans une voie nouvelle, était peutêtre porté à donner à la cellule une part d’autonomie trop grande et la considérerait peut-être comme trop indépendante de l’ensemble de 1 économie. Sans doute il y a exagération des deux côtés, et lorsqu’on cherche à serrer la question de près on s’aperçoit qu’il est bien difficile de comprendre à cet égard, dans une formule commune, tous les cas observés.
Ce sont les mots irritable , irritabilité, irritation, qui servirent de plateforme aux deux champions. Et il faut bien convenir que comme il arrive souvent, le désaccord a été bien plus dans le langage que dans le tond des choses. Robin n’accepte aucune extension de ces
termes en dehors des phénomènes qu’ils servent communément à désigner et qui supposent la mise en jeu d’un système nerveux muni d un centre tout à la fois perceptif et réagissant : un animal peut être irritable, on n’irrite point des parties vivantes douées exclusivement de propriétés végétatives, ou du moins le mot ne peut être employé ici qu’au sens figuré, c’est-à-dire sans portée scientifique véritable. Ainsi pensait Robin.
Quelle était exactement la doctrine de AI. Virchow sur l’irrita-
bilité? Lui-mème paraît avoir quelque peu varié à cet égard sous la pression des arguments que lui opposait son adversaire dont malheureusement les talents d’exposition par la parole ou par la plume étaient loin d’égaler ceux du lutteur allemand. D’une manière générale, AI. V irchow semble admettre qu au-dessus des propriétés qu a la matière organisée de se nourrir, de se modeler, de
ch.uu.es robin.
l.X VI
s’altérer même, existe une propriété plus générale, Y irritabilité qui serait comme la condition de la mise en jeu des autres. Nous citons textuellement : « ce n’est pas, dit M. Virchow, la nutrition qui est « permanente, c’est la possibilité de la nutrition, autant que per- « siste la vie. Par l’action des irritants, la vie de possible devient « réelle; en d’autres termes, les irritants provoquent la manifesta- « tion de la propriété... J’ai désigné par le mot usuel « irritabilité » « la propriété des corps vivants qui les rend susceptibles de passer a à l’état d’activité sous l’influence des agents extérieurs (1). » Kobin fait remarquer qu’en se tenant à cette définition on va pouvoir, comme cela d’ailleurs a été fait, confondre sous le nom commun d’irritants ou d’excitants:
1° Les milieux tant extérieurs qu’intérieurs;
2° Les principes immédiats normaux ou accidentels qui sont en jeu dans la nutrition et par suite le développement;
3° Les conditions physiques et chimiques qui amènent des manifestations de la névrilité sensitive et de la contractilité;
4° La névrilité motrice transmise par les nerfs (2).
D’après M. Virchow, tant que l’irritant qui doit provoquer et peut seul provoquer l’activité de la substance organisée, n’est point intervenu, celle-ci est dans une espèce de repos ou d’inertie que l’éminent anatomiste cherche à nous faire comprendre par l’exemple des animaux ressuscitants. Au sec, la vie sommeille en eux. L’eau sera ici l’irritant qui va remettre la nutrition en jeu dans les tissus et redonner par suite leur cours à tous les autres phénomènes vitaux. Mais tout au moins faudrait -il démontrer que la vie est véritablement suspendue et non simplement ralentie pendant les périodes de mort apparente, et que l’être au sec devient une sorte de corps inerte d’une durée indéfinie. Or, tout semble indiquer que cela n’est pas (3), que le mouvement moléculaire pour être considérablement atténué n’en persiste pas moins et que l’animal, dans les conditions de dessiccation relative où il est placé, n’en marche pas moins à sa terminaison fatale, à la mort. Et s’il en est ainsi, que deviennent l’irritabilité, les irritants nécessaires pour remettre en jeu une activité qui n’a jamais été complètement abolie mais qui est simplement variable — comme toute fonction organique — entre des limites un peu plus étendues peut-être ici qu’ailleurs?
(1) Virchow, Sur l'irritation, Gaz. hebd , ISGS, t, V, p. 53G. — Voy. Robin, Anal. ce.ll p. 615.
(2) Anal, cellulaire, p. 617.
