CXX.XV
bilités ne suffisent pas pour valider définitivement une hypothèse et à plus forte raison pour constituer le point de départ de nouvelles démonstrations. Si, en effet, l’hypothèse est au début de tous nos essais scientifiques, ce sont les efforts de ceux qui ont conçu et exécuté les démonstrations, qui restent, qui établissent le savoir conduisant à la prévoyance et à l’opportunité dans l’action. Il ne suffit pas qu’une hypothèse soit simple pour être acceptée. Il faut avant tout qu’elle soit vérifiable, autrement elle ne tarde pas à devenir nuisible; car ceux qui pour aimer la science ont besoin des suppositions dans lesquelles on donne comme démontrée la chose même qu’il s’agitde rendre évidente, sont plus près de méconnaître la grandeur de la connaissance, que de la servir. Or, il n’est aucune espèce pour laquelle on ait pu prouver autrement qu’à l’aide de paralogismes, qu’elle provient de telle ou telle espèce plus simple, comme on prouve, par exemple, que le papillon est l'adulte de la chenille ou tel acarien octopode, l’adulte de tel autre individu hexapode. Nul n’a encore indiqué non plus comment dans les organismes simples répondant à la qualification de Moneres et dépourvus de tout élément anatomique, naîtra le premier élément qui va se montrer, dans quelles conditions et comment naissent les cellules sur un individu provenant d’antécédents qui en manquaient, car ce fait arrive ou est arrivé nécessairement, si tous les êtres actuellement vivants descendent d’une forme monérienne primitive. Il n’existe pas davantage une seule expérience concluante pour démontrer le passage d’une forme nettement spécifique à une autre. Et à ce propos on nous permettra de rappeler que plus d’une fois nous avons entendu répéter à notre maître que les expériences instituées par nous sur les changements de coloration des animaux, étaient en somme les seules qui eussent jamais été faites dans la direction des idées actuellement partagées par le plus grand nombre des zoologistes.
Il est certain que d’une manière générale le disciple d’Auguste Comte était fort peu enclin, pour ne rien dire de plus, à toutes ces spéculations morphologiques, qu’il s’agisse des espèces animales avec Darwin, de Yarchètype des Vertébrés avec M. Üwen, ou plus récemment encore du membre type, de l’ archypterygium avec M. Gegenbaur. Et en elfet toutes ces conceptions sont de même ordre; elles n’ont qu’une valeur absolument subjective, par défaut absolu de preuves. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Ce serait une grave erreur de penser que Robin, tout en contestant la portée positive des spéculations darwiniennes, penchât aucunement vers la doctrine opposée de la fixité. Dans son Nouveau dictionnaire abrégé , les mots Fixité
et Espèce ne sont pas même traités ; quant à l’article Transformisme , un des plus longs, il se compose surtout d’extraits de l’introduction écrite par M. de Lanessan pour les Œuvres de Buffon.
Robin pouvait se regarder comme d’autant plus autorisé à avoir une opinion raisonnée sur les théories transformistes, qu’il s’était beaucoup occupé d embryogénie. 11 revient souvent sur cette déclaration : que nous ne saurions avoir la notion exacte d’un élément anatomique si nous ne connaissons toutes les phases par lesquelles il a passé, depuis le moment où il s’individualise, jusqu’au moment où entré en régression il touche à sa fin en tant qu’être vivant. La recherche embryogenique va donc prendre place au premier rang de ses préoccupations. A une époque où les histologistes se bornaient encore à l’étude des tissus de l’adulte, il étudie tous les tissus et toutes les humeurs aux diverses phases de leur développement. Malheureusement ses recherches, en raison de la technique rudimentaire d’alors comparée à la nôtre, ne lui ont pas permis dans beaucoup de cas de se faire des idées justes sur les rapports des parties. C'est ainsi que n’ayant pas pratiqué de coupes sur la mâchoire embryonnaire, la relation de l’épithélium gingival et de l’organe adamantin lui échappe.
