‹ Charles Robin, sa vie et son œuvreChapitre 28 sur 35 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

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q nera cette dernière observation pleine de justesse et de sagacité.

Un autre travail non moins important de Robin sur la production du blastoderme dans l’œuf centrolécithe des Arthropodes, semble avoir aussi peu que les précédents fixé l’attention de l’auteur anglais du traité d’ Embryogénie et cl'organogénie comparée, quoique ce mémoire ait précédé d’un an le travail de Weissmann sur le développement des Diptères (1863). Ce sont également ces insectes que Robin avait étudiés. Jusqu’alors les observations existant dans la science donnaient à penser que les premières cellules de l’embryon apparaissent chez tous les animaux d’après un mode identique, que la segmentation (totale ou partielle) du vitel lus était un phénomène absolument général, qu’elle seule conduisait à la production des cellules embryonnaires et que c’était là un processus universel. Robin reconnut qu’il existe des animaux, en particulier les Tipulaires, chez lesquels le vitellus ne se segmente pas, et cependant s’enveloppe d’un blastoderme des plus nettement caractérisés : c’était donc un processus évolutif tout nouveau, un blastoderme se formant sans existence antérieure d’un noyau vitellin. Robin le rapprocha en conséquence de celui qu’il admettait précisément pour le globule polaire. Nous sommes bien forcés de convenir que malgré les travaux récents de Metsclmikoff (1) et deBobretzky (2) on n’est pas beaucoup plus avancé aujourd’hui sur l’histoire de la formation de ce blastoderme des Arthropodes. On peut dire qu’aucun fait démontrant l'inexactitude de la description de Robin n’a encore été produit, elle reste seulement incomplète par l’ignorance où il était de la persistance plus ou moins partielle de la vésicule germinative, et de son rôle dans l’émission du premier globule polaire.

Les études embryologiques de Robin ne se sont pas arrêtées à ces stades du début, sans contredit les plus importants pour l’histoire générale de la vie parce qu’ils traduisent à nos yeux des activités de la substance vivante dépendant uniquement du premier degré d’organisation. Le développement des systèmes et des organes l occupe également, surtout celui de la colonne vertébrale, et en général du squelette. Il décrit pour la première fois l’évolution de la notocorde et les transformations que subissent ses restes, sans cesser d’être des organes distincts, au milieu des disques intervertébraux (1867). 11 montre l’indépendance embryogénique de l’apophyse odontoïde, la considérant comme le véritable corps

(1) Embry. Slud. Inseclen (Z. f. w. Z. XVI 1869).

(2) Ueber die Bildung des Blastoderms der Keimblæller bei den Inseclen (Z f. w Z XXXI 1878).

de l’atlas, isolé en quelque sorte de ses lames et uni au corps de la vertèbre suivante. Il détermine le lieu précis où débute l’ossification de chaque os long, sans saisir toutefois la relation de ces points de première apparition de la substance osseuse avec la distribution vasculaire du cartilage préexistant. Beaucoup plus tard il décrit en collaboration avec M. Herrmann le développement des bois caducs des Ruminants (1882). Il avait de même étudié autrefois avec M. Magitot l’évolution du cartilage de Meckel, de la mâchoire inférieure et des dents, travail que reprit dans la suite un de ses élèves les plus distingués Legros. Robin et Magitot montrent qu’en fait c’est dans le canal dentaire inférieur d’une part et dans le canal sous-orbitaire d’autre part, mais alors l’un et l’autre à l’état de gouttières, que naissent les follicules des dents. Ils notent que l’apparition des follicules supérieurs est toujours un peu en retard sur la naissance des inférieurs, contrairement à l’opinion généralement admise. Ils établissent que les follicules des petites molaires apparaissent plusieurs mois après la naissance et ceux des deux dernières molaires à une époque encore plus reculée.