(3) Voy. Penneticr. Comptes rendus, 2G juillet 1886.
SA VIE ET SON OEUVRE
Robin crut voir dans cette subordination des activités de la substance vivante à une propriété universelle qui les dominerait, un simple retour aux anciennes idées de Broussais, de Brown, de Sthal, déguisées sous une terminologie nouvelle. Au nom des principes philosophiques qu’il professe, il combat avec la dernière énergie ce qui lui apparaît dès lors comme une superfétation métaphysique dont la science positive n’a que faire. M. Virchow de son côté se défendit vivement d’avoir admis sous ce nom d'irritabilité une propriété générale de la matière vivante (1). « Je me suis attaché, dit-il, à montrer que par ces deux termes, « irritation et irritabilité , on doit entendre certaines activités des « corps vivants; que le premier désigne les processus actifs pro- « voqués par les irritants, le second les propriétés actives dont « les irritants sollicitent les manifestations; j’ai établi enfin que « ces activités sont de trois espèces bien distinctes, suivant que « l’acte qui en résulte est un acte de nutrition, un acte de forma- « tion ou un acte purement fonctionnel. Je me suis donc bien « gardé de présenter l’irritabilité comme une et simple, d’assigner " une même cause à tous les phénomènes d’irritabilité. Au con- « traire, j’ai cherché à prouver que dans les corps vivants isolés « ou les éléments (cellules), non seulement il y a diverses espèces « d irritabilité, mais que dans un même élément ce sont vraiscm- « blablement des parties différentes qui en sont le substratum. »
Robin relevant ce passage, fait remarquer à son tour que le seul tait de reconnaître « trois especes » d’irritabilités, implique nécessairement la notion de genre. Admettre une irritabilité nutritive, une irritabilité évolutive et une irritabilité fonctionnelle pour chaque élément, n’est-ce pas admettre, dit Robin, que l’irritabilité est commune à tous les êtres vivants depuis le végétal jusqu’à l’homme et à toutes leurs parties constituantes? Dire que la matière organique est irritable ou en d’autres termes, que l’influence de certains agents désignés comme excitants , irritants ou stimulants, est nécessaire pour la faire entrer en action et manifester ses propriétés spéciales, se peut dire également de tous les corps de la Nature. Et quand des acides, l’électricité agissant sur les éléments anatomiques, provoquent la mise en jeu de telle ou telle de leurs propriétés, ces agents ne méritent pas le nom d excitants à plus juste titre que ne le mérite l’eau déterminant la manifestation de 1 oxidabilité du fer où la lumière déterminant la combinaison dun mélange d’hydrogène et de chlore. Dira-t-on que
(I) Voy. Archiv. fur pathol. Anat., 1858, vol. XIV.
la lumière est ici Yiriüanl nécessaire à l’entrée en jeu des propriél és d’affinité des deux gaz en présence? Il est bien évident que tous les corps bruts sans exception ne manifestent leurs propriétés particulières qu’autant qu’ils sont mis en relation médiate ou immédiate avec quelque autre corps; ou que tel autre corps avec lequel ils sont en relation, va prendre des qualités dynamiques qu’il n’avait pas jusque-là. Sous ce rapport la substance organisée ne fait point exception et M. Virchow sembla le reconnaître lui-même, en rappelant avoir dit, dès 1858, que « les activités de la cellule ne « dépendent que de la matière qui la constitue et des influences agis- « santés qui lui viennent du dehors. » Mais ici encore Robin fait remarquer combien il est illogique de donner le nom d 'irritants aux conditions normales d’existence et d’activité d’un organisme ou de ses parties constituantes, sans compter que l’irritabilité réduite à ces termes ne doit plus rien à M. Virchow, car il n’aurait fait alors que reprendre sous un nom détourné de sa signification commune, et tout à fait impropre, des données depuis longtemps familières aux savants français tels que De Blainville et William Edwards, puisque la question posée en ces termes nous ramène simplement aux considérations de milieu et d’état antérieur. Pour l’élément anatomique comme pour tous les corps sans exception, la manifestation des divers modes d’activité qui les escortent en tout et partout, est nécessairement une question de relations réciproques. Le maintien de l’état d’organisation résultant du maintien de l’élément lui-même dans le milieu convenable, suffira donc d’après Robin à la manifestation de la nutrilité tout d’abord et par suite, de l’évolutilité, de la contractilité et de la névrilité. Pour M. Virchow la proposition doit être formulée à l’inverse. Ce n’est plus la nutrition qui est la condition de la vie, « il faut qu’il y ait vie pour qu’il y ait nutrition » et le reste. Ces termes ne seraient à la rigueur acceptables qu’en supposant, dans le langage dont se sert l’illustre anatomiste allemand, une sorte de confusion, entendant par « vie » ce que Robin appelle « organisation », comme on dit, d’une manière tout aussi impropre, « corps vivants » pour « corps organisés » (1).
