‹ Charles Robin, sa vie et son œuvreChapitre 7 sur 35 · SA VI 15 15T SON ÜËUVUK · texte numérisé non relu

SA VI 15 15T SON ÜËUVUK

pent pas seules Robin. 11 étudie en même temps (1854) des productions pathologiques nouvelles qu’il fera bientôt connaître sous le nom de tumeurs hétéradéniques, et il trouve encore le loisir de participer à la rédaction du grand ouvrage de Lebert sur l’anatomie pathologique (1857). Nous aurons à reparler plus loin et longuement, des doctrines pathologiques de Robin. A cette époque, c’està-dire vers 1857, il songe toujours à un grand Traité d’histologie normale et pathologique, l’ouvrage déjà annoncé en 1849 (1) et qui n’a pas été publié; mais dont plusieurs parties achevées ont ultérieurement paru sous diverses formes.

Ce n’est pas tout. Robin avait pris, vers cette époque également (1853), une part importante à la rédaction d’un traité de physiologie avec ce titre : Eléments de la physiologie de l’Homme et des principaux Mammifères, par Béraud, revus par Ch. Robin. Le pauvre Béraud, mort presque aussitôt, semble n’avoir fait de ce livre que la besogne manuelle. A chaque page on y reconnaît l’inlluence de Robin, ses idées, ses classifications, sa profonde érudition, qui impriment à ces Eléments, conçus sur un plan tout nouveau, un véritable cachet d’originalité. De lui sont certainement les lignes suivantes dans la préface de la seconde édition, publiée en 1856 : « Nous ne nous sommes servis de la physique et de la chimie « que comme de puissants instruments pour découvrir les actes « des corps organisés et en déterminer la nature; car les lois de « ces deux sciences ne peuvent expliquer les phénomènes qui « appartiennent en propre aux corps vivants. Aucun traité n’a « plus que le nôtre mis en relief que toute propriété spécialement « inhérente à la substance organisée, reconnaît pour condition « d’existence une ou plusieurs propriétés que celle-ci partage « avec la matière brute; que, dans toute fonction, il y a d’abord a des phénomènes mécaniques, physiques et chimiques, mais « derrière lesquels se cache quelque chose de spécial à l’être « vivant, qu’il importe de connaître avec autant de certitude que « le reste. Nous ne parlerons pas, comme dans tous les traités a. élémentaires les plus récents, de combustion de la fibrine, de « l’albumine, d'aliments respiratoires, combustibles, incombustibles ; a on ne nous verra pas confondre Y absorption avec Y endosmose qui « la permet. Ce sont là autant d'hypothèses qui llorissaient na- « guère et qui se rangent maintenant dans la classe des données « appartenant à l’histoire de la science et non à celle de la réalité ; « ce sont même des erreurs pernicieuses, en face des expériences

(1) Voy. p. xvi.

u directes telles que les fait lecole de M. CI. Bernard, par « exemple : erreurs dont l’apparente précision n’est qu’un leurre, a une source de déceptions dans la pratique; dont la simplicité « n’est séduisante que parce qu’on prend une supposition, une « création de l’esprit pour un fait démontré, dès l’instant où l’on « ne voit pas que les choses puissent être autrement qu’on les « suppose devoir être. » — Combien est juste et profonde cette dernière pensée et combien applicable à maintes doctrines biologiques de notre temps aussi bien qu’à celles contre lesquelles essayait de réagir Robin !

Enfin, Robin prend une part active, en même temps que Littré, à la refonte de la 11e édition du Dictionnaire de Nysten (1858). Tous les articles relatifs à l’anatomie générale nous donnent l’expression même de ses idées ou un résumé de ses recherches. Citons les mots : Anatomie, Appareil , Biotaxie, Cellule, Théorie cellulaire, Eléments anatomiques, Fibre, Fonction, Glande, Métamorphose, Organisme, Systèmes organiques, Tissu, Transformation et un grand nombre d’autres.

Cette publication, qui eut un immense succès dans le monde médical et même en dehors de lui, devait plus tard exciter contre Robin de violentes colères. Nous les dirons de suite afin de n’y plus revenir. Il faut se reporter à 1866 : Robin est depuis quatre ans déjà professeur titulaire à l’Ecole de médecine; il vient d’entrer à l'Académie des sciences. Le parti catholique, à qui l’Empire avait si bien laissé les coudées franches, se prétendant effrayé de la tournure libérale que prenaient les études dans les facultés de l’État et en particulier à l’École de médecine de Paris, entreprit une campagne furibonde. Un journal prêta à Robin nous ne savons plus quelles déclarations d’un matérialisme inepte (comme celle qu’on attribue souvent à Cabanis sans l’avoir lu), que le professeur d’histologie de la Faculté de médecine aurait faites dans sa dernière leçon d’ouverture.

