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« relativement chauds et froids de la matière, de même, il n y a pas « de virus en tant qu’espèces de corps ou principes pondérables et « isolables. Les virus existent en tantque mouvement, état d activité « anormal, pathologique de la substance organisée, non en tantque « matière isolable, séparable ettangible. A ce point de vue, il y a viru- « lence, état virulent de la matière organisée, presque toujours « accompagnée, comme partout où il y a altération, du développe- « ment et de la reproduction de schizomycètes. » ( Nouveau dictionnaire, 1885.) 11 n’est pas sans intérêt de rapprocher de cette opinion de Robin proclamant l’immanence de l’état virulent comme attribut de la matière organisée, cette déclaration toute récente de M. Duclaux (1886) : « qu’on ne connaît pas les diastases à 1 état pur « et qu’aucun procédé ne les fournit débarrassées de la matière or- « ganique inerte dont elles s’accompagnent dans le liquide de sé- « crétion » (1).
L’état virulent transmis de proche en proche d’une parcelle infinitésimale à un poids considérable de matière vivante, est un phénomène dont il est bon, en passant, dénoter l’analogieavec certaines réactions purement chimiques, telles que la combinaison de proche en proche de l’eau et de l’acide sulfureux, sous 1 influence d une seule molécule (au moins théoriquement) d’acide azotique. On pourrait citer d’autres exemples; il suffira de remarquer la parfaite similitude qu’a l’expression quantitative des phénomènes de cet ordre, avec celle de la multiplication indéfinie, par scissiparité, des cryptogames schizomycètes.
Robin, jusqu’au dernier jour, est resté fermement attaché à la théorie de la virulence telle qu’il l’avait formulée dès le début. Il a même, vers la fin de sa vie, indiqué sommairement quelques objections que l’on peut présenter à la façon actuelle de comprendre la pathologie, conforme aux « doctrines microbiennes » (2). Eu essayant de présenter à notre tour ces objections, avons-nous besoin de protester de notre admiration pour les travaux de l’homme considérable dont le nom résume aujourd'hui la médecine nouvelle et rayonne d’un éclat si grand sur toute l’Europe? « L’atténuation des virus » (quel que soit le phénomène intime ainsi désigné) réalisée expérimentalement est une des plus grandes découvertes dont doive s’honorer et se réjouir l’humanité. Elle en place l’auteur à côté de Jenner. Ce que l’un avait découvert par des observations d’une sagacité profonde, M. Pasteur le réalise par
(1) Le microbe et la maladie, p. 105.
(2) Expression de M. Pasteur. Voy. Lettre à il. Verneuil , 26 fév., dans Gaz. hebdomadaire.
ex VII
SA VIE ET SON OEUVRE
des séries d’expériences entreprises avec une magistrale ingéniosité. Le grand homme de science français reste donc en dehors du débat et son nom le domine. Il ne s’agit point de contester les faits d’expérience indiscutables sur lesquels il appuie sa doctrine. Nul n’y a jamais songé et Robin moins que personne. Le seul but que nous puissions nous proposer ici, est d’essayer de ramener les phénomènes visés par la pathologie bactérienne, à leur véritable \aleur; de montrer les points précis qui sonthorsdediscussionetceux qui sont peut-être susceptibles, dansl’état actuel des sciences, d une interprétation un peu différente de celle qu’on en donne.
Une première objection aux doctrines microbiennes est la ressemblance, pour ne pas dire l’identité morphologique absolue des cryptogames pathogènes auxquelles on attribue cependant les maladies les plus différentes (charbon, fièvre typhoïde, dyssenterie, choléra, phtisie, etc.). Et d’autre part, distinguer dans ces cryptogames si complètement identiques, autant d’espèces d après les effets produits sur le milieu, c’est ruiner toute méthode botanique. Robin insistant sur ce point (1), dit très justement : « qu une détermination spécifique faite en dehors de la connaissance de 1 évolution complète des individus, résumée ou non dans une phrase linnéenne, reste sans valeur » (1). Il s en faut en outre et de beaucoup que ces cryptogames, si singulièrement semblables malgré qu’ils causent une foule d’affections différentes, aient même été positivement rencontrés dans toutes les maladies qui ollrent une marche symptomatique analogue à celles où on les signale. \ oici donc un premier point : La spécificité des cryptogames pathogènes est loin d'être démontrée et les faits parlent contre celte hypothèse fondamentale des théories actuellement régnantes .
