‹ Charles Robin, sa vie et son œuvreChapitre 19 sur 35 · LXXXI · texte numérisé non relu

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laires. Les noyaux nés par genèse et d’abord très petits grandissent peu à peu; en même temps se produit entre eux une certaine quantité de substance homogène peu ou point granuleuse qui écarte ces noyaux. Puis, quand ils se trouvent à une distance les uns des autres égale à peu près à leur propre diamètre, la substance interposée se segmente entre eux. C’est seulement alors qu’il peut être question de véritables cellules. Ce serait là, comme on voit, un mode tout particulier d'individualisation des éléments cellulaires, très distinct d’une reproduction. On aurait ici une matière organisée née par genèse mais manquant de configuration spéciale ou du moins spécifique, qui se segmenterait en autant d’éléments anatomiques (dès lors individualisés) doués d’une configuration, d’une structure et d’une vie propres, qu’il s’est produit de segments.

Evidemment Robin tombe ici dans une grave erreur en ce qui touche les noyaux, que nous savons se multiplier par scissiparité; mais il semble avoir très exactement interprété le phénomène de segmentation delà matière amorphe. Il avait très bien vu du reste qu’une division, qu’une scission du noyau peut avoir lieu à l’état normal aussi bien qu’à l’état pathologique dans certains éléments anatomiques, sans être suivie d’une division de ceux-ci, par exemple dans les fibres-cellules. Nous avons indiqué de notre côté le même phénomène, se présentant d’ailleurs avec la même rareté relative, dans les hématies nuclées; il faudrait y joindre peut-être le fait de la présence de deux noyaux dans un grand nombre de cellules hépatiques dont le diamètre n’est point augmenté, et qui ne paraissent pas conséquemment en cours de segmentation.

Robin se figurait donc la couche profonde de l’épiderme comme formée d’une masse essentiellement continue, sorte de blastème, où les noyaux seraient apparus par genèse, et destinée à se segmenter autour d’eux. 11 se basait pour admettre ceci, sur l’observation de certaines productions pathologiques et spécialement des épithéliomas , dans la profondeur desquels il isolait de vastes masses nettement limitées à la façon des cellules, et renfermant un nombre plus ou moins grand de noyaux à peu près équidistants. Ces éléments géants résultaientpour lui d’unesegmentation incomplète de la matière amorphe autour des noyaux. 11 avait cru observer ce mode d’individualisation cellulaire dans l’épithélium des culs-de-sac de certaines glandes, en particulier du pancréas, et il l’étendait par analogie à la couche de Malpighi (1). 11 ne nie pas

(l) Anal, ccll., p. 211. Rappelons qu’il existe de nombreux exemples de masses qu’on pourrait considérer comme une sorte de cytoplasme indéfini : ainsi la substance col-

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absolument que des cellules y puissent naître par segmentation, puisqu’il ne s’agit pas ici d’un tissu constituant, mais il n’admet pas que ce seul processus suffise à la rénovation continue des surlaces cutanées, muqueuses et sécrétantes. Rien de plus évident à ses yeux que cette rénovation par genèse des noyaux d’abord, et de la matière amorphe en même temps. Le lien génétique qui relie tous les noyaux les uns aux autres lui échappe, mais le fait de l’individualisation de cellules autour d’eux par une sorte de clivage de la matière amorphe, avec ses accidents divers, ne saurait être contesté (1).

Robin au milieu de toutes ces variations sur sa théorie de la genèse ne méconnaissait nullement chez les animaux, les autres modes de multiplication cellulaire. La production des globules polaires lui offrait le type delà gemmation. Il l’avait spécialement étudiée chez les Nephelis et chez les Tipulaires caliciformes où il admet que tout le blastoderme naît ainsi par gemmation de cellules dépourvues de noyaux à la surface du vitellus. Mais il met la gemmation et la scissiparité au même rang, n’y voyant que des processus en quelque sorte exceptionnels chez les animaux, et limités à peu près exclusivement au vitellus et à la matière amorphe des couches profondes des tissus dérivés du feuillet externe. Cela le conduit à penser que les cellules nées de la sorte n’ont jamais qu’une existence temporaire et transitoire par rapport à l’être qu’elles concourent à former. Pour lui, l’état amorphe est en quelque sorte le substratum nécessaire au phénomène de segmentation, lequel ne se montrerait plus qu’exceptionnellement sur les cellules ; et s’il s’y produit, c’est que leur cytoplasme a conservé, de la matière amorphe dont il est né, la propriété de se segmenter. Mais ceci n’arrive que lorsque la cellule, par certaines circonstances, a dépassé son volume habituel.

