C. Possibilité administrative
Ne pas se dissimuler les embarras qu'on se prépare.
Commission.
Voir ci-contre un projet d'arrêté
3io
Trois cents feuilles au moins de notes ainsi décousues et hérissées de renvois : voilà comment Rogier s'apprêtait à la lutle.
C'est grâce à cette préparation qu'il a pu apporter ua véritable esprit de suite dans tous ses exposés; c'est dans ces études préliminaires si consciencieuses, si fouillées, que se trouve le secret de la lucidité dont il fera preuve dans la discussion. Lui et le rapporteur s'étaient d'ailleurs, semble-t-il, distribué la tache et s'entendaient pour ne laisser debout aucun obstacle, renversant tout devant eux comme la route elle-même qu'il s'agissait d'établir à travers monts et vallées, coupant fleuves et rivières et côtoyant les précipices.
Discussion mémorable qui fut la grande bataille économique de Rogier, après sa campagne révolutionnaire et son expédition d'Anvers,, en attendant sa longue lutte pour l'indépendance du pouvoir civil.
Au nombre des documents curieux que renferme le dossier des études de 1 833, figure un rapport diplomatique du général Goblet (daté de Londres le 26 juillet}, répondant à une série de questions (pie Rogier lui avait posées en vue de s'appuyer sur les leçons de l'expérience pour soutenir devant les Chambres le mode d'exécution adopté par le gouvernement. Ce dut être une bien grande désillusion pour Rogier d'apprendre, par ce rapport de son collègue et ami, qui était allé poursuivre devant la Conférence les négociations diplomatiques, que « le système soutenu par le gouvernement était complètement reprouve en Angleterre ». lit la démonstration était faite de telle façon que l'honorable plénipotentiaire s'en excusait luimême en ajoutant :
« ... Je vous ai exposé les opinions et les idées dominantes en Angleterre. 11 m'eut été plus agréable d'avoir à confirmer celles qui ont dirigé le gouvernement du Roi dans la présentation de son projet aux Chambres. J'avais a résumer l'état de la question dans ce pays où elle a été envisagée ions toutes ires faces, tlu oiiquoment et pratique-
ment ; c'était là l'objet que vous aviez en vue d'obtenir en posant les questions auxquelles j'ai répondu tout à l'heure, et. je le répète, je regrette beaucoup qu'elles ne se résolvent pas ici dans un sens favorable au système que nous cherchons à faire prévaloir... >»
Ainsi, dans ce pays où Rogicr avait espéré recueillir des arguments à l'appui de son système, ce serait au contraire l'opposition qui trouverait des armes pour le combattre !
Goblct disait que son travail était le résumé des conversations qu'il avait eues avec les hommes hautement recommandai >lcs par leur loyauté et leur pratique des affaires, notamment avec le docteur Bowring, dont le nom seul garantissait l'exactitude des données qu'il avait réunies sur la question.
S'il existait en Angleterre une catégorie de travaux exécutés pour le compte de l'Ktat, ce n'était pas précisément ceux qui portaient « un caractère d'utilité générale et de nationalité ». Cette définition était tout au moins trop large. L'Ktat ne se chargeait que des entreprises dont l'idée se puisait dans des considérations purement politiques, c'est-à-dire des entreprises qui, indispensables sous un point de vue politique quelconque, mais non pas demandées par l'industrie et le commerce, n'offraient aux particuliers aucune perspective de gain. On regardait le système de concessions comme le plus avantageux au commerce, d'abord à cause de la concurrence qui, si elle causait parfois la ruine des concessionnaires, constituait toujours un gain pour ceux qui usaient des communications, et ensuite à cause de l'obligation imposée par le gouvernement aux concessionnnaires de baisser les prix de t ransport quand les bénéfices dépassaient un certain taux.
Garantie un peu illusoire, parce que les concessionnaires s'arrangeaient de manière à ne pas dépasser le taux fixé. Rogier pouvait d'ailleurs objecter (et il n'y manquera pas) que ce système du laissez-faire ne pouvait guère se
LUTTE TOUR l/lNDÊPENDANCE
pratiquer dans un pays qui naissait à la vie en quelque sorte, et où manquaient les immenses ressources de l'industrie privée qui en Angleterre suppléaient à tout. Nos mœurs et notre inexpérience se prêtaient mal au régime anglais.
Le rapport de M. Goblet ne se bornait pas à des observations économiques et financières ; il appelait en outre l'attention de Rogier sur un autre point aussi important, qu'il avait qualité pour traiter au point de vue diplomatique :
«...Vous vous rappelez que dans un des conseils du cabinet j'ai avancé qu'il serait dangereux d'exécuter le chemin de fer d'Anvers à Cologne, ou même d'en faire ressortir publiquement les avantages . et les facilités d'exécution, avant que la question de T Escaut n'ait été résolue. Mon opinion se fondait sur ce que les puissances n'ayant d'autre but que d'établir entre nous et la Hollande un certain équilibre commercial, chercheraient à nous astreindre, pour la navigation de l'Escaut, à des conditions comparativement plus dures si nous leur faisions entrevoir que nous avons les moyens de rompre cet équilibre et de faire pencher la balance de notre côté. Toutes les relations, tous les entreliens que j'ai eus avec les membres de li Conférence depuis que je suis à Londres, n'ont fait que me confirmer dans cette opinion... »
Heureusement, Rogier avait envoyé à Cologne le rapporteur du projet de loi, M. Smits, pour faire entendre au premier bourgmestre de cette ville que la Belgique était sur le point de réaliser une grande entreprise intéressant tout spécialement Cologne.
