‹ Charles Robin, sa vie et son œuvreChapitre 16 sur 35 · CHARLES RO 13 IX · texte numérisé non relu

CHARLES RO 13 IX

miques autrement que par des faits d’observation à la vérité mal interprétés. Voyons quelles raisons il a cru pouvoir valablement invoquer. Et pour cela reportons-nous à l'état des connaissancs positives, au temps de ses premiers travaux, c’est-à-dire vers 1848 et 1849. Il faut toujours procéder ainsi pour apprécier la réelle valeur d’une doctrine. Or, il est bien certain qu’on n’a eu que tout dernièrement la preuve directe, tangible en quelque sorte, de la segmentation des cellules composant les tissus des animaux supérieurs, l’épithélium des Batraciens, l’axe cérébro-spinal des Mammifères (Vignal), etc. Jusque-là, on ne connaissait guère de segmentation positive et vérifiable que dans l’œuf de divers animaux, où le volume, l’isolement, la transparence des premiers éléments en cours de multiplication permettent de voir nettement cette segmentation dans ses phases successives. On n’en connaissait aucun exemple décisif chez l’adulte. A la vérité, on avait décrit la multiplication par scissiparité des globules rouges du sang (voyez Kôlliker), mais c’était précisément une erreur et le tort eût été de l’admettre. Il y avait encore les cellules cartilagineuses dont on décrivait aussi la multiplication par le même procédé. Mais c’était d’intuition. On constatait dans un milieu solide, résistant, l’existence de deux cellules enfermées sous la même capsule cartilagineuse et on savait pertinemment que quelque temps auparavant les cellules étaient à la fois moins nombreuses et au nombre d’une seule dans chaque cavité. Mais on ne les voyait pas se diviser. On n’y surprenait pas davantage le travail intime du noyau qui nous permet aujourd’hui d’affirmer que les phénomènes se passent là en réalité comme on le disait, et comme ils se passent dans les œufs où on les avait observés.

Il y a en effet la plupart du temps une impossibilité matérielle à suivre le travail de segmentation dans les êtres vivants d’un certain volume, tels que les Vertébrés, dont nous ne pouvons guère mettre certaines parties transparentes sous le microscope sans les détacher de l’économie ou sans en altérer les rapports, de sorte qu’on n’a plus le droit de les considérer comme étant demeurées dans leurs conditions naturelles. — C’était donc seulement par induction qu’on prétendait que les rares hématies à deux noyaux qu’on peut reccontrer, que les fibres-cellules à deux noyaux qu’on trouve aussi parfois (sans aucune trace d’étranglement), que les deux cellules incluses dans une même cavité cartilagineuse étaient autant de preuves que les éléments anatomiques continuent de se multiplier au cours de la vie par scissiparité. Robin, sans tenir compte — et avec raison — de la présence souvent constatée de

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deux noyaux dans le même élément, admet pour les cellules cartilagineuses, qui étaient le seul argument sérieux à invoquer, que la seconde cellule est née dans la cavité par genèse , à côté de la cellule préexistante, aux dépens d’un blastème fourni, excrété par celle-ci. Son hypothèse n’était pas d’ailleurs plus vérifiable que l’hypothèse opposée.

La genèse, ou génération spontanée d’une cellule ne se présente pas du tout à notre esprit avec les mêmes difficultés que la genèse d’un être relativement supérieur, comme l’est un Infusoire. Dans la question des générations spontanées, il est une objection, la meilleure peut-être, qu’on n’a jamais faite à F. -A. Pouchet, c’est que les êtres dont il croyait voir s’organiser spontanément le germe, avaient, à leur complet développement, une figure, des détails d’organisation, des caractères morphologiques en un mot tant internes qu’extérieurs parfaitement définis et ne soulfrant que de faibles écarts. Or, le seul fait d’une constitution intime à la fois aussi compliquée dans l’individu et aussi uniforme dans l’espèce, ne saurait représenter que le résultat d’une fixation héréditaire. Du moins, l’esprit scientifique moderne se refuse à concevoir autrement l’identité dans la complication offerte par ces animaux: c’est l’infinie probabilité. La même objection, comme Robin l’a très bien indiqué (art. Génération du Dict. encycl.), ne se présente plus avec autant de force quand il s’agit de corps organisés offrant la figure géométrique régulière qui est primitivement celle des cellules, ni dans une certaine mesure quand il s’agit de végétaux filamenteux très régulièrement cylindriques, sans organes reproducteurs spéciaux. Dans une cellule librement développée, la forme, par cela même qu’elle est purement géométrique, peut être considérée comme indépendante de l’hérédité: c’est ordinairement celle d’une sphère ou d’un ovoïde, ou d’un fuseau plus ou moins allongé. Le noyau au sein du cytoplasme est presque toujours ovoïde; le nucléole au sein de la substance nucléaire, ordinairement sphérique. Ce sont là en quelque sorte des formes primitives essentiellement simples qu’ont redonnées les composés albumino-terreux de M. Hering, comparables également à celles que nous avons obtenues avec le sérum du sang de Cheval additionné de sels terreux (1). Il est certain que les spiculés des Spongiaires ou des Holothuries par exemple offrent des caractères morphologiques beaucoup plus compliqués que ceux d’une cellule ou d’un noyau. Toutefois, on ne manquera pas de faire remarquer que la présence même du noyau

(1) Voy. Pouchet. Sur quelques particularités offertes par le plasma du sang de Cheval. (Journ. de l'Anat., mai-juin 1882.)