On voit comment Robin suit sa pensée jusqu’en ses conséquences extrêmes. L'augmentation de volume de l’élément n’est plus pour lui un acheminement vers la segmentation : c’est le résultat de

lulaire continue de la cornée des poissons (voy. Pouchet et Tourneux, Précis d,' Histologie, p. 611) parsemée de noyaux qui ne sont pas même toujours équidistants.

(1) Nous avons observé et décrit ce mode d’individualisation sur les dernières hématies en formation dans l’aire vasculaire des Rongeurs (Voy. Soc. de Biologie, 6 avril et 20 juillet 1878.) Les masses polynucléaires dont il est ici question pourraient être comparées à un vitellus méroblastique dans lequel la puissance de segmentation n’est pas assez grande pour amener la segmentation totale. Quant à parler de sphère d’activité des noyaux, c’est résoudre la question par la question : le fait est que nous ne savons encore rien sur la relation, en réalité fort complexe, «lui relie la multiplication nucléaire à l’individualisation cellulaire.

circonstances fortuites — dans le sens où ce mot peut être pris en biologie — et la segmentation n’est à son tour qu’une conséquence possible de cet accroissement de volume.

Nous avons cru devoir insister longuement sur cette erreur presque inexplicable d’un anatomiste aussi sagace. Il est difficile de comprendre comment, après avoir été victime au début de sa carrière d’erreurs d’observation presque fatales à cette époque, Robin n’a pas plus tard, comme sur tant d’autres points, réformé ses premiers jugements en présence de la multitude des faits nouveaux constatés de toutes parts.

Robin, donnant une importance presque égale à tous les éléments ligurés, avait été conduit à rejeter la théorie cellulaire dans ce qu’elle avait d’universel. Les partisans de celle-ci étaient allés à une exagération contraire, ne voyant rien dans l’économie en dehors des cellules. Robin se rapproche évidemment de la vérité quand il nous montre une foule de parties essentielles, négligées jusque-là des anatomistes, comme apparaissant par une sorte de genèse. Et s’il se trompe en y comprenant les cellules, n’est-ce pas véritablement du nom de genèse que nous devons appeler l’apparition dans le cytoplasme amorphe, de parties intimes essentiellement distinctes et vivantes, telles que les fibrilles musculaires? Observons les derniers chevrons de la queue des larves de Batraciens. La cellule embryonnaire contenant encore des granules vitellins s’est allongée, ses noyaux se sont multipliés. La plus grande portion de son cytoplasme en apparence ne s’est pas encore modifiée, et cependant ce cytoplasme est progressivement remplacé dans une partie de l’élément par la substance contractile musculaire, dont les propriétés physico-chimiques et organiques sont absolument différentes. N’y a-t-il pas là véritablement genèse de cette substance nouvelle, née aux dépens du cytoplasme comme d’un blastème et aussi nettement délimitée par rapport à lui que l’est le noyau par rapport au corps cellulaire? On pourrait encore citer l’apparition des nématocyste dans le cytoplasme d’une cellule urticante. Ce sont là évidemment des phénomènes de genèse tels que les entendait Robin. Et c’est alors que nous voyons combien est peu satisfaisante en définitive la théorie cellulaire, et comment nous sommes toujours ramenés en deçà des faits de structure, à la considération des phénomènes moléculaires qui se passent au sein de chaque élément anatomique susceptibles d’imprimer à sa substance les caractères fonctionnels et morphologiques les plus nets et les plus compliqués. C’est peut-être de ce côté que sont à faire les plus importantes études pour un avenir vraiment fécond de la biologie.

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