M. Smits réussit à persuader au bourgmestre qu'il était indispensable de réunir les négociants et les banquiers les plus influents pour les consulter sur cet utile et immense projet. La lettre que M. Smits écrivit à Rogier au sujet de la réunion de Cologne appartient à l'histoire, comme le rapport de M. Goblet :
«... Je m'étais préparéd'avance, et bien que l'assemblée, réunie sous les mêmes voûtes où présidaient autrefois les empereurs romains, eut quelque chose de solennel, je suis cependant parvenu à sui-
monter ma timidité et à faire ressortir la haute utilité et l'urgence du concours des provinces rhénanes dans la circonstance qui se présentait. La vérité exposée dans toute sa simplicité est toujours éloquente, et je suis heureux de pouvoir vous dire que la conviction dont j'étais pénétré moi-même a été partagée par tout le monde. Tous lesespiits se sont ralliés et le président M. Merken lui-même, qui a toujours été opposé au projet, est venu nous offrir l'appui de son influence et de son grand talent. Enfin, ces hommes si froids, si réservés dans leur isolement, présentaient à la fin de la séance le spectacle animé de l'ancien Jeu de paume, et peu s'en fallut qu'ils n'imitassent l'exemple de cette fameuse assemblée en prêtant serment de ne pas abandonner nos intérêts.
L'occasion était trop belle pour ne pas la saisir; et ayant obtenu de nouveau la parole, j'ai fait sentir qu'il y avait actuellement une résolution positive à prendre; que nous avions intérêt à connaître les intentions de la Prusse, et que conséquemment il était important de lui soumettre les trois questions suivantes :
i° Si la Belgique construit la route d'Anvers à la frontière de Prusse, la Prusse, de son côte, pr omet-elle de la continuer ou de la laisser continuer immédiatement jusqu'à Cologne?
2° Si la Belgique accorde four cette route le libre transit dégage' de toutes entraves et vérifications pendant le trajet des marchandises, la Prusse s'eugaget-elle à accorder la même réciprocité ?
3° Enfin si la Belgique accorde à ses entrepôts de commerce toutes les franchises désirables pour les marchandises provenant de 1 Allemagne, la Prusse accorde* a i-elle les mêmes avantages aux marchandises expédiées en Belgique sur F entrepôt de Cologne ?
Ces questions. Monsieur le Ministre, seront faites par l'opposition belge, et comme il serait impossible d'obtenir une solution directe par la voie diplomatique, j'ai pensé qu'il était utile d'essayer le moyen indirect, d'autant plus praticable que le gouvernement prussien est bien aise de pouvoir satisfaire aux désirs du commerce des provinces rhénanes chaque fois que l'occasion s'en présente.
Les trois questions susdites ont été adoptées sans difficultés et il a été résolu, sur ma proposition, que toutes les personnes présentes se constitueraient en comité permanent jusqu'à leur solution, et qu'une députation serait prise dans son sein pour aller défendre ces grands intérêts dans la capitale de S. M. le roi de Prusse... »
Il est évident que c'est fort de ces informations que Rogier écrivit dans un de ses cahiers de notes {9 mars 1 834 ) :
3l4 LUTTE POUR L'iNDÉrHNDAN'CE
« Mise en adjudication du premier projet sans attendre le consentement officiel du gouvernement prussien. »
Il était à peu près sûr de ce consentement grâce aux instances du comité institué pour soutenir l'intérêt reconnu des provinces rhénanes. Quant à la question de l'Escaut, telle <]uc l'avait indiquée le général Goblet dans le conseil de cabinet dont il est parlé dans le rapport cité plus haut, il est permis de croire qu'il en prit bonne note aussi, celui qui, ministre des affaires étrangères en iSG3, devait en cette qualité négocier et signer le grand acte de l'affranchissement de l'Kscaut.
En terminant sa lettre du 23 juillet i833, le général Goblet disait : « La question de l'Escaut étant donc, dans ma manière devoir, fondamentale, j'attache une grande importance à l'arrivée immédiate de M. Smits, que j'ai demandée déjà dans une précédente dépèche à M. le ministre d'Etat chargé par intérim du portefeuille des affaires étrangères (i). »
— Nous savons pourquoi M. Smits n'arrivait pas à Londres. —
Il ressort du rapprochement qui précède que le concours du gouvernement prussien pour seconder l'entreprise de la Belgique était presque assuré à Rogier, et qu'il eût eu grand intérêt à le dire pour faire triompher son projet à l'intérieur. Mais d'autre part les avertissements diplomatiques qui lui venaient de Londres l'obligèrent à se tenir sur la réserve. Il lui importait de ne pas inquiéter la Conférence, dont le but en ce moment était « d'établir entre nous et la Hollande un certain équilibre commercial ». Il ne fallait pas que l'on s'aperçût trop vite que les moyens de communication seraient beaucoup plus faciles d'un côté que de l'autre.
Dans cette situation, que fera Rogier?
Tout d'abord, il envoie M. Smits à Londres. Ensuite, il
(i ) C'était M. de Mérode qui faisait cet intérim.
