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<t cunement le manque de culture philosophique des savants con- «. temporains qui diminue en France le nombre des adhésions aux « doctrines de Lamarck et de sescontinuateurs, quelque vifquesoit « l’intérêt présenté par les documents qu’ils rassemblent; c’est au « contraire le développement de cette pensée philosophique que la « portée d’une vue spéculative se juge par la possibilité d’un con- « trôle positif, c’est enfin le manque d’un contrôle réel à cet égard, « puisquejusqu’à présent ce contrôle n’a pas encore été donné pour « une seule espèce d’êtres, pas plus que pour une seule espèce de « cellules. Nul homme de science ne méconnaît ce qu’a de sédui- « sant cette manière de substituer l’idée du métamorphisme indéfini « à celle des variations individuelles, de représenter toutes les col- « lections d’individus analogues, comme des descendants du plus « simple des organismes observés, c’est-à-dire de les considérer « comme unies d’un lien généalogique direct, infléchi, mais con- « tinu partout, remontant jusqu’à cette monade. Seulement nul « ne peut nier que, sans méconnaître l’intensité ou l’ingéniosité « des efforts tentés, on est en droit de demander pour ces hypo- « thèses une vérification, ne fût-ce que pour une seule de toutes « les espèces vivantes, de manière à pouvoir déterminer à l’aide a de documents paléontologiques, de quels êtres elle descend ; car « il est certain qu’il n’y a, jusqu’à présent, de donné comme « preuve que des possibilités sur lesquelles peu de naturalistes « s’accordent, et non des réalités. Mais en science, des probabi 1 i - « tés ne suffisent pas pour valider une hypothèse, ni pour consti- « tuer le point de départ de nouvelles démonstrations. » ( Anal . cellulaire, p. xxxiv.)
Robin cite ici Lamarck, mais il vise Darwin dont les grands et beaux travaux zoologiques ne sont pas d’ailleurs en cause. Robin reprenant en effet par le détail la théorie de Lamarck, déjà commentée dans un passage d’Auguste Comte trop oublié (1) , n’a pas de peine à montrer que c’est au savant français qu’il convient de faire remonter la doctrine de l’évolution, et, qu’au fond, on chercherait vainement en quoi ses idées diffèrent de celles de Darwin et de M. Hæckel. Evidemment, l’extension qu’ils ont donnée à cette théorie est en rapport avec la plus grande multiplicité des êtres découverts depuis trois quarts de siècle, et la plus grande netteté de nos connaissances sur leur évolution. Leurs arguments sont incontestablement plus nombreux et exprimés avec plus de précision, mais ils sont exactement de même ordre.
(I) Phil. posit., 1838, t. III, 2e leçon, Considérations philosophiques sur la Biotaxie; et 2e édit., 1864, p. 385 à 398.
charf.es robin
La combinaison caractéristique de la substance carbonée avec l’eau, qui d’après M. Hæckel formerait une substance mixte, molle, intermédiaire entre la matière brute et les êtres vivants , pouvant naître par génération spontanée; la matière albumineuse composant le corps homogène, sans parties ni fonctions distinctes, des monères tant neutres que végétales ou animales du même auteur; le passage des monères à 1 état de cellules par formation d’un noyau (apparaissant par genèse conformément à la théorie de Robin) ; la disposition des êtres en séries ramifiées d’après la façon dont M. Hæckel suppose que les familles animales ou végétales dérivent les unes des autres : tout cela n’est, en somme, qu’un remaniement sous des termes plus techniques, des vues de Lamarck avec ses générations directes ou spontanées, ses masses primitives gélaineuses ou mucilagineuses, et son état cellulaire arrivant à créer des organes particuliers, à les isoler ainsi que leurs fonctions, à diviser et à multiplier les divers centres d’activité (1). Et, ajoutet-il, a comme la reproduction conserve constamment tout ce qui « a été acquis, de cette source féconde sont sortis avec le temps les « différents corps vivants que nous observons. » N’est-ce pas le transformisme tout entier?
En réalité Darwin n’ajoute au tond de la théorie de Lamarck, reposant sur l’influence des milieux, qu’une série nouvelle d’arguments et même beaucoup moins décisifs, tirés de l’action lente de la concurrence vitale et de la sélection, tant proprement dite que sexuelle. Or, si l’hypothèse de l’influence des milieux sur l’établissement des formes animales, paraît en rapport dans une certaine mesure avec ce que nous savons de l'histoire de la vie à la surface de la planète, les causes modificatrices auxquelles Darwin semble attribuer le plus d’action, sont loin d’être aussi patentes (2).
Dès lors, tout en reconnaissant l’intensité et l’ingéniosité des efforts tentés, on reste en droit de demander à l’appui de toutes ces hypothèses, une vérification, ne tut-ce que pour une seule des espèces actuellement vivantes; car il est bien certain, que même pour celles dont on a cru pouvoir déterminer l’origine à l’aide des documents paléontologiques, on n’a donné jusqu’à présent que des possibilités sur lesquelles tout le monde même ne s’accorde pas, et non des réalités (3). Malheureusement en science les proba-
(1) Lamarck, Phil. zool, 2e édit., 1830, p. 294.
(2) Robin remarque que la sélection sexuelle n’est guère applicable aux Protozoaires, en tout cas elle ne l’est pas aux Invertébrés portant les deux sexes, etc.
(3) Voy. encore tout récemment la discussion sur la philogénie du genre Equus, par MM. Vogt et Truuessardt, dans la Rev. scientifique.
SA VIE ET SON OEUVRE