XI. IV
début, le nouveau titulaire eut pour auditeurs plus d’un de ses collègues de la Société de Biologie, professeurs eux-mêmes à l’École pratique. Pendant une année nous nous trouvions là chaque jour sur le même banc à côté de M. Charcot.
Robin lut toujours difficile aux examens. 11 estimait que l’indulgence est un mauvais service rendu à l’étudiant lui-même, à la dignité professionnelle qui en souffre. Il la croyait essentiellement préjudiciable au pays, parce qu’elle a pour conséquence nécessaire l’abaissement du niveau des études et par suite, car tout se tient, du niveau scientifique de la Nation.
Robin ne lut jamais partisan du système d’entraînement qui semble prévaloir en France actuellement. Il était pour la plus grande liberté laissée à l’étudiant sous la seule garantie de l’examen. Il blâma toujours le système des appels, des listes de présence. Il pensait qu’on doit donner à l’élève, dans l’enseignement supérieur, toute latitude de suivre ses aspirations ou plutôt ses inclinations vers tel ou tel genre d’études. On peut se demander si les salles d’exercices pratiques où l’on fait passer pédagogiquement quelques heures par semestre — bien insuffisantes — à chaque élève sur des préparations anatomiques ou microscopiques, sont une innovation vraiment féconde; et si les frais, les soms d’enseignement dispersés sur ces foules ne seraient pas mieux employés à seconder les seuls élèves de bonne volonté qui se présenteraient bien décidés à profiter des avantages qui leur sont offerts. On aurait évidemment une instruction beaucoup plus inégale, mais on verrait peut-être surgir plus d’esprits originaux dans divers ordres d’études, on verrait plus d’élèves se distinguer de bonne heure dans quelque spécialité, au lieu de ce troupeau d’une médiocrité uniforme et qui semble le but même qu’on ait voulu atteindre par l’organisation actuelle. Certes le professeur de faculté — et Robin ne s’en faisait pas faute — a toujours le droit d’interroger un candidat sur le sujet même de son cours tel qu’il le professe et peut exiger des réponses satisfaisantes; mais il ne doit point exiger que l’étudiant y ait assisté de sa personne, parce que l’étudiant avait peut-être un meilleur emploi de ces heures, eu égard aux qualités propres de son esprit, pour se donner une instruction particulière et des connaissances vers lesquelles il se sent attiré, où il marquera peut-être un jour (1).
Robin publia en 1864 le Programme de son cours et en 1867 ses
(I) ÎSous avons été heureux d entendre M. Van Beneden dans une allocution prononcée par lui lors des fêtes de son jubilé cinquantenaire, à Louvain, exprimer des \ues qui se rapprochent singulièrement de celles de Robin que nous exposons ici.
S.V VIE ET SON OEUVRE
Leçons sur les humeurs normales et morbides du corps de l'homme. Le Programme du cours d'histologie n’est qu’une reprise et une extension des Tableaux d’anatomie, relatifs à l’étude des humeurs des éléments anatomiques et des tissus. Le procédé didactique est le même : quelques rares développements condensés et, pour le reste, des énumérations. C’est exactement un programme. Et là, Robin applique, comme toujours, avec une rigueur presque violente, les catégorisations auxquelles son esprit profondément épris de logique cherchait à subordonner toutes choses, sans peut-être se rendre un compte suffisant que les réalités objectives ne cadrent pas si bien que cela avec les simplifications qu’imagine notre esprit dans les rapprochements où il les groupe.
L’admiration que nous éprouvons pour le génie scientifique de Robin, l’étendue de ses conceptions, l’importance de ses travaux comparés à ceux des anatomistes qui l’ont attaqué avec le plus d’âpreté, alors qu’eux-mêmes ne comptent à leur actif aucune idée générale, mais seulement des découvertes de détail; cette admiration, disons-nous, ne doit pas nous fermer les yeux sur la faiblesse de quelques-unes des idées auxquelles Robin se montra le plus attaché. S’il en est qui se justifient par l’état de la science au moment de ses plus fortes études, d’autres s’expliquent moins aisément et, comme on le verra, supportent à peine l’examen. On doit s’étonner qu’il ne les ait pas plus vite, plus nettement abandonnées.
Robin, dans sa conception et sa définition de la vie, partait essentiellement du point de vue chimique. Tandis que Schwann et ceux qui le suivent, attribuent une importance trop exclusive à la forme cellulaire, Robin en tient trop peu de compte. Pour, lui la constitution et le renouvellement moléculaires sont tout, et comme il les voit aussi bien dans certaines substances amorphes (substance osseuse, cartilage, etc.) que dans les cellules, il place les unes et les autres sur le même plan et leur reconnaît dans la constitution du corps une importance égale.
Engagé dans cette voie, on conçoit que des difficultés se dressent à chaque pas sur sa route. Aussi le verrons-nous varier jusqu’à la fin sur la définition des éléments anatomiques. Dans le traité Du Microscope (11° partie, p. 100), il donne la suivante: « Des corps « très petits, ayant tous une composition chimique peu stable et « très complexe, résultant du mélange ou de la combinaison de « plusieurs substances définies, appelées principes immédiats, et « présentant un ensemble de caractères physiques qui, quoique « très variables de l’un à l’autre, n’appartiennent cependant qu’à « eux, leur sont tout à fait propres. »
Robin, dès cette époque, insiste sur ce point, qui n’est pas sans