L’administration impériale, harcelée par les ultramontains, s’émut. Le ministre de l’instruction publique d’alors, M. Duruy, lit appeler Robin à son cabinet. Car les choses, en ce temps-là, étaient telles : le célèbre historien à l’esprit affranchi était bien forcé de se plier aux exigences de la politique qu’il consentait à servir. Mais les deux hommes de science n’eurent pas de peine à s’entendre. Il suffît à Robin de répéter ses paroles et d’en montrer le sens purement physiologique.

Cependant les cléricaux continuaient leur campagne. On avait organisé un vaste pétitionnement au Sénat de l’Empire. Robin y

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était un des premiers dénoncés avecBroca, MM. Vulpian, Sée, etc. Le grand grief articulé contre lui était précisément cette participation à la refonte du Dictionnaire de Nyslen qui corrompait la jeunesse. On n’oubliait pas non plus la fameuse leçon d’ouverture, autour de laquelle tant de bruit avait été déjà fait.

La pétition, presque aussitôt rapportée au Sénat, y trouva l’appui du célèbre cardinal De Bonnechose. Voici en quels termes celui-ci s’exprimait dans la séance du 20 mai 1868 : « Il y a, dans « l’École de médecine, un livre qui est considéré comme le ma- « nuel des élèves. Je lisais aujourd’hui même dans un journal que « les élèves, entre eux, l’appellent leur bréviaire. (Hilarité.) « C’est un dictionnaire abrégé de médecine, ouvrage très com- « mode, puisqu’on n’a qu’à l’ouvrir pour y trouver tout ce dont « on a besoin. Ce dictionnaire, qui existe depuis de longues an- « nées, s’est transformé. Il était primitivement parfaitement spi- « ritualiste et chrétien, car il avait eu pour auteur M. Capuron. « Après M. Capuron est venu M. Nysten, qui en a donné une autre « édition, à laquelle il conserva le caractère spiritualiste. Depuis « M. Nysten, MM. Bobin et Littré s’en sont emparés et en ont « donné de nouvelles éditions, dans lesquelles ils ont empreint le « cachet de leur doctrine, tout entière matérialiste. M. Robin, vous « le savez probablement, est un élève de Comte, le triste auteur « du Positivisme; M. Littré partage la même doctrine (1). »

Suivait une série de citations tirées des articles incriminés : Ame, Esprit , Pensée, Idée, Conscience, Métaphysique , Philosophie théologique, métaphysique et positive, Homme, etc. D’ailleurs, M. Robin ne professait-il pas publiquement à la Faculté de médecine un cours de matérialisme? La presse ne s’en était-elle pas émue?

M. Duruy, ayant à présenter la défense du gouvernement, se renseigna près du doyen, l’éminent Würtz et se lit remettre par Robin le texte même de sa leçon d’ouverture (2). Le ministre n’eut

(1) Yoy. Moniteur officiel de l'Empire, 20 mai 1868, et séances suivantes.

(2) Voici la lettre adressée à cette occasion, à M. Duruy, par Robin :

30 mars 1868.

« Au Ministre de l'Instruction publique.

« J’ai l’honneur de vous adresser une copie de la reproduction des paroles que j’ai prononcées dans ma leçon d’ouverture de novembre 1866, et à l’occasion desquelles j'ai été, à celle époque, appelé à votre cabinet.

« Votre Excellence trouvera dans cette copie ce que je lui ai répété, c’est-à-dire ce que j’avais dit et rédigé peu de jours avant, au lieu de ce qui m’avait été faussement attribué alors et récemment.

« Veuillez agréer, etc. « Ch. Robix,

Prof. 5 la Faculté de méd., membre de l’Institut.

point de peine à faire justice devant Je Sénat de toutes les imputations ineptes dont était victime un des plus hauts représentants de la science française; il n’eut qu’à donner lecture des passages visés, lesquels avaient été travestis — c’est tout ce qui résulta du débat — par un auditeur totalement dépourvu du minimum de connaissances nécessaire pour comprendre le professeur (1).