Un second fait d’expérience est le suivant : L'organisme à l'état normal abrite toujours dans ses cavités, dans scs humeurs , dans scs tissus, un grand nombre de cryptogames appartenant précisément au groupe des schizomycctes que l'on trouve en abondance dans certaines affections pathologiques.
Nous ne parlons pas ici des microzymas. La théorie soutenue avec une opiniâtreté si respectable par M. Réchamp et sur laquelle l’attention se fixait encore récemment à l’Académie de Médecine, parait peu défendable. M. Réchamp admet que les « granulations azotées » décrites dans un grand nombre d’éléments anatomiques,
(1) Voy. Remarques sur les fermentations bactériennes. Jouin. de l’Anal., 1S/9.
( ■>) Voy. sur cette question encore pendante, E. Huppe. Die l ormen der lia clcrien. XViesbaden, 1 880.
sont des êtres aulobics susceptibles, sous des influences déterminées, de se transformer en bactéries (celles de la putréfaction, de diverses maladies, etc.). Cette théorie ne pourrait être vraie tout au plus qu’en partie. La substance contractile et par conséquent essentiellement vivante des fibres musculaires, des leucocytes, des pseudopodes des Radiolaires, etc., est hyaline, transparente comme le cristal le plus pur; ce n’est qu’après la mort que le microscope y voit apparaître des granulations, comparables à celles que la coction ou 1 action de certains réactifs font naître dans l’albumine. Les microzymas n’ont donc pas l’universalité que leur suppose M.Béchamp; ilsmanquent absolumentdans dessubstances où l’état d’organisation se révèle par ses manifestations les plus élevées.
M. Béchamp admet qu’après la mort et pendant la vie dans certaines circonstances, les microzymas deviennent bactéries, se développent en bactéries comme font les granulations d’une zooglée telle que celle de Leptothrix buccalis autrefois décrite par nous(l). Ces granulations présentent en effet parfois un aspect très voisin de celui que la coagulation fait apparaître dans un grand nombre de substances organisées, homogènes et hyalines pendant la vie. Il est possible que M. Béchamp ait été induit en erreur par la présence — plus commune qu’on ne le croit généralement — de bactéries dans les tissus et les humeurs des êtres vivants supérieurs. Leur petitesse est une excellente condition de pénétration. Nous avons signalé, il y a longtemps déjà, l’existence de vibrioniens actifs dans le sang des Crustacés, dans la rate des Poissons plagiostomes. 31. Ch. Richet a d’ailleurs démontré depuis lors la présence très fréquente de bactéries dans le sang des poissons (2). Et tout récemment 31. Bizzozero a noté l’existence constante de ces mêmes bactéries dans les follicules lymphatiques de l’intestin du lapin (3). On s’explique très bien dès lors qu’elles puissent être versées dans le torrent circulatoire. C’est là sans doute la cause du succès des expériences dans lesquelles 31. Béchamp et ses disciples ont obtenu des bactéries aux dépens de fragments de foie enlevés et isoles avec toutes les précautions voulues pour qu’aucun germe atmosphérique y pût tomber (4). On doit en somme regarder
(1) Sur une variété morphologique du Leptothrix buccalis. Soc. de Biol., 1864.
(2) Microbes chez les poissons. Soc. de Biol., 4 nov. 1882.
(3) Sulla presenza costante di Batleri net follicoli linfatici delV intestino di Coniglio ( Archivio per le scienze medice., vol. IX, n° 18.) Acad, de méd. de Turin 6 mars 1885.
(4) «appelons que Robin avait déjà signalé ce fait, qu’on trouve des bactéries dans le sang acide des veines sushépatiques sur le cadavre après certaines maladies (voy. Anat. etPhys.cell., p. 539).