‹ Charles Rogier (1800-1885) d'après des documents inéditsChapitre 22 sur 65 · LIÈGE DU 26 AOUT AU 4 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LIÈGE DU 26 AOUT AU 4 SEPTEMBRE

» Nous engageons les citoyens à respecter les lois et les autorités établies : tous y ont le plus grand intérêt. »

Dans cette commission, composée, comme le fait remarquer Le Politique du 28 août, de « citoyens de l'opposition et de fabricants », figurait M. Lebeau, le plus âgé ... disons mieux : le moins jeune des rédacteurs du Politique.

A cette date, Rogier écrit dans ses Notes et Souvenirs :

27. La garde communale prend les armes au matin. J'arrive le premier sur la place du palais. Grand nombre de jeunes gens armés de fusils de chasse se réunissent dans la cour du palais. Je prends le commandement de ce corps improvisé. Nomination d'une commission de sûreté publique.

Dans Le Politique {28 août) il nous dit que malgré la grande agitation qui continue de régner dans la ville, l'ordre public n'a pas encore été troublé, grâce à la conduite sage de l'autorité militaire et aux mesures prises par la commission de sûreté; que l'attitude de la population paraît généralement ce qu'elle doit être, ferme et contenue, et que si l'autorité militaire observe la ligne de conduite qu'elle a tenue jusque-là, aucun désordre grave ne semble à redouter.

Seulement il ne faudrait qu'une étincelle pour mettre le feux aux poudres, si nous en jugeons par ces dernières lignes de l'article du Politique :

« ... Il est facile de voir qu'à la moindre démonstration hostile de la part de l'autorité militaire, une population immense serait prête à la plus vive résistance, et il est impossible de dire qui pourrait contenir alors un peuple aussi brave et aussi inflammable que celui de Liège. »

Rogier et ses amis veulent l'ordre, la tranquillité — mais à une condition que Rogier nous fait connaître dans le même numéro du Politique :

« On adressera à la commission une pétition, pour

ROGIER AVANT LA RÉVOLUTION DE l83o

qu'elle fasse connaître au gouvernement par quels moyens conciliatoires il peut assurer le maintien de la tranquillité... Il doit prendre, sans délai et sans arrièrepensée, quelque mesure franche et décisive ; par exemple, en attendant d'autres garanties accordées de concert avec les chambres, la reconnaissance formelle de la responsabilité ministérielle pour tous les actes du gouvernement et le changement du ministère. »

La commission de sûreté fit droit à la pétition. Elle arrêta immédiatement qu'une députation composée de MM. Raikem, membre de la seconde Chambre des États Généraux, Deleeuw, membre de la députation des états provinciaux, et Deschamps, avocat, se rendrait sur-lechamp auprès du roi pour lui exposer les griefs mentionnés dans la pétition et en solliciter le redressement.

Reprenons les Notes et Souvenirs, au jour même du départ de cette députation pour La Haye :

28. J'arbore les couleurs liégeoises, rouge et jaune, à l'hôtel de ville, à la porte d'Amercœur, à la tour Saint- Paul, à la salle de spectacle. — Ma harangue à l'hôtel de ville.

30. Sur la Batte, je me jette entre le peuple et un peloton de la garde civique qui se disposait à faire feu et couchait enjoué (1).

31. Patrouilles. Nuits au palais. Mon allocution au corps de garde du palais. «Qu'y a-t-il à faire? me dit le commandant. — Mourir, monsieur ! »

Il semblerait que Charles Rogier n'eut pas, dans la démarche qu'allaient faire à La Haye MM. Raikem, Deleeuw et Deschamps, la même confiance que ses collaborateurs du Politique qui en attendaient d'heureux résultats (voir les numéros des 3o et 3i). Il semblerait aussi qu'il ait prévu la lutte dès la fin du mois d'août,

(1) C'est ce jour-là que le parquet, qui avait bien d'autres soucis, faisait savoir à la rédaction du Politique qu'il la dispensait de se présenter à l'audience de police correctionnelle du 3i août.

Page 1