ROGIER MINISTRE DE L'INTÉRIEUR 3l5
obtient du ministre intérimaire des affaires étrangères que M. Goblet soit envoyé lui-même en Allemagne pour tâter diplomatiquement le terrain.
Lorsqu'il écrivait la note du g mars 1834, il était en possession d'un rapport de M. Goblet, arrivé de Francfort le jour même, et dont voici la conclusion :
« ... Selon moi, c'est dans les Chambres belges que sera résolue la question du chemin de fer à construire tant en Prusse qu'en Belgique. Telle est l'idée que le ministère doit faire prédominer durant la prochaine discussion : elle est simple, susceptible d'être comprise facilement, et j'aime à croire qu'elle triomphera de presque toutes les répugnances... »
Il en est ainsi pour la plupart des affirmations consignées dans les Noies et Souvenirs de Rogier : presque toujours, il v a une pièce à l'appui.
Il y avait deux mois que le rapport de M. Smits avait été déposé.
Rogier, qui avait à cœur de le faire discuter le plus tôt possible, en fit la proposition à la Chambre le 23 janvier 1834.
L'ordre du jour était épuisé. Il s'agissait de savoir si l'on aborderait en premier lieu ou les budgets, ou le chemin de fer. Rogier se dit que si l'on donnait la priorité aux budgets, dans la discussion desquels, comme d'habitude, se produiraient toutes sortes d'incidents, la session législative s'épuiserait sans profit, tandis qu'au contraire si l'on donnait la priorité au projet de chemin de fer, on se presserait pour arriver aux budgets dont le vote était indispensable. Il insista donc en laveur de cet ordre, en répondant à ceux qui alléguaient encore que la question n'était pas assez mûrement étudiée : « Il y a huit mois que les pièces ont été communiquées; il y a deux mois que le rapport de la section centrale a été fait; ce temps a suffi pour se mettre au courant de la question. »
LUTTE POUR L'iNDÉPENDANXK
Dumortieret Gendebien prétendirent n'être pas suffisamment éclairés, et Dumortier, d'ordinaire plus prompt «à juger, et plus audacieux pour tout entreprendre, trouva cette fois la question grave et pleine de difficultés.
Mais est-ce que les Chambres belges ont donc l'habitude de reculer devant les questions graves et pleines de difficultés? s'écria Rogier. N'avons-nous pas eu à traiter, depuis trois ans, les questions les plus sérieuses et les plus difficiles qui aient été agitées en Europe depuis des années? L'obstacle n'est pas un motif pour reculer; c'est au contraire, pour des hommes de cœur, un motif d'aller de l'avant !
Et voyant à l'aspect de l'assemblée qu'il y avait à peu près autant de membres prêts à le suivre qu'à l'abandonner, il insista d'une manière plus pressante :
«... Si dès maintenant lo gouvernement avait l'assurance de l'adoption de la loi, il pourrait faire un grand nombre de travaux préparatoires et prendre ses dispositions de manière que la pioche pût frapper la terre que la route en fer doit féconder, dans les premiers jours d'avril, si pas avant. Mais l'état d'incertitude où vous le laissez paralyse toutes ses bonnes intentions... »
Devaux, à ce moment, se leva pour demander la mise à l'ordre du jour du projet de chemin de 1er le lundi suivant, et l'on procéda au vote par assis et levé.
Deux fois l'épreuve ayant paru douteuse au bureau, on réclama l'appel nominal, lequel constata qu'il y avait 35 membres favorables à la motion et... 36 opposants!...
Après le vote, qui laissa Rogier en apparence très calme, bien qu'il se morfondît sourdement en face de Dumortier exultant, la Chambre adopta par 61 voix contre 6 la proposition de M. Dellafaille de remettre après le vote des budgets la discussion relative au chemin de fer.
On en était, le 17 février, au budget de l'intérieur. Rogier, impatient d'en finir, se tirait le plus rapidement
possible des difficultés qu'on lui suscitait, lorsque deux questions furent posées par l'opposition en vue, disait-elle, de la discussion du projet de chemin de fer.
La première : Jusqu'à quel point le gouvernement prussien consentirait-il à faire de son côté un chemin de fer de Cologne à la frontière belge ?
La seconde : Quel serait le tarif qu'on établirait? car c'était là, disait Gendebien, « la pierre angulaire de l* operat ion ».
Quant au premier point, heureusement, Rogier commençait à se rassurer, son collègue Goblet avant été nommé depuis quinze jours envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près le roi de Prusse, et ce point étant un de ceux qui étaient le plus particulièrement recommandés à sa sollicitude par le Roi et le cabinet. A ce moment, Rogier n'avait pas encore de certitude, mais il ne lui paraissait pas douteux, répondit-il, que le gouvernement prussien autoriserait la construction de la route en fer de Cologne à notre frontière.
Sur le second point, le rapporteur, M. Smits, répondit que la question était tout à fait prématurée. Kn effet, on ne pouvait être fixé dès ce moment sur le taux du tarif, attendu que le montant de la dépense de construction n'était point connu et ne pourrait l'être qu'après l'achèvement des travaux.
Aussitôt, Gendebien de s'écrier qu'il serait impossible à des représentants consciencieux de voter l'établissement d'un chemin de fer sans savoir ce qu'il coûterait. Mais Rogier tourna la difficulté en ajournant toute explication jusqu'à l'ouverture de la discussion du projet.
