‹ Charles Robin, sa vie et son œuvreChapitre 20 sur 35 · LXXX.V · texte numérisé non relu

LXXX.V

VIII. Les cinq propriétés fondamentales de la substance organisée (suite). — La courbe vitale. — La division du travail.

Robin, dans son énumération des cinq propriétés fondamentales de la substance vivante, place Yèvolutilité avant la natalité, considérant l’individualisation de la substance organisée en nouveaux êtres, comme une conséquence même de son évolution. Nous venons d’exposer ses idées sur la natalité. Il désigne sous le nom d'évolulililè la propriété qu’a toute substance organisée amorphe ou fi gu rée en voie de rénovation moléculaire, une fois apparue, de se modifier sous les divers rapports de son volume, de sa forme, de sa structure et de ses autres attributs d’ordre vital, jusqu’à détermination de changements tels dans sa constitution que tous ces actes cessent, ce qui caractérise la mort. La multiplication et spécialement la segmentation cellulaires se rattachent à l’évolutilité, en tant que marquant le terme du développement au point de vue de la masse et de certains changements de constitution. Ceux-ci, à leur tour, provoquent l’activité nouvelle que nous voyons se manifester dans le noyau des éléments qui entrent en scissiparité.

Quant à la mort, elle n’est en aucune façon une conséquence de la vie. Leur connexité, il est vrai, est tellement contingente par rapport à nous, que nous unissons fatalement ces deux actes, mais Robin montre très bien que de la rénovation continue qui caractérise la vie, ne découle en réalité que la possibilité de croître et de décroître. C’est cette décroissance dans l’état d’organisation qui, venant à rompre l’équilibre entre l’être organisé et le milieu, rend celui-là inapte à subsister plus longtemps. Mais aucune contradiction n’empêche de concevoir l’existence d’un être comme une alternative indéfinie d’assimilations et de désassimilations. Nous connaissons des espèces chez lesquelles le plus grand âge n’apporte dans la constitution de leurs tissus aucun signe de caducité appréciable par le microscope ni par aucun des autres moyens dont nous disposons: ces êtres nous apparaissent dès lors comme pouvant vivre et croître indéfiniment (1).

A la vérité, Robin n’admet pas que la vie puisse ainsi se perpétuer, et que la mort puisse n’être qu’un phénomène accidentel. Rien ne prouve cependant qu’il n’en soit pas ainsi dans certains cas et nous n’avons contre la conception d’un.être vivant indéfi n i-

(1) 11 convient sans doute d’ajouter, au moins en ce qui concerne les animaux, que cette croissance est en raison inverse d'une l'onction déterminée du temps.

LXXXYI

ment, que des objections d’ordre rationnel et métaphysique. On pourrait même ajouter que la reproduction n’est en définitive que l’expression naturelle de cette permanence possible de la substance organisée (1).

En tout cas, il faut reconnaître que la théorie générale de la mort est encore à formuler ou du moins très peu avancée, qu’il s’agisse de l’être total ou de chacun des éléments qui le composent. Robin insiste sur ce point que la mort des éléments anatomiques est graduelle, survenant par une succession de mouvements infiniment petits. Ceci est vrai aussi bien pour les tissus et les éléments destinés à une élimination normale (cellules épidermiques, tissus maternels entraînés avec l’embryon) que pour ceux qui sont frappés de mort en raison d’une lésion pathologique. Tantôt l’altération survenue affecte à la fois toute l’étendue de l’élément et le conduit rapidement à la liquéfaction totale, tantôt elle se manifeste en quelque sorte de proche en proche et aboutit à une diminution d’étendue, à une atrophie, jusqu’à disparition complète de l’élément laissant sa place à un autre ou à d’autres, comme nous le voyons pour les hématies sans cesse renouvelées dans le sang.

Dans l’idée que nous nous faisons des substances amorphes de l'économie, comme dépendantes des éléments cellulaires, il est clair que leurs phénomènes d’évolu til i té seront, essentiellement contingents : dans les vues de Robin au contraire ces phénomènes sont primitifs. Aussi, à l’état normal, le seul phénomène évolutif que présentent les substances amorphes est-il selon lui une augmentation de quantité.

Robin , qui n’admet aucune métamorphose d’éléments quelconques, reconnaît toutefois (2) que certains d’entre eux peuvent être le siège de changements de forme, mais il insiste peu sur un point assurément délicat pour sa doctrine. Il établit, au contraire, avec une grande autorité, comment la cellule se remplira de substances telles que des huiles, des essences insolubles dans le cytoplasme. Il montre combien ces changements de forme ou d’état intérieur sont dignes au plus haut point, bien que trop souvent négligés, de fixer l’attention de l’anatomiste. N’est-ce pas là en effet l’histoire même de l’élément? L’élément cellulaire en particulier n’est-il pas un véritable individu dont l’évolution, jusque dans ses écarts (3), reste comparable àcellede l’individu animal ou végétal?

(1) Anat. cell., |>. 4G8.

(2) Anat. cell., p. 448.

(3) C’est ainsi qu’on observe exceptionnellement des cellules géantes de diverses espèces ou naines, comme il y a des animaux géants ou nains. Il est bien entendu que

Page 1