On peut s’étonner, en parcourant le traité d’embryogénie classique de Balfour, de n’y point voir le nom de Robin dans la liste bibliographique des auteurs cités à propos de la maturation de l’œuf et de la formation des « globules polaires ». C’est cependant à Robin que remonte cette dénomination (1862); il l’emploie pour la première fois dans un Mémoire sur les globules polaires de l’ovule. Jusque-là ces corps avaient été désignés sous les différents noms de globules huileux, muqueux, transparents par divers auteurs qui se trompaient d’ailleurs sur leur véritable nature. Robin les observe chez Nephelis et en donne la première histoire à peu près complète.
Il voit en eux les produits d’une segmentation qu’on pourrait appeler «inégale », sorte de gemmation du vitellus donnant un être aussitôt individualisé, dont le développement demeure infiniment restreint. Et il montre que par le point même de la surface du vitellus où est apparu le globule polaire, va se dessiner le premier sillon méridien (1) qui, se creusant de plus en plus, divisera la sphère vitelline en deux parties à peu près égales.
(I) Nous lui donnons ici une dénomination en rapport avec celle du globule polaire. On remarquera que ce sillon correspond à ce qu’on appelle communément le premier plan de segmentation, mais qu il est en réalité le second, si on regarde la production du globule polaire comme une segmentation. On remarquera également que les deux
SA VIE ET SON OEUVRE
Tous les phénomènes, dont l’œuf est le siège depuis son individualisation comme cellule dans le tissu ovarien, jusqu’au moment où débute la segmentation, occupent Robin. Si on excepte la pénétration des spermatozoïdes dans l’œuf, on avait généralement négligé d’étudier les rapports qui relient ces premières phases évolutives, dont l’importance est attestée parleur généralité même et leur succession invariable. Il montre que tel de ces actes qui pouvait sembler secondaire, est pourtant condition essentielle de l’accomplissement de quelque autre qui lui succède dans le même œuf, ou bien représente chez certains êtres l’ébauche d’un phénomène dont la nature n’avait pu être saisie sans la connaissance exacte de celui-là. Nous n’avons pas à entrer dans le détail de ces importants travaux commencés sur les Néphélis et que Robin étendit ensuite aux Diptères. Toutefois un fait capital lui échappe. Il admet l’évanescence totale de la vésicule germinative, dont la technique moderne est au contraire parvenue, non sans peine, à suivre les débris partagés entre le globule polaire et le vitellus. Seulement il voit et il dit en termes exprès que la formation du globule est indépendante de la fécondation et par conséquent uniquement le résultat d’un étatantérieur dans lequel la vésicule germinative joue un rôle important. Croyant à la disparition totale de celle-ci, il admet par suite la genèse essentiellement spontanée du noyau vitellin qui se montre au centre de la masse vitelline après la fécondation et qui va devenir par scissiparité (on a vu que Robin en reconnaissait ici l’existence) l’origine des noyaux des sphères vitellines et des cellules embryonnaires. Cette apparition du noyau vitellin que Robin, avec les moyens dont il dispose, croyait spontanée, devint un des principaux arguments à l’appui de sa théorie de la genèse, erreur d’autant plus excusable que la relation de continuité entre la vésicule ou partie de la vésicule germinative et ce noyau vitellin, est encore un des points les moins faciles à suivre des débuts du développement. — « En naissant de toutes pièces, « dit Robin, molécule à molécule, longtemps après la disparition « complète de la vésicule germinative, le noyau vitellin ne repré- « sente plus, quand il existe, le noyau de l’ovule, mais bien celui « du vitellus qui vient d’acquérir les qualités d’un nouvel être, « l’embryon; qui vient d’acquérir une indépendance qui lui est « propre, une indépendance par rapport à la membrane vitelline « en particulier dont auparavant il était solidaire ». On remar-
plans de segmenlation dont nous parlons, sont perpendiculaires l’un à l’autre, ce qui les fait rentrer dans la règle commune au second et au troisième relativement à celui qu’on désigne ordinairement comme premier.