Une grande incertitude régnait alors sur les phénomènes de genèse et d’évolution des dents, parce qu’on avait constamment négligé cette méthode comparative dont Robin ne cesse de proclamer la nécessité, l’étendant aux âges, même aux déviations pathologiques : nul ne songeait à réunir et à observer des séries de préparations correspondant aux phases successives du même phénomène, ni à tenir compte des variations régulières qu’il offre chez des espèces animales différentes. Dans une nouvelle série de publications (1859-1860) Robin et Magitot décrivent pour la première fois le tissu au sein duquel naît le follicule dentaire dans la gouttière des maxillaires. Ils font connaître l’origine et l’évolution du follicule ainsi que des tissus qui entrent dans la constitution de la dent. Étendant leurs recherches de l’homme aux animaux domestiques et jusqu’aux Reptiles, ils insistent sur la remarquable uniformité que présentent à la fois les dents et leur mode de développement. Le follicule avec toutes ses parties presque transparentes, juxtaposées, dérivées directement les unes des autres, s’offre dans des conditions tout particulièrement favorables à l’étude. « Ces conditions, dit Robin, deviennent du plus haut intérêt pour a l’anatomie générale, en ce qu’elles permettent de voir de la ma- « nière la plus nette et de comparer des faits que pour les autres « tissus, on est obligé d’étudier séparément dans des régions de « l’économie très éloignées les unes des autres ». Aussi en profite-

t-il pour suivre pas à pas l’enchaînement dans lequel apparaissent ces tissus tous si différents de nature et d’origine. C’est ici qu’on se rend bien compte du peu qu’il eût laissé à faire après lui sur les sujets qui l’ont occupé, s’il avait possédé toutes les ressources de la technique actuelle.

Il était conforme au génie de Robin en étudiant ces questions de développement, d’en tirer la philosophie. Elle consiste pour lui à montrer comment tout peut se passer dans l’économie de la façon que nous voyons, par le seul jeu des forces naturelles, en vertu des propriétés immanentes de la substance organisée, sans avoir besoin de rien chercher au delà, qui rappelle les conceptions religieuses ou métaphysiques dont la Biologie a eu si longtemps à souffrir. Cette question du « devenir déterminé » des êtres est une de celles qu’on pourra toujours reprendre en raison du savoir croissant, et Robin n’a pas de peine à se justifier d’y revenir : Il est incontestable, dit-il, que « la solution de la question de l’appropria- « tion des organes aux usages qu’ils remplissent, implique la contt naissance d’un grand nombre de données dont la plupart sont « d’acquisition moderne : la notion d’état d’organisation, d’élé- « ment anatomique et de tissu, d’organe et d’appareil, etc...; puis « dogmatiquement, la connaissance de ce qui sépare les phéno- « mènes résultats — on va voir ce que Robin entend par là — des « fonctions de chaque appareil, des usages de chaque organe et « des propriétés immanentes aux éléments anatomiques ; elle exige « connus les faits relatifs à la fécondation, la génération, etc... »

Robin a traité cette question de l’appropriation des parties organiques sous une forme assez peu différente, à la fois dans La Philosophie positive et dans le Journal de l’anatomie (1869-1871). Robin admet en biologie ce qu’il appelle, après A. Comte et De Blainville des phénomènes résultats que l’existence des autres phénomènes vitaux ne pouvait faire prévoir et qui ne se rattachent en tant qu’attributs dynamiques ni aux propriétés des éléments anatomiques, ni à celles des tissus, ni à celles des organes ou appareils, mais seulement à l’organisme agissant comme un tout plus ou moins complexe de parties solidaires. L’hérédité est un de ces résultats généraux de la vie, et Robin y joint un autre phénomène qui au fond ne s'en distingue point : le phénomène général de l’ordination des parties et de leur appropriation à l’accomplissement d’actes déterminés en rapport non seulement avec la vie de l’individu , mais encore — il ne faut pas l’oublier — d’une manière générale, avec la permanence de la forme spécifique.

ha vie et son œuvre.

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Robin n’a pas traité ce dernier point, peu enclin qu’il était vers les questions de fixité ou de transformisme. C’est l’individu qui l’occupe toujours, non l’espèce. Pour nous faire comprendre l’hérédité, il invoque un phénomène très particulier : on a vu que pour lui la virulence était un mouvement moléculaire spécial et intime se communiquant de proche en proche successivement aux diverses parties constituant l’organisme. « Si l’on admet, dit-il, « cette propriété qu’ont les substances organiques de transmettre « d’une manière lente, mais continue, leur état moléculaire aux « substances avec lesquelles elles sont en contact, il est évident « que toutes les parties qui naîtront directement ou indirecte- « ment à l’aide et aux dépens des premières cellules dérivant du « vitellus, seront modifiées en bien ou en mal selon l’état que « celui-ci offrait lui-même. » Robin revient encore sur ce sujet dans le Nouveau dictionnaire abrège , mais sans donner plus de détails, se bornant à rappeler « qu’un des caractères de la substance « organisée est d’amener tout ce qui vient prendre part à sa propre « constitution, en raison de sa rénovation moléculaire continue, « à posséder un état analogue à celui où cette substance orga- « nisée se trouve dans le moment de cette intervention, d’où il « résulte que la substance des spermatozoïdes et du vitellus com- * binés présentera un état moléculaire de même ordre que ses « deux composants. »