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au sein du cytoplasme est une condition structurale qui indique déjà un degré plus élevé d’organisation ; surtout, on objectera que l’élément cellulaire a ce caractère spécial de porter en lui, au moins au début, un potentiel se traduisant par la faculté de donner naissance à une ou plusieurs cellules semblables ou sensiblement semblables. C’est là, en effet, une distinction capitale, mais Robin 11e la faisait pas. 11 niait précisément ce potentiel ou du moins ne l’admettait que dans des cas très particuliers, ainsi pour le vitellus et pour les premières sphères de segmentation. Encore ce qui se passe alors, 11’est-il pas entièrement assimilable à la multiplication que présentent plus tard les éléments cellulaires différenciés. En effet, la segmentation vitelline fournit des éléments décroissant progressivement de volume, au lieu de nous donner des éléments sensiblement égaux à celui dont ils dérivent, comme cela se verra ensuite.

Les conditions du savoir, depuis l’époque où Robin conçut son idée de la genèse, se sont bien modifiées! Le partage du noyau dans la segmentation du vitellus et des premières sphères s’accompagne des phénomènes aujourd’hui connus de la karyokinèse. Nous voyons directement la substance du noyau se dédoubler en substances 11e jouissant pas des mêmes propriétés physico- chimiques et qui affectent dans leur rapports réciproques une disposition déterminée. Les différences chimiques qu’elles offrent, nous permettent d’immobiliser par des réactions fixatives et colorantes, toutes les phases de cette évolution essentiellement passagère et qui n’avaient été vues d’abord que dans l’ovule de certaines espèces animales, grâce à des conditions spécialement favorables de volume et de transparence. C’est là une conquête importante. Nous allons donc pouvoir fixer les tissus des animaux supérieurs et rechercher maintenant si dans la multitude de leurs cellules nous 11e trouverons pas ces figures, indices certains d’un noyau en scissiparité? Or, l’événement prouve qu’on y surprend presque toujours quelque cellule sur le point de se segmenter, et ceci suffît à démontrer la généralité du phénomène. En sorte que les probabilités que les faits d’observation mettaient autrefois du côté des idées défendues par Robin, se retournent aujourd’hui contre lui.

Il n’ignorait point, d’ailleurs, les conquêtes nouvelles. Lui-même expose d’après les travaux de MM. E. Van Reneden, H. Fol, etc., les phénomènes de la division du noyau dans les sphères vitellines. Il n’a point eu vraisemblablement l’occasion de les vérifier sur les éléments de l’épithélium des Ratraciens et de la moelle des Mammifères, où on les a signalés. Mais il faut bien reconnaître que cer-

tains points demeurent fort obscurs : ainsi, l’existence, au milieu des épithéliums, de ces cellules rameuses, contractiles et souvent pigmentées (cellules de Langerhans chez l’homme, chromoblastes des Batraciens, etc.), qu’il nous faut maintenant regarder comme homotypiques des cellules très différentes à tous les points de vue qui les entourent (1).

L’origine de ces éléments soulève certainement un des problèmes les plus délicats de la théorie cellulaire. A la vérité, on a voulu y voir des cellules migratrices échappées des tissus profonds, à travers la couche superficielle du derme (très résistante chez les Batraciens). Mais cette migration n’a jamais été démontrée. Il faut donc admettre que les cellules de la couche profonde de l’épithélium en état de multiplication continue, fournissent par scissiparité deux espèces d’éléments anatomiques, l’un en nombre considérable, l’autre très rare et totalement distinct par tous ses caractères. Ou bien encore faut-il admettre qu’en quelque lieu (à déterminer) s’est faite une pénétration normale des éléments du mésoderme dans l’ectoderme, qui ont ensuite proliféré en prenant au milieu des cellules de celui-ci la place et les rapports fixés par les conditions d’hérédité?

Dans les idées de Robin, l’apparition de ces éléments serait simplement un fait de genèse. Elle aurait lieu aux dépens d’un blastème ensudé par les cellules épithéliales environnantes. Cette hypothèse en valait, en somme, une autre. Et elle ne nous choque qu’en raison de cette idée, sans doute exacte, infiniment probable, que jamais une cellule ne peut naître par genèse, c’est-à-dire par génération spontanée au sein des substances liquides ou demi-solides à demi-vivantes de l’économie. 11 ne faut point oublier que rejeter d’une façon absolue la théorie de la genèse de Robin, revient à admettre a priori comme démontré l’axiome omnis cellula a cellula, qui n’est, en somme, dans son universalité qu’une autre hypothèse.

Cette théorie de la genèse, Robin l’expose déjà sans lui donner d’ailleurs, de nom dès 1848 dans un Mémoire sur le développement des spermatozoïdes. Il y revient en 1849 dans le traité Du Microscope :

« Chaque fois qu’on a pu voir se former l’ovule mâle ou femelle, a dit-il, on l’a vu se former de toutes pièces , spontanément, au « milieu d’un liquide tenant ou non des cellules en suspension, de « la même manière qu’on constate la formation spontanée de toutes

(l) On peut encore signaler l’apparition des premières cellules vibraliles sur les épithéliums pavimenteux des voies respiratoires de l’embryon (Voy. Pouchet et Tourneux, Précis d' Histologie, et Laguesse, Recherches sur le développement embryonnaire de l’épithélium dans les voies aériennes , thèse, 1885).

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