(t) Nous n’insistons pas sur une opinion professée alors par M. Virchow et tout à fuit inacceptable, quand il admettait la possibilité d’une « restitution fonctionnelle » indépendante d’une réparation nutritive ( Sur l'irritation. Gaz. hebd. Paris, 1868, p. 535). Nous n’avons pas besoin de dire que pour ltobin rien de tel ne pouvait exister du moment que la nutrition est par excellence la condition essentielle et primordiale de toutes les autres manifestations de la vie. M. Virchow s’appuyait sur la réapparition de la conductibilité nerveuse' au bout d’un certain temps dans un tronçon de nerf
SA VI lî ET SON OEUVRE.
En résumé pour Robin les cinq propriétés élémentaires qu’il distingue, y compris leurs modes et leurs variations, sont les seules qui caractérisent dynamiquement la substance organisée. Tous les elforts demeurent vains pour y découvrir aucune propriété plus générale que la nutrition. Au delà le terrain se dérobe à la recherche physiologique. En dehors de ces cinq propriétés élémentaires, il n’y a rien, absolument rien. Si la discussion avec M. Virchow, malgré son âpreté, ne fut peut-être qu’une question de mots, on devra toujours redouter de voir des conceptions comme celle de l’irritabilité reprises par des esprits moins philosophiques. Car rien n’est plus dangereux en somme, fait remarquer Robin, que de vouloir illusoirement faire régir les actes vitaux par une sorte de principe métaphysique qui ne ferait en définitive que remplacer le principe vital des vitalistes purs ou l’âme immatérielle de Stahl et des animistes. Il est vrai qu’en substituant cette entité commode à la notion des conditions d’existence et d’activité de la matière organisée, on évite l’obligation d’une analyse catégorique des particularités de texture, d’échange moléculaire, etc... C’est ainsi que certaines personnes en sont arrivées dans cette voie facile à l’irritation suppurative, hyperplastique, inflammatoire, etc., autant de non-sens basés sur une hypothèse absolument inutile dans l’état présent des connaissances. On pourrait appliquer à l’irritabilité, relativement aux propriétés végétatives et animales constatées par la science positive et seuls objets légitimes de ses spéculations, exactement le même raisonnement que faisait autrefois Broussais au sujet de la sensibilité de la libre musculaire: « Lorsque la fibre, « pour avoir été touchée par un agent quelconque, se met en état « de contraction, on juge qu’elle a senti la présence de cet agent; « de là l’expression de sensibilité. On a donc attribué à la fibre vice vante la sensibilité et la contractilité. Mais si le véritable sens de cc ces deux mots se réduit à ce qui suit : La libre s’est contractée « parce qu’une cause l’y a déterminée, il est clair que la première « de ces deux propriétés rentre nécessairement dans la dernière.
« En effet si la sensibilité de la libre n’est démontrée que par sa « contraction, dire qu’elle est sensible, c’est dire qu’elle s’est con- « tractée. Je ne vois aucune réponse à cet argument. Il y a long- « temps que cette vérité a été sentie. » (Broussais. Traité de physiologie appliquée à la pathologie. Paris, 1834. 2U édit., t. I, p. 18.)
isolé. Il faut évidemment admettre dans ce cas que le cylindre axe qui recouvre ses propriétés conductrices, a trouvé dans les tissus environnants les matériaux d’une réparation nutritive qui le met en état de manifester de nouveau celles-là.