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sont essentiellement des espèces anatomiques transitoires, en ce sens qu’à peine produites elles servent à la génération d’autres espèces, d’une organisation plus élevée. On constate à la fois, d’une part leur apparition incessante et, de l’autre, leur disparition continuelle par suite de la naissance à leurs dépens d’éléments anatomiques divers. « Partout où existent des éléments 'anatomiques « végétaux ou animaux en voie de rénovation moléculaire active, « nous pouvons, dit Robin, voir sur le fait l’apparition ou géné- « ration d’autres éléments anatomiques. Il y a donc genèse ou gé- « nération spontanée d’éléments anatomiques dans le corps et « pendant la plus grande partie de l’existence. » Robin prend, d’ailleurs, bien soin de distinguer cette genèse de l’hétérogénie, qui suppose l’apparition de la substance organisée et configurée au sein et aux dépens des milieux cosmiques non organisés, non vivants. Aussi, tandis qu’il rejette les doctrines de F.-A. Pouchet sur la génération spontanée des Infusoires, le voit-on plus tard invoquer à l’appui de ses idées, le fait signalé par M. Trécul, delà formation spontanée, c’est-à-dire de la genèse d’amylobacters dans le liquide intracellulaire de certaines cellules végétales (Trécul, Comptes rendus, 1861, t. LXI, p. 432).
En résumé, Robin reconnaît deux modes d’apparition différents des éléments anatomiques : un premier mode dans l’ovule fécondé ; un autre dans le corps de l’être déjà formé, à partir des premières périodes de l’état fœtal jusqu’à l’état adulte.
Dans l’ovule fécondé Robin qui ne pouvait suivre, comme nous le faisons aujourd’hui, la destinée de la vésicule germinative, admet son évanescence complète; et dès lors il est forcément conduit à admettre la formation spontanée ou genèse du noyau vitellin, suivant à quelques heures d’intervalle la fonte de la vésicule germinative dans la masse du vitellus. Quant à la segmentation de celui-ci, elle ne fournirait rien au delà des cellules embryonnaires. A partir du moment où est terminée cette segmentation, par le seul fait de l’existence d’éléments anatomiques en voie de rénovation moléculaire continue, des éléments d’espèce semblable ou différente vont apparaître de toutes pièces à l’aide et aux dépens des principes immédiats fournis par les premiers. Ces principes s’associent moléculairement en masses de ligure spécifique nouvelle, et pour d’autres seulement sous la forme que leur permettent de prendre les interstices qu’ils occupent.
Ce qui se passe là — Robin a bien soin de le faire remarquer — n'a rien de commun avec une coagulation. C’est une genèse, la genèse dans un être vivant et par la combinni'on de principes immé-
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diats variés, d’un nouvel élément, noyau, cellule, qui dès son apparition dire une structure et un volume déterminés, différents selon les individus, ayant de prime abord certaines dimensions et pouvant ensuite se développer ou rester tel plus ou moins longtemps, a moins qu il ne s’atrophie et ne soit résorbé. Dès l’instant de son apparition la substance de cet élément anatomique est vivante ellemême, et participe aux actes de rénovation moléculaire de l’être dans lequel elle est née.
Cette apparition a cela de particulier d’avoir lieu sans lien généalogique substantiel direct entre l’individu élémentaire nouveau et ceux préexistants, soit de même espèce, soit d’espèce différente. L élément nouveau n’a besoin de ceux qui le précèdent ou l’entourent au moment de sa genèse, que comme condition d’existence et de production ou d’apport des principes qui s'associent entre eux pour le former. Et à son tour il devient, par le fait même de son apparition, de son développement et de sa nutrition, la raison de la genèse d éléments anatomiques d espèce semblable ou différente, et par suite, d’un tissu, d’un organe, etc.