Mais le parti clérical ne se tint pas pour battu, et on apprit un beau jour avec stupéfaction qu’une commission — comme elles étaient composées sous l’Empire — pour l’établissement du jury, avait rayé Robin de la liste des personnes susceptibles d’y être appelées. A la vérité il y fut rétabli d’office par le gouvernement.

Toute cette aventure, si peu importante dans la vie de travail de Robin, n’en demeure pas moins comme un tableau curieux des mœurs scientifiques du second Empire, et c’est à ce titre que nous lui avons donné place ici.

Y. — Création de la chaire d’Histologie. — Le Programme du cours d’histologie. — Les Leçons sur les humeurs. — La technique. — Le Journal d’Anatomie. — Collaboration au Dictionnaire encyclopédique.

Robin était professeur agrégé à la Faculté de médecine depuis 1847. Son temps d’agrégation fut prolongé. Il jouissait de la plus grande notoriété dans le monde médical et dans l’École, mais précisément parce qu’il s’occupait d’anatomie dans une direction nouvelle, aucune chaire ne paraissait devoir s’ouvrir devant lui. Il avait abandonné le laboratoire de la rue Garancière, il faisait maintenant des cours particuliers d’histologie dans une sorte de soussol à moitié éclairé, au fond d’une cour de l’ancienne rue Sainte- IIyacinthe Saint-Michel. Un fourneau de chimie, des planches avec des bocaux contenant des pièces pathologiques ou des monstres ; c’était tout l’ameublement. Une table et quelques chaises rangées transformaient le laboratoire en amphithéâtre. Les cours qu’on faisait là ne préparaient point aux examens, cela va sans dire; aussi étaient-ils peu fréquentés des élèves inscrits à l’École en vue de leur diplôme. Les notions qu’on y pouvait puiser étaient une sorte de luxe, recherché surtout des étudiants de passage, des travailleurs. On payait une rétribution fort modeste et l’auteur de ces

(I) L’a u leur de tout ce bruit était un certain Machelard, dont le nom est demeuré célèbre dans le monde des Écoles.

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lignes se rappelle qu’il était là seul français avec un autre, parmi une vingtaine d’étrangers.

C’est en 1862 que les portes de l’École de médecine s’ouvrent devant Robin, avec la création de la chaire d’histologie. Depuis deux ans on en parlait. Rayer, nous avons dit sous quelles influences, demandait cette création. En 1860, M. Rouland alors ministre de l’Instruction publique, s’était fait présenter par Robin qui était l’homme désigné, un mémoire sur la création d’une chaire d’Anatomie générale appliquée au diagnostic. Robin y montre l’Anatomie générale née en France et passant à l’étranger, d’où elle nous était revenue sous une foule de noms. Il n’oublie pas l’enseignement technique nécessaire, l’emploi des réactifs autant que du microscope. Il montre que ceux-là seuls s’opposent à la création projetée, qui ne possèdent pas les éléments de celte technique spéciale. Finalement il insiste sur l’importance des services que peuvent rendre ces études nouvelles à la médecine proprement dite, en éclairant le diagnostic.

L’affaire traînait toujours, quand des circonstances particulières vinrent en imposer la solution. Au milieu des difficultés administratives où se débattait alors l’École de médecine, le gouvernement impérial songea à investir du décanat M. Rayer, dont la haute situation scientifique et la grande influence comme médecin de l’empereur faisaient beaucoup espérer. Rayer mit à son acceptation une condition, une condition sine qua non : c’était la création de la chaire d’IIistologie et la nomination de Robin. Les deux décrets parurent en même temps et furent également mal accueillis des étudiants. Robin avait été à diverses reprises l’invité d’une haute personnalité touchant de près au trône impérial et dont les salons étaient alors connus pour s’ouvrir à tous les talents et à toutes les indépendances. Quoique Robin s’y fût montré rarement, on crut, ou plutôt on laissa croire dans le monde intransigeant des étudiants, à une faveur des Tuileries où le nom du savant agrégé de l’École de médecine était à coup sûr ignoré. Une cabale fut montée et les premières leçons du nouveau professeur devinrent l’occasion des manifestations les plus violentes et les plus pénibles pour le savant, pour l’homme privé. Fort de son droit, fort surtout du sentiment des avantages de l’enseignement qu’il inaugurait, il ne faillit point. L’orage passa vite d’ailleurs, et quatre ans après, quand vinrent les persécutions cléricales que nous avons racontées, ce furent des bravos frénétiques et des ovations sans fin.

Le cours de Robin, professé avec bien peu d’art oratoire, était malgré cela d’une grande clarté. Il fut en tout temps très suivi. Au

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