Un incident d'une tout autre nature surgit alors.
M. d'Hoffschmidt, député du Luxembourg, annonce qu'il a entendu parler d'un acte de violence commis par le général commandant la forteresse de Luxembourg.
LUTTE l'OUK L'IXDLTHXDAN'CK
Cet acte est révélé dans les termes suivants au Moniteur du 19 février :
Dans la nuit du i5 au 16, un fort détachement de la garnison de Luxembourg s'est rendu au village de Betrcmbourg où il a arrêté, dans son domicile, M. Hanno, commissaire de distiict, qu'il a conduit dans la forteresse.
Au village de Bcttenbourg, c'est-à-dire dans un rayon contesté par les deux parties en attendant la délimitation définitive.
Changeons les temps, les lieux et les circonstances, et à la lueur des événements qui se sont passés ailleurs, demandons-nous de quel côté se trouvaient en 1S34 les véritables hommes d'Ktat de notre Révolution : du côté des ministres qui voulaient apprécier l'attentat avec calme, de crainte d'exciter contre nous la Diète germanique sans savoir si on ne la mettrait pas en cause imprudemment? ou bien du côté des exaltés qui voulaient qu'on mit sur l'heure le siège devant la forteresse de Luxembourg?
Ce furent pourtant ces derniers qui curent le dessus dans les deux Chambres. Dans des adresses au Roi, on offrit au gouvernement tous les moyens qu'il jugerait nécessaires « pour obtenir réparation de cet attentat et pour faire respecter à l'avenir les droits et la dignité du pays ».
Il y eut un rapport très circonspect du ministre des affaires étrangères, le comte Félix de Mérode, et le Roi, d'accord avec ses ministres, répondit prudemment à l'adresse de la Chambre : « Je suis convaincu comme vous que le dernier acte de violence il y en avait eu un autre réglé d'une façon satisfaisante, l'affaire Thorn-Pescatore ) n'a point été autorisé par la Diète germanique, qui a montré une constante sollicitude pour la paix générale. J'accepte vos offres avec satisfaction. Je les mettrai à profit si les moyens dont je dispose venaient à être insuffisants. »
En vain le ministre de la guerre sollicitait-il des crédits
R0G1ER MINISTRE DE L'INTÉRIEUR 3l(J
qui lui permissent au besoin de doubler 1'efïeetif de l'armée et de pourvoir aux besoins du service pour le premier ' semestre J834. Le jour môme où une estafette partie de Francfort apportait à sir Adair, le chargé d'affaires de l'Angleterre à Bruxelles, la nouvelle que l'ordre avait été donné de remettre M. Hanno en liberté, le 28 février, voici un aperçu de ce qui se disait à la Chambre :
« ... Toute demi-mesure en pareil cas n'est pas seulement une faute, c'est un crime. Ce n'est pas autour du rayon stratégique qu'il faut établir nos troupes, c'est sous les murs mêmes de Luxembourg afin de tenir en respect son insolente garnison et de faire un acte de possession digne d'un peuple qui sent le prix de sa liberté... »
(DePuydt.)
« ... C'est à nous à déclarer hautement que le ministère l.chcau doit cesser de gouverner eu Belgique s'il ne veut sur-le-champ suivre l'impulsion du pays qui réclame prompte et éclatante vengeance!... »
(Dareu diluai!.)
L'incident Hanno vidé, et après que le Moniteur eut publié le 4 mars toutes les pièces de cette affaire, qui prouvèrent qu'il n'y av;?it eu là qu'un excès de zèle militaire auquel la Diète germanique était complètement étrangère, on allait enfin aborder la discussion de la loi des chemins de fer lorsqu'un adversaire du ministère imagina de proposer la reprise d'une discussion sur la loi relative aux enfants trouvés.
Rogier insista pour la mise à l'ordre du jour du lendemain de la loi du chemin de fer :
« ... Le projet de loi sur le chemin de fer a été mis à l'ordre du jour à plusieurs reprises. Je ne sais si on soupçonne de notre part quelque crainte de voir surgir des arguments nouveaux contre le projet. Nous sommes plutôt en droit de supposer à nos adversaires éventuels la crainte de rencontrer des arguments décisifs en faveur du projet, quand nous voyons tous les moyens qu'on emploie pour en ajourner la discussion...
M. De Robaulx. Je suis étonné qu'on suppose à des adversaires qu'on ne connaît pas la crainte de voir le ministère présenter
des arguments nouveaux et péremptoircs. Je suis persuadé, pour mon compte, que le ministère a produit tous ses arguments, et que ceux sur lesquels il compte c'est le ban et Tarrière-ban des amis appelés pour voter le chemin de fer. Je demande la continuation de la discussion sur les enfants trouvés. »
La Chambre donna raison à Rogicr et décida qu'elle entamerait le lendemain 10 mars, la discussion de la loi concernant le chemin de 1er ( i ).
Aujourd'hui que le chemin de fer a conquis le monde et est devenu le principal agent de circulation et de transport, s'imaginerait-on, que, par esprit d'opposition, les adversaires de Kogier aient pu, pour l'enrayer, supposer sérieusement qu'il ne s'agissait que d'une question de camaraderie ou d'amour-propre !