Il est clair que dans ces conditions la genèse d’une cellule ou de tout autre élément est un lait dérivant directement de l’état d’organisation et dérivant de lui seul. Pour Robin, l’apparition libre d’un élément dans un blastème est le dernier terme de l’analyse histologique au delà de laquelle il n’y a plus rien que les actions moléculaires résultant du conflit des principes immédiats constituant la substance vivante. Robin crut toucher ainsi la limite des faits morphologiques, tandis que cette limite, en réalité, se dérobe à nous du moment que nous considérons toutes les cellules existant, ayant existé et devant exister, comme reliées ontogénétiquement et phylogénétiquement les unes aux autres.
Toute cette doctrine de la genèse, telle que la concevait Robin, ne saurait plus être défendue aujourd’hui, au moins en ce qui touche la multiplication cellulaire. Elle demeure cependant l’expression fort juste du développement organique, dans le sens le plus généi al de cette dépendance genétiq ue où se trouvent les différentes parties élémentaires du corps, apparaissant toutes en fonction de 1 existence préalable d’autres parties élémentaires. Vers la lin Robin avait beaucoup modifié sa théorie sans parvenir cependant à la rendre plus acceptable. Telle qu’il l’expose dans l'article Génération du Dictionnaire encyclopédique (1881) elle diffère considérablement des débuts et s’accorde tout au moins en partie avec les données nouvelles de la science (1).
(I) Vov. p. •408.
Le noyau vitellin dont il reconnaît toujours la première apparition connue spontanée, le noyau vitellin « né par genèse », pour employer ses expressions, donne par scission continue le noyau des cellules résultant de la segmentation du vitellus. Le nombre et la masse des noyaux, ou en d’autres termes, des parties constituantes élémentaires de provenance nucléaire primitive, augmentent donc considérablement, tandis que le corps cellulaire, partie constituante d’origine vitelline directe, disparaît. Ces noyaux passent ainsi à l’état de noyaux libres beaucoup plus nombreux que les cellules dans lesquelles ils s’étaient multipliés, et presqu’aussitôt chacun devient le centre de la génération d’un corps cellulaire nouveau (abstraction faite des cas où les noyaux libres s’hypertrophiant se segmentent bientôt eux-mêmes). « C’est de la sorte que « dans le mésoderme les unités anatomiques figurées, définitives « et permanentes (éléments des tissus lamineux, musculaire, élas- « tique, etc...), sans caducité ni mues normales (comme à l’épi- « derme) succèdent aux cellules transitoires du feuillet moyen. « Elles les remplacent non pas nombre pour nombre mais dans « des proportions immédiatement bien supérieures, qui sous leurs « amas nucléaires ( blastèmes des premiers embryologistes) font aus- « sitôt disparaître l’état de feuillet primordial uniforme, et appa- « raitre relativement épais les rudiments des organes définitifs ». Suivant ce nouvel exposé, les noyaux se multiplieraient donc par scissiparité : les corps cellulaires seuls apparaîtraient par genèse avec leurs prolongements librillaires nerveux, etc... Il semble de même que maintenant Robin restreigne les faits de genèse au seul feuillet moyen. Nous avons déjà fait observer que l’existence de noyaux nus, et par suite la formation d’un corps cellulaire sur un noyau nu devaient être considérées dans l’état actuel des connaissances comme une erreur d’observation. Quant aux dépendances du corps cellulaire, en choisissant de meilleurs exemples que les expansions des cellules nerveuses ou lamineuses, on est bien contraint d’en attribuer l’apparition à un véritable phénomène de genèse tel que l’entendait Robin.
Il nous reste à dire comment se combinaient dans la pensée de Robin les phénomènes de genèse avec l’existence d'une sorte de segmentation, pour subvenir au renouvellement incessant de l’épiderme et de certaines secrétions glandulaires. D’après lui, l’individualisation des cellules épidermiques résulterait de deux phénomènes antécédents, de deux conditions antérieures qui la rendent possible : d’une part la genèse des noyaux, et d’autre part la genèse de la substance destinée à former autour d’eux les corps cellu-
CHARI.ES RORIN.