Ce mouvement moléculaire ainsi transmis au vitellus à la fois par la mère directement et par le père médiatement, va entraîner dans l’être à venir les conditions morphologiques mêmes qui ont contribué à l’établir. 11 pourra être masqué plus ou moins dans ses effets, mais continuera d’exister, comme le montrent les ressemblances fort naturelles et simplement inattendues qui, suivant l’expression courante, sautent une génération ou se retrouvent chez des collatéraux. Robin n’aborde point d’ailleurs ce difficile problème ni aucun de ceux que soulève l’hérédité envisagée comme constituant et maintenant l’espèce; il nous donne par contre une très bonne définition de l’hérédité sociale, « celle, dit-il, qui fait que ce « qui se gagne par les œuvres de nature plus élevée (innéité), finit « par se consolider dans les autres à l’aide de l’hérédité directe, a Et grâce à ce fait les peuples civilisés prennent des aptitudes, des « goûts, des penchants qui d’une part les préservent des retours « vers des périodes d’ordre moins élevé de la civilisation, et, « d’autre part, offrent une base solide à un nouveau développe- « ment d’aptitudes plus puissantes et de penchants mieux réglés. » [Nouveau dictionnaire abrégé.)

On remarquera que Robin fait ici intervenir l’innéité (1). On peut établir en effet que tout le perfectionnement organique et social que l’évidence démontre s’ètre accompli à la longue sur notre planète, trouve sa raison suffisante dans ces deux résultats de l’état d organisation (résultats, puisqu’ils n’ont pu le précéder) : 1° Vinnéité ou spontanéité; 2U la transmissibilité ou hérédité active. Avec ces deux facteurs on arrive à refaire le monde organique tout entier, dans sa pérennité (les conditions de milieu restant favorables) et dans sa variabilité. Ajoutons qu’ils nous apparaissent dans une soi te d antagonisme constant. L’innéité, c’est l’aptitude à se gouverner dans le milieu, aptitude résultant pour chaque être de l’agencement et de la qualité, c’est à dire de la constitution moléculaire des organes où nous localisons — plus qu’il convient peut-être — les actes de névrilité. Ceux-ci auront par suite une influence plus ou moins heureuse : cette influence jointe au hasard des autres variations moléculaires qui ont pu survenir dans tous les organes, variations susceptibles, comme les premières, de se transmettre, pourra évidemment donner naissance, à la longue, à l'infinité des formes qui peuplent la planète.

Mais revenons à l 'individu, à l’appropriation de ses parties aux diverses fonctions, et à la manière dont Robin comprend l’établissement de cette appropriation et le modelage successif de l’organisme qui 1 exprime. Est-il besoin de dire qu’il rejette de la façon la plus absolue 1 idée d’un principe directeur quelconque qui dominerait et modifierait selon telle ou telle direction la matière organique? C’est en elle-même, dans ses propriétés fondamentales, dans sa constitution et son origine qu’elle va puiser celte puissance d appropriation fonctionnelle et morphologique qui distingue chaque espèce. Ce principe avait été proclamé pour la première fois par M. Chevreul en 1824 (2), M. Armand Gautier vient d’en donner récemment une première démonstration (3). C’est ce même principe que développe Robin ; toujours fidèle à sa doctrine, il montre comment chez l’individu l’état d’organisation devient la raison d’être de 1 appropriation des tissus et des organes; la naissance et le développement des premiers, l’augmentation ou l’atrophie des seconds seront fatalement reliés à l’évolution même des éléments qui les

(1) Contrairement à ce qu’on pouvait attendre, on ne trouve point ce mot dans le Nouv. dict. abrégé.

(-) Considérations générales sur l analyse organique et ses applications , Paris, 1824; et Comptes rendus, t. V, 1837, p. 175.