Dès le début de la discussion, un député qui s'était empressé d'examiner les dernières pièces déposées sur le bureau, M. De Puydt, constata que parmi les pièces se trouvaient deux documents qui prouvaient que le gouvernement prussien autorisait des compagnies concessionnaires à établir une route en fer de Cologne vers Amsterdam et de Cologne vers la frontière belge.
Preuve que le général Goblct avait eu raison de supposer, en conseil de cabinet et dans sa correspondance diplomatique, que le gouvernement prussien s'efforcerait de ne point favoriser la Belgique au détriment de la Hollande, ce qui était d'ailleurs facile à prévoir.
(i) Le Moniteur du 10 publie un arrêté royal nommant les ingénieurs Simons et Deridder « commissaires du Koi, à l'effet de défendre en son nom devant les Chambres le projet de loi relatif à la route en fer ».
A l'ouverture de la séance, le secrétaire, M. de Rcnessc, après avoir donné communication à l'assemblée de cet arrêté de nomination, ajouta que le ministre de l'intérieur avait adressé à la Chambre des documents et pièces pour être soumis à l'examen des membres, avec un modèle en petit de wa-on et à' 01 mires en fer (c'est ainsi qu'on appela encore quelque temps nos rails).
Les documents auxquels M.. De Puydt faisait allusion et dont la lecture aurait pu dispenser M. Dumortier de faire une motion fort peu bienveillante pour Rogier qu'il acc usait de lancer le pays dans des dépenses « illusoires et friistraloircs », étaient les rescrits suivants :
A. J'accorde mon assentiment à l'établissement d'un chemin de fer de la froniiére occi-leutide du pays jusqu'à Cologne, qu'une compagnie réuaie dans culte dernière ville propose de former par actions, i-ous les mêmes conditions que celles exigées pour le chemin de fer entre Cologne et Amsterdam.
( Si^ac ) Fui':m::i;ic-Gcili.ai-mi:.
B. Je i:e trouve aucune objection contre l'établissement d'un chemin de fer d'Amstei dam à Colo-nc (pie le lieutenant-colonel néeilaialais ttaker a l'in'ention de faire construire par actions, aux mêmes conditions que les autres routes publiques.
( Sigiit) I:ki';]'|':kic-Gcill.\c.\!i:.
Le ministre estimait — et il avait raison — que ces déclarations suffisaient. L'Allemagne avait un tel intérêt à la continuation des lignes sur le territoire prussien, qu'aucun doute n'était possible à cet égard. En supposant d'ailleurs que le chemin de 1er ne lut pas continué en Prusse, ce n'était pas une raison pour ne pas le construire en Belgique, pour renoncer à une entreprise qui devait faire tant de bien à la Belgique.
Rogier avait commencé par déclarer que le gouvernement se ralliait aux amendements de la section centrale.
Le projet initial était l'établissement d'une ligne d'Anvers à la frontière prussienne par Dicst, Tongrcs et Liège. Il avait été question un instant de diriger la ligne par Maestricht, mais force lut de renoncer à cette idée le jour où tout espoir de posséder Maestricht eut été enlevé à la Belgique.
La section centrale, avec laquelle Rogier marcha toujours d'accord, proposait que le raihvay passât par
Malines, Louvain, Tirlemont, Liège et Verviers, avec deux embranchements : de Malines sur Bruxelles et la France par Namur, Mons ou Charleroi, et de Malines sur l'Angleterre par Termonde, Gand, Bruges et Ostende.
Rogier ne comprenait pas qu'on pût ne voir dans une pareille question qu'un misérable calcul d'amour-propre, mais il disait qu'il tenait à honneur d'attacher son nom à une entreprise qui dotait le pays d'un immense bienfait.
M. Dumorticr trouvait mauvais que le vote du chemin de fer fût transformé par M. Rogier en une question d'honneur... « Il veut sans doute qu'on dise la voie Rogicrieune comme on disait jadis la voie Appienne... » Rogier riposte :
« ...Je ne sais si la voie d'Ostonde au Rhin est Ditmortià ienne ou autidumot tià h-imc, mais je sais qu'elle est nationale.il ne suffit pas à la Révolution belge d'avoir donné au pays la Constitution la plus libérale, elle doit comploter son œuvre par un fait matériel d* la m*:in e portée. Cette entreprise sera aux intérêts matériels du pays ce qu'est notre Constitution à ses intéiêts moraux... »
Et voulant être juste même à l'égard de ses adversaires du moment en vue peut-être d'ailleurs de les rallier, -- il fit un mérite à de Theux d'avoir lui-même préparé un projet sous son « laborieux ministère » précédent, mais en rappelantàsonproprehonneur que l'idée première du projet avait été émise par lui, Rogier, au gouvernement provisoire ( i ) et en ajoutant qu'il était à regretter que l'état dans lequel se trouvait à cette époque le trésor public n'eût pas permis au gouvernement provisoire d'exécuter le chemin de fer par lui-même.
C'était en effet bien plus facile alors ! Un bout de
( i ) Thonissen l'attribue à tort à Gendebicn. La vérité est que Cendcbicn la reprit le 28 octobre iS3o, à la nouvelle du bombardement d'Anvers.
papier... Rogier écrivait: « Le gouvernement provisoire... considérant... décrète... » Et tout était dit. Il en eût été du chemin de fer comme de tout le reste, et le Congrès national eût ratifié cet acte comme les autres. Même sans aucun plan arrêté. Il eût suffi de nommer dans le même décret une commission chargée de l'exécuter, et l'on pense bien qu'avec son esprit pratique Rogier n'y eût point manqué.
