MÉMOIRES DE DON JUAN VAN IIAELEN
récemment sur Ferdinand VII et les événements de son règne. Il y avait distingué, disait-il, « une figure d'une originalité piquante : celle de don Juan Van Haelen ». Arrêté dans le royaume de Murcie comme franc-maçon, Van Haelen avait été enfermé dans les prisons de l'Inquisition à Madrid. Faisant preuve d'une rare énergie au cours de ses interrogatoires, défendant des principes philosophiques avec une audace qui étonnait fort ses juges, il s'était montré l'apôtre convaincu des idées libérales et patriotiques. Mis, sur sa demande, en présence du roi Ferdinand VII, il lui avait déclaré, avec autant de calme que de fermeté, que le but des francs-maçons espagnols (qu'il disait être innombrables) était d'introduire dans le pays une forme de gouvernement en harmonie avec les idées du siècle, d'éteindre cet esprit de fanatisme et de persécution qui opprimait et dégradait l'Espagne, et de la mettre ainsi au niveau des nations les plus éclairées et les plus florissantes de l'Europe.
En son nom comme au nom de ses frères en maçonnerie, il avait protesté de sa fidélité au roi, lui conseillant d'ailleurs de se mettre à la tête des sociétés maçonniques comme l'avaient fait quelques souverains d'Europe dans des circonstances difficiles. La bonne impression (i) produite sur l'esprit du roi par la franche sincérité de Van Haelen, s'étant vite effacée devant les insinuations perfides de ses courtisans tout dévoués à la réaction, Van Haelen était retombé dans les griffes des inquisiteurs, auxquels il n'avait réussi à échapper que par des prodiges d'adresse (2).
Van Haelen, arrivé en Belgique en 1826, vint à Liège remercier la rédaction du Mathieu Laensbcrgh de son
(1) Il est bon de se rappeler à ce propos que Ferdinand VII ne fut jamais sincère dans ses relations avec les libéraux espagnols.
(2) Son évasion de la prison de l'Inquisition a tout le caractère d'un roman (voir la première partie des Mémoires). Il se réfugia en Angleterre en juin 18 18 ; quatre mois après, il prit du service en Russie et fit la campagne de
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article sympathique. Il noua à cette occasion des relations assez intimes avec la famille Rogier. Il offrit à Charles Rogier de lui fournir les notes, les documents, les souvenirs nécessaires à la rédaction de ses mémoires.
Les événements auxquels Van Haelen avait été mêlé avaient provoqué une vive curiosité aux Pays-Bas et en France; on pouvait espérer que les amis de la liberté feraient bon accueil à une publication où étaient peints d'après nature les excès du despotisme et de la réaction.
Charles Rogier accepta.
Nous doutons que le succès espéré — et mérité — ait été atteint. L'éditeur Renouard, de Paris, qui publia une édition pour la France, en môme temps que la maison Tarlier en publiait une pour les Pays-Bas, écrivait à Charles Rogier le i3 septembre 1827 : « Sur les i5oo exemplaires que j'ai imprimés de la première partie, je n'en ai pas encore vendu 400, et ce n'est pourtant pas faute de publicité. » Le i5 mars 1829 l'éditeur Tarlier écrivait de son côté : « Je vous confesse que j'ai la crainte qu'un bon nombre d'exemplaires ne sortiront du magasin que dans bon nombre d'années... »
Nous retrouverons don Juan Van Haelen commandant en - chef à Bruxelles pendant les journées de septembre i83o.