(3) Du mécanisme de la variation des êtres vivants. Dans Hommage à il. Chevreul à l'occasion de son centenaire. Paris, Alcan, 1886.

SA VIE ET SON OEUVRE

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forment; le devenir des tissus et des organes sera en définitive une conséquence directe du mode de fonctionnement des éléments anatomiques. Et il ne suffit plus d’admettre avec Lamarck que l’exercice prolongé ou plus fréquent va modifier l’organe ; il faut maintenant, en raison des progrès accomplis par la biologie, montrer comment la nécessité d’exercer un organe, ou simplement la volonté de l’exercer (innéité), l’exercice de cet organe en un mot, vont créer des conditions moléculaires intimes devant aboutir à une modification de forme, de nombre ou d’activité des éléments anatomiques le composant.

Dès le seuil de la vie embryonnaire nous pouvons constater cette importance dominante de l’état moléculaire. Pour que les premiers changements se fassent dans le vitellus, il faut évidemment que la constitution moléculaire de la masse amorphe dont il est composé, soit congruente, ou en d’autres termes dans un état moléculaire donné. Il faut, si le vitellus n’est pas de ceux qui se segmentent pathénogénétiquement, que la substance du spermatozoïde ait, en se combinant ou se mêlant à la substance de l’ovule, produit des combinaisons moléculaires spéciales et d’ailleurs très limitées, puisqu’elles ne peuvent prendre naissance qu’au contact du spermatozoïde spécifique, et seulement dans des cas très rares au contact d’un spermatozoïde d’espèce différente; et même alors on a la preuve que la combinaison moléculaire initiale a été différente, puisque les modifications que subira ce vitellus, vont s’en trouver influencées jusqu’aux dernières.

De même quand le vitellus se sera segmenté et transformé totalement ou partiellement en blastoderme, la naissance de chaque espèce nouvelle d’éléments sera nécessairement fonction d’un état chimique spécial. La doctrine de Robin sur la genèse n’est point ici en cause. Mais il est évident que l’apparition — par différenciation ou autrement, peu importe — d’éléments nouveaux, est d’une part dépendante de l’état antécédent, et d’autre part entraîne dans un ordre inévitable l’accomplissement d’actes, nuis jusque-là, subordonnés à la constitution spécifique de ces éléments, et à leur arrivée graduelle à une structure intime donnée. Cette ordination qui conduit pas à pas l’économie dérivée du vitellus à présenter les dispositions entraînant l’aptitude à chaque fonction, n’est en définitive que le résultat des modes d’individualisation et d’évolution des éléments anatomiques, ce que Robin, De Blainville (1) et Comte appellent un résultat de la vitalité.

C'est en partant de ces vues que Robin crut devoir combattre une

(I) Voy. Plan d'un cours de physiologie. Paris, 1832.

conception introduite dans la science par Cuvier et nettement formulée plus tard par J. Muller, d’après laquelle l’ovule est considéré comme contenant l’être à venir en germe (1) ou en puissance (2). Mais ici encore il faut laire la part des mots. Robin a évidemment raison, sans se séparer autant qu’il paraît le croire lui-même, de ceux dont il combat 1 opinion. Au fond, il ne comprend pas autrement qu’eux l’évolution embryonnaire, il en donne seulement, par suite de I acquis croissant des sciences, une formule I * I u s i igoui eusement exacte. Dire d un être à venir qu’il est « en puissance » dans le germe, est évidemment une expression assez peu philosophique, pour commode quelle soit. Autant dire que des cristaux sont « en puissance » dans la solution saline qui les laissera déposer quand de nouvelles conditions de température, de densité ou autres interviendront. Et même à ce point de vue, on ne doit pas comprendre le germe comme contenant en puissance un être donne. Prenons des œufs de Saumon : l expérience a appris combien de monstres pour mille individus sortiront de ces œufs dans les conditions normales; peut-on dire que chacun d eux contient, abstraction faite de ces monstruosités prévues, un saumon en germe ou en puissance , un être reproduisant les traits caractéristiques de l’espèce? En aucune façon, car il suffira de changer les conditions, de soumettre ces œufs à des trépidations, des compressions, pour qu’ils donnent une proportion beaucoup plus considérable de monstres doubles ou autres. Ces monstres étaient donc aussi en germe dans le vitellus normal? En réalité c est une quantité d êtres pouvant différer considérablement, mais d une certaine façon , que contient en puissance chaque vi-