Tandis qu'à présent que la Belgique était constituée, avec une situation du trésor plus brillante que celle de tous les anciens Etats de l'Europe — c'était établi dans l'exposé du budget présenté par le ministre des finances, — le gouvernement rencontrait des embûches et des difficultés de toutes sortes et se voyait toujours entravé dans sa marche avec une véritable acrimonie. ]
Rogier apportait cependant une entière bonne foi dans la discussion. Il se prêtait à toutes les combinaisons qui pouvaient assurer le succès de cette œuvre dont il attendait des résultats splendides. Il était toujours prêt à faire droit aux réclamations des arrondissements et des localités qui se disaient sacrifiés, lorsque ces réclamations avaient pour elles la justice et le bon sens. Seuls, les préjugés (et Dieu sait si la Chambre s'en fit souvent l'écho!) le trouvaient revèchc.
Il fit des concessions maintes fois, pour calmer des plaintes qui lui paraissaient légitimes, quoiqu'elles fussent exprimées dans un langage presque révolutionnaire. C'est ainsi qu'il consentit à l'abaissement des péages sur les canaux du Hainaut.
Les -députés de cette province affirmaient que le chemin de fer allait les ruiner. Écoutons Gendcbicn :
« ... Après m'ètre adressé en vain à votre justice, à votre équité, à votre honneur, je me vois dans la nécessité de vous dire le dernier mot de mes concitoyens du Hainaut... Us ne souffriront pas qu'on les sacrifie soit aux orangisles, soit à la province de Liège... Ils
se sépareraient plutôt de la Belgique ( i ). Le Humant a déjà fait assez de snnifiecs eu se rattachant à la métropole, en faisant c ause commune avec la Belgique...»
— Ktait-ce bien possible qu'un ancien membre du gouvernement provisoire tînt ce langage :
« ...Tenez-en Imnm: note ; le llainaut ne fera plus d'autres sacrifie»-?. Si vous ne voulez pas entendre le langage de la raison, ou vous fera entendre celui de la/O/û*... »
Après la note tragique, la note fantaisiste, bouffonne même :
M. Kloy de Burdinne nie que le cliemin de 1er puisse être utile à l'agriculture. « Tout au plus pourra-t-il aider au transport des produits de quelques fermiers voisins de la route... Encore le lait, en arrivant, sera du laitbattu... a — On rit, dit le Moniteur. — M. De Kobaulx ajoute : « ... et les oeufs arriveront en omelette ». — On rit encore, continue le Moniteur.
Non seulement plusieurs députés i ce n'était pas les moins considérables) contestaient l'utilité du chemin de fer au point de vue de l'agriculture, mais ils allaient jusqu'à soutenir qu'il lui serait absolument nuisible, qu'on élèverait beaucoup moins de chevaux, etc.
Oue de catastrophes allait provoquer cette institution maudite, si l'on en croyait certains pessimistes !
Le cabotage, les bateliers des canaux, les éclusiers, les tireurs de bateaux, des milliers d'ouvriers, disait M. Hélias d'IIuddghem, allaient être mis sur le pavé...
Le commerce de transit, établi sur une large échelle, serait funeste à nos intérêts commerciaux, disait M. Dcsmet, qui ajoutait: «C'est uniquement au profit de nos
(i) Certes, l'opposition fut vive dans le llainaut, dont l'industrie devait cependant bénéficier puissamment de la création du chemin de fer. Mais Gendebien dépassait la mesure en parlant de la sécession probable de cet'.e province en cas de vote du projet.
ROGIHR MINISTRE DE l/lNTÉRIEUR 325
généreux amis les Anglais et de nos bons amis les Hollandais, que le gouvernement travaille... »
Les espérances des partisans du projet, s'écriait de son cé)lé M. Seron, ce sont des « contes des Mille et Une Xuifs... La communication que l'on propose est ruineuse et inutile... »
Quand Rosier, persistant, malgré les nombreux partisans des concessions privées, dans le système d'exécution par l'Ltat, déclare qu'il ne veut pas livrer le pays à l'avidité d'une société privée, M. De Puydt réplique qu'il ne connaît rien de plus funeste à l'intérêt du pays que l'exécution hasardée . ?; de ces projets gigantesques.
« ...Je vomirais que la responsabilité de celte eut reprise ne fut pas un v. un mot cl «pic si. p..; la la ut»: des aillent s «lu projet, ]»ar celli* des miuîs'icj «pii ci» veulent poursuivre lYxéeution aux liais de l'Iàat, les d^pern-es devaient dépas.-er les prévisions, l'excédent en fût suppoité par eux et qu'ils en lussent responsables par corps... »
On vit presque le moment où cette motion bizarre allait cire adoptée.
Elle n'était pas d'ailleurs pour effrayer Rogier, qui avait la foi, la foi qui entraine les majorités.
