AU 4 SEPTEMBRE
Rappelons brièvement ce qui s'était passé dans la capitale.
Le panégyriste attitré du gouvernement, Libri Bagnano, avait publié le 24 au soir, dans Le National, à propos de l'anniversaire royal, un article où l'enthousiasme officiel était monté à un diapason extraordinaire. Il parlait avec une emphase ridicule du bonheur dont tous les Belges jouissaient, de l'allégresse et de Vivrcsse où tous étaient plongés (sic).
L'article avait été lu « avec surprise et chagrin », disait Le Courrier des Pays-Bas du 25 : il était assurément aussi maladroit qu'irritant.
Le soir on jouait au théâtre La Muette de Portici. Au duo fameux :
Amour sacre de la patrie, Rends-nous l'audace et la fierté !
A mon pays je dois la vie :
Il me devra sa liberté...
la salle fit chorus et son ardeur patriotique se communiqua aux personnes qui étaient sur la place de la Monnaie.
L'ÉMEUTE DU 25 AOUT A BRUXELLES l85
Des groupes nombreux, tout enfiévrés, se dirigèrent vers les bureaux du National, rue Fossé-aux- Loups. Les vitres furent brisées; on essaya d'enfoncer les portes. Une voix cria : « Chez Libri! ». La foule qui grossissait à chaque instant, se dirigea alors vers la librairie de Libri, rue de la Madeleine. Les portes furent enfoncées, les volets enlevés ; on détruisit les meubles; on déchira les papiers et les livres et on en jeta les lambeaux par les fenêtres.
Libri Bagnano était absent. Il n'y a point de doute qu'il eût été victime de la rage des Bruxellois, que son arrogance inouïe et sa polémique ignoble exaspéraient depuis longtemps.
Il était alors onze heures du soir.
La foule ensuite se partagea. Un groupe alla briser les vitres de la salle de la cour d'assises, rue de Ruysbroeck, aux cris de : A bas Van Maancn! Vive De Potterî Un autre dévasta la maison du directeur de la police, De Knyff, rue de Berlaimont.
Vers une heure du matin, la police et la gendarmerie, qui paraissent s'être abstenues ou qui avaient été débordées, firent place à l'armée.
Mais le mouvement s'était encore accentué.
C'est vers l'hôtel du ministre exécré, Van Maanen, à la place du Petit-Sablon, que les divers groupes avaient fini par se porter. Le poste qui gardait l'hôtel ne put le défendre : on le saccagea et on y mit le feu à trois heures du matin.
Quelques heures après, pendant que les troupes impuissantes se repliaient vers le haut de la ville, on affichait sur les murs de Bruxelles cette proclamation de la Régence.
« Les bourgmestre et échevins ont résolu : » D'annoncer au public que le droit de mouture est supprimé à dater de ce jour ;
» D'inviter tous les habitants à organiser, dans chaque
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rue, une garde provisoire et d'illuminer leurs maisons pendant la nuit, comme cela a eu lieu en 1814, attendu que les réverbères ne pourront rendre le service. »
C'est par des voyageurs arrivés de Bruxelles que les Liégeois avaient appris , le 26 au soir, ces événements qui avaient été confirmés par les journaux de la capitale le 27 au matin.
Nous rouvrons ici le cahier de Notes et Souvenirs, dont nous avons parlé au début de ce volume. C'est Charles Rogier lui-même qui va nous servir de guide pour le récit des quatre semaines si mouvementées par lesquelles se terminera la première partie de notre travail.
Voici la première indication du cahier sur ce point :
26 août — au soir. — Les troubles de Bruxelles annonces à Liège.
Ce même jour, le gouverneur de la province de Liège, Sandberg, rédigeait la proclamation suivante qui fut affichée le 27 :
« Aux habitants de Liège,
» Les événements graves qui viennent de se passer à Bruxelles nous font un devoir de prendre des mesures extraordinaires pour conserver l'ordre légal et maintenir la tranquillité publique.
» Nous venons d'ordonner la réunion de la garde communale qui sera immédiatement réunie pour garder les postes principaux de concert avec l'autorité militaire.
» La Régence de Liège va s'occuper de l'établissement d'une garde bourgeoise, chargée de veiller au maintien de l'ordre public, de concert avec la garde communale et l'autorité militaire.
» Une commission de sûreté publique composée d'honorables citoyens va être formée pour aviser, de concert avec les autorités constituées, au maintien de la paix publique.