(1) « La vie suppose l’être vivant comme l’attribut suppose le sujet. Quelque faibles « que soient les parties d’un fœtus ou d’une graine dans les premiers instants où il « nous est possible de les apercevoir, quelque différente que soit leur première forme « de ce quelle doit devenir un jour, ils exercent cependant dès lors une véritable vie « et ils ont déjà en eux le germe de tous les phénomènes que cette vie doit développer « par la suite. Mais ce qui n’est pas moins généralement constant, c’est qu’il n’est aucun « de ces corps qui n’ait fait autrefois partie d’un corps semblable à lui, dont il s’est dé- (t taché... Le mouvement propre aux corps vivants n a donc réellement son origine que « dans celui de leurs parents; c est d eux qu’ils ont reçu limpulsion vitale; leur nais- (t sance n est qu une individualisation ; en un mot, dans l’état actuel des choses, la vie et ne naît que de la vie, et il n en existe d autre que celle qui a été transmise de corps « vivants en corps vivants par une succession non interrompue ». (G. Cuvier, Anal.

comp., 1835, t. I, p. 6-7.) Nous avons cru devoir reproduire en entier cet important passage.

(2) (( Le germe est le tout en puissance; quand il se développe, les parties inlé- « grantes du tout apparaissent en acte. En observant l’œuf, nous voyons s’effectuer « sous nos yeux cette centralisation, émanant d’un tout potentiel ». (J. Muller.)

tel l us. Le langage commun peutici nous fournir l’expression jusle. Ce n’est pas tel ou tel saumon, monstrueux ou non, que le vitellus donnera, c’est du saumon. Car quelque imparfait que soit le monstre auquel ce vitellus aboutira par son évolution, fût-ce une môle informe, il aura toujours en lui sa qualité spécifique, représentée ici non plus par les caractères de configuration extérieure, mais seulement par sa constitution moléculaire, qui nous apparaît une fois de plus comme la véritable dominante de l’organisme.

Pour Robin, le vitellus fécondé n’a pas d’autre puissance que celle de manifester les phénomènes qui vont, en ce moment même le modifier; à son tour l’organisme nouveau résultant de cette modification, va produire l’organisme qui sera au moment suivant; et comme le temps marche sans trêve, comme le mouvement nutritif est incessant, c’est par une vue de l’esprit purement conventionnelle que nous parlons de « stades. » L’état intime du vitellus à l’instant où il vient de se partager en deux demi-sphères, a pour conséquence directe, immédiate, fatale, le partage nouveau de ces deux demi-sphères; et il en est de même pendant toute la durée de la vie, depuis les actes génésiques relativement simples du début t jusqu’à ceux particulièrement rapides et compliqués que marquera bientôt l’apparition presque simultanée d’un grand nombre d’organes. Les éléments anatomiques vont se multiplier en espèces, pour chaque espèce en nombre et en dispositions spéciales. Cette multiplication suppose à la fois l’influence de l’état antérieur des éléments dont les nouveaux dérivent, et l’état congruent du milieu où ils vont naître et d’où ils tireront les principes de leur existence.

On conçoit d’ailleurs que cette production d’éléments, toujours et fatalement subordonnée aux conditions de milieu et d’état antérieur, aboutisse inévitablement à une coordination des parties, les rendant propres aux diverses fonctions dans ce milieu avec lequel leurs propriétés sont en rapport nécessaire. De même on peut concevoir que tel élément ou tissu arrive plus ou moins tôt, suivant sa composition immédiate (condition de son activité moléculaire) à une certaine puissance d’accroissement; et que celle-ci selon sa rapidité dans tel ou tel organe, provoque l’accélération ou le ralentissement de l’évolution de tel autre, en puisse déterminer l’atrophie pai tielle ou totale, et de toutes ces façons concourir d'une part à l’établissement définitif et régulier des diverses fonctions, de l’autre au maintien de la forme spécifique entre certaines limites. Robin résume ainsi toute sa doctrine sur ce point : « L’économie est le siège « d’un ensemble d’actes dont l’accomplissement simultané repré- « sente, tant qu’il dure, des conditions nouvelles à la fois statiques et

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