Secondé énergiquement par le rapporteur de la section centrale et par MAL Nothomb et Devaux, il finit par avoir raison d'une hostilité qui faisait arme de tout. A certaines heures, il s'éleva à la véritable éloquence : ainsi, le jour où il démontra que la Belgique pourrait conquérir l'indépendance commerciale, non point par la guerre dont les chances sciaient incertaines, mais par le grand travail d'art qu'il préconisait, et qu'elle commettrait un véritable suicide si elle abandonnait le marché de l'Allemagne à la Hollande, aux villes hanséatiques et à la France...
« ... Malheur au pays qui se lai>-e:ail devancer dans cette carrière! I Lnte au pays qui >e disant libre laisserait sa liberté s'endormir dans un mol abandon, dans un lâche égoisme; qui, ayant devant les veux
LUTTE POUR L'iNDÉPEXDAN'CE
une perspective si prospère, les fermerait invinciblement; qui, ayant entre les mains l'instrument de sa propre fortune, laisserait misérablement l'instrument se briser entre ses mains! Mais gloire à la nation qui, à trois années de sa naissance, après avoir traversé des jours mauvais, se montrerait l'égale des plus fortes et des plus anciennes; qui, enchaînée et mutilée, hélas ! en deux de ses parties, saurait se redresser sur elle-même et puiser dans ses propres forces des germes de vie et de gloire ! C'est à de tels signes que se reconnaît la véritable grandeur cF un peuple ; c'est par de tels combats quon fait oublier de douloureuses défaites; c'est par de telles victoires quon égale et qu'on justifie d'anciens triomphes, que l'on conquiert ce qui peut rester de Belles hostiles ou même indifférents à la Belgique; que l'on fortifie le sentiment national ; que l'on obtient l'estime, la considération, les sympathies de l'étranger; qu'une nation laisse des traces de son passage dans le monde et lègue à l'avenir un nom respecté... »
[L'opposition cependant ne desarmait pas devant cette
parole réellement superbe, devant cette argumentation
sobre et vigoureuse tout à la Ibis. Elle ne se laissait pas
davantage convaincre par ces considérations de Lebeau,
qui sont dans le même ordre d'idées :
« ... On l'a dit avec raison, la Révolution a froissé beaucoup d'intérêts et au dehors a excité des préventions... Par la loi proposée, vous associez l'Allemagne à la question de l'Escaut ; vous rattachez à la cause de l'indépendance belge tout ce qu'il y a d'hommes honorables et éclairés dans le parti connu sous le nom d'oraugiste ; vous vous rallie: r industrie et le commerce dont les f laies ne sont pas encore cicatrisées. Vous préparez ainsi la fusion du parti, et s» un jour de collision s'élevait entre la Hollande et nous, vous compteriez dans vos rangs ces mêmes hommes dont les intérêts seraient désormais liés à la nationalité et à l'émancipation commerciale de notre patrie... »
C'est à la séance du 18 mars que Lebeau prononçait ces paroles.
Trois jours après, Gendebien fit la déclaration suivante en terminant un discours plein d'emportement :
« Je voterai contre le projet à cause du peu de confiance que j'ai dans notre état financier kt dans notre sitiation pouikme i r parce on;
JE CRAINDRAIS OUK CETTE I>I l'KNSE NE 1 UT FAITE EN P l* R E PERTE.
Si les bruits arrivés d'hier sont exacts, la Hollande aurait organise une armée de Jo à 35 mille hommes et la ferait avancer sur notre frontière!... i)
ROGIER MINISTRE DE i/lXTÉRIEUR 327
Quoi! dira-t-on, ces ministres hollandais auraient-ils donc entendu la parole de Lebeau et auraient-ils sur l'heure résolu d'en venir aux mains pour empêcher que le vote de la loi du chemin de fer eût les conséquences indiquées par lui au point de vue de la fusion?
Les « bruits d'hier » étaient arrivés à la connaissance de Gcndcbien par le Courrier des Pays-Bas.
L'Indépendant les avait de son côté reproduits et appréciés sans en nier l'exactitude. L'Indépendant devait savoir d'ailleurs ce qu'il faisait, étant en rapports suivis avec Rogier, Lebeau et Devaux auprès de qui il eût pu se renseigner sur le but de la mobilisation par la Hollande de 3o à 35 mille hommes en ce moment.
Gendebicn demanda au gouvernement s'il était en mesure de repousser éventuellement une invasion et si le ministre de la guerre pourrait venir le déclarer devant la Chambre.
Nous nous imaginons qu'à ce moment Rogier, qui était le plus perspicace des politiciens, dut se dire : « Voilà mon chemin de fer voté! »
En effet, à l'ouverture de cette même séance, la onzième de la discussion générale, il en avait enfin obtenu la clôture, après avoir pris la parole une dizaine de fois, sans compter qu'alternativement il passait de la Chambre au Sénat pour soutenir la discussion de son budget. Il laissa dire et faire. Que savait-il après tout, lui, des intentions des Hollandais? A la fin de cette séance, la Chambre passa au vote, sur cette question de principe qui dominait tout : « Les routes eu fer portées au projet seront-elles faites par le gouvernement? » La question fut résolue affirmativement par 55 voix contre 35 — c'était un succès presque inespéré.
A l'ouverture de la séance du 23, l'incident soulevé par
lutte tour l'indéphxd/xce
Gendebien se termina par une réquisition adressée nu ministre de la guerre de se présenter le lendemain à la Chambre, à l'effet de s'expliquer sur les armements bollandais et sur la possibilité qu'il y avait pour lui d'y faire face le cas échéant.
L'interpellation au ministre de la guerre fut formulée donc le 24 mars, par M. Frison qui porta à la tribune « les bruits inquiétants répandus dans le public ». Il s'agissait de savoir ce (pic signifiait cette augmentation de 3o à 35 mille hommes du corps hollandais, coïncidant avec le retour du prince d'Orange de Saint-Pétersbourg. X'allions-nouspas être victimes d'une combinaison machiavélique? En d'autres termes, les puissances du Nord n'étaient-elles point disposées à faire grâce à la révolution française (celle de Juillet) au prix du sacrifice de la notre?
Le ministre de la guerre répondit tranquillement que, d'après ses rapports, l'augmentation des contingents hollandais était due au rappel des permissionnaires sans le corollaire de l'envoi en congé d'autres classes, et que nous n'avions aucune raison de manquer de foi dans l'exécution des traités. Il avait toutefois conscience de sa responsabilité, et on pouvait s'en rapporter à lui du soin de prendre les mesures nécessaires pour faire face à toutes les éventualités. Il avait rappelé les troupes de leurs campements pour leur faire prendre leurs quartiers d'hiver dans les garnisons. 11 avait à sa disposition les crédits nécessaires pour rappeler sous les armes un nombre égal de permissionnaires, et les troupes recevraient ordre de rejoindre leurs campements.
Mais n'arriveraicnt-ellcs point trop tard? Ft n'allaicntellcs pas être exposées à une nouvelle humiliation après la honte de la défaite de Louvain?
Tel fut le thème de la discussion qui s'engagea, et AI. de Brouckere lui-même ne se fit point faute de dire cpie notre brave armée avait été suffisamment humiliée par le
ROG1LR M1N1STKM DL l/lNTl Kl LU R 3-2CJ
concours de l'armée française appelée pour expulser les Hollandais d'Anvers; qu'il espérait bien qu'on ne déviait pas recourir une seconde fois à un pareil procédé.
La verve de l'opposition, spécialement de Uumortier et de Gendcbien, trouva à s'exercer sur un pareil sujet. Des le premier mot du ministre de la guerre, Je premier de ces orateurs decl.tr, i qu'il avait toute confiance en lui, mais qu'il devait « déverser tout son blâme » sur ses collègues qui demeuraient « impassibles ».
Pourtant, ce ne fut qu'un feu de paille. Après quelques paroles rassurantes du ministre des affaires étrangères ( 1 } et une réplique du ministre de la guerre demandant qu'on ne l'obligeât pas à dire à quelles mesures il pourrait avoir recours au besoin, l'incident fut clos ; la discussion des articles du projet de chemin de fer s'engagea pour marcher cette fois très rapidement, sous l'impression peut-être d'une inquiétude exagérée, et ce fut le résultat le plus clair de cette nouvelle levée de boucliers, provoquée par une maladresse du gouvernement hollandais dont il eut seul à se repentir.
Est-ce que. la manifestation du rachat des chevaux du prince d'Orange, dont nous allons avoir à nous occuper, ne fut pas grcilt c sur celte maladresse, en vue peut-être de la réparer?
(i) Le char,»*? d'aifiirea da - • i . : iï • u t. britannique à La Haye, sir Jeniingham, avait, à la d - n au L> do n -tre g' mvernement. re;u ordre de provoquer des e.\pl;eati .us da mai. store hollandais sur la ton. cte.ration des trouj.es aux frontières dj la Loin apie, en même temps que sar les retards qu'il mettait :i s'e.vécuter vi.v„ \ :s d..: la Conl jrenee de Londres p ■-.a: "an aver à l'entente définitive aveo los Rio,-*. Le baron Van Zaylen, 1:1 ua.'ae tnterimairt dos affaires: étrangères, d .an 1 dese.xpiioati uns parfaitement rassurantes, non sans faire remarquer mabe.easemont a a diplomate anglais que les discours bdlupieax dont la tnbatn; bc!-- retentissait tous les jouis pour: ..k ait bien 1 j^itimor des mesures de pré : a al i an. Voilà pourquoi Rosier, I.cb,.ia et de Merode étaient imfii><;L'!{s.
33o LUTTE POUR L'INDÉPENDANXE
Toujours est-il qu'à la séance du 2S, quatre jours après la clôture de l'incident sur les armements hollandais, la loi fut adoptée par 56 voix contre 28 et I abstention.
On comprend quelle dut être la joie de Rogicr, dont la loi était enfin transmise au Sénat. Il aurait sans doute encore à la défendre dans cette assemblée, mais il avait dès lors la certitude d'un succès éclatant. Aussi préparet-il dès ce moment les derniers moyens d'exécution, résolu à faire promulguer la loi aussitôt qu'elle aurait passé par sa dernière épreuve et à mettre le chemin de fer en adjudication avec le moins de retards possible.
Mais les orangistes veillaient...
§12. — I.A SOCS( KIPTION POCR LE RACHAT 1)1 S fHF.VAl'X 1M' PRINCE l/oRANGE. — I l S PILLAGES D'AVRIL A IiRCXELLES. VOTE PAR
le sénat ni; la loi i>c ( iiicmin m: i le. — agitation a gand, liège,