CHAPITRE VIII
Rogier depuis sa sortie du ministère (1er août 1834) jusqu'à l'adhésion de la Hollande au traité des XXIV articles (mars 1839)— Gouvernement de la province d'Anvers (2' période)
§ I. — TRAVAUX PARLEMENTAIRES. — SESSIONS DE l834-l835,
i$35-iS36, i836-iS37, i837-i838.
Le discours par lequel le Roi ouvrit la session de 1834i835 était en quelque sorte un témoignage de satisfaction donné au ministère défunt et spécialement à Rogier.
Il reconnaissait que « l'ordre le plus parfait » régnait maintenant dans le pays :
«... Danslcs provinces que j'ai récemment visitées, j'ai pu remarquer avec satisfaction des signes certains de prospérité, et l'accueil que j'ai reçu m'est un bien doux témoignage de rattachement du pays à ses institutions et à la dynastie qu'il s'est données... »
Et les finances, objet essentiel dans un Etat naissant, les finances qu'un exposé officiel de M. Duvivier avait montrées dans un état si satisfaisant, avaient-elles été compromises par l'entreprise des chemins de fer comme l'opposition le prétendait?...
«... Nos finances sont dans un état satisfaisant. L'ordre qui préside à leur gestion nous permettra, je l'espère, d'entreprendre successivement de grands travaux d'utilité générale... »
Assurément, ce n'était pas le nouveau ministre, le baron d'Huart, qui, dans sa gestion de trois mois, avait amené cette situation, pas plus que le nouveau ministre des affaires étrangères, M. de Muelenaere, n'avait amené la situation extérieure dont le Roi se félicitait en ces termes :
« ... Nos rapports politiques prennent chaque jour une nouvelle extension : mon gouvernement est reconnu par la plupart des puissances... »
Le discours du trône annonçait également que l'exécution du chemin de 1er se poursuivait a avec une grande activité » et qu'il y avait lieu d'espérer que les dépenses resteraient « au dessous des prévisions premières ».
Les prévisions deRogicr...
Une parenthèse. — Quoiqu'il ne fût plus ministre, il ne cessa de s'occuper avec une attention scrupuleuse de son cher chemin de fer, entretenant une correspondance active avec les ingénieurs Simons et De Kidder, dans lesquels il avait si heureusement placé sa confiance et qui lui en étaient fort reconnaissants, comme le témoigne ce passage d'une lettre que l'un d'eux, M. De Ridder, lui écrivait le 21 janvier i835 :
« ... Vous savez combien nous vous devons d'obligations pour tout ce que vous avez voulu faiie pour nous. Aussi, vous trouverez toujours en nous une amitié sincère et une reconnaissance sans bornes; vous pouvez être certain que nous n'oublierons jamais vos bienfaits et nous ferons tout au morde pour tacher de nous acquitter envers vous... »
D'autres que les ingénieurs Simons et De Ridder avaient des obligations à Rogicr pour le chemin de fer. Le pays officiel, le gouvernement n'aurait pas dû Vonblier lors de l'ouverture de la première section de la voie
ferrée, la section de Bruxelles à Malines, le 5 mai i835 ( 1 ).
L'oubli dont se rendit coupable M. de Theux fut relevé par l'honnête et loyal Félix de Mcrode dans une lettre qui a sa place ici. De Mérode n'était pas suspect : il avait jadis été hostile au chemin de fer, mais il avait enfin « vu clair » :
Je viens de lire clans les journaux belges l'annonce de quelques promotions dans l'ordre de Léopold. Parmi les noms désignés je ne trouve pas le vôtre, mon cher collègue, et j'en suis au regret, car l'ouverture du chemin de fer était une très belle occasion de créer un commandeur de l'ordre destiné à récompenser les services rendus à la
( 1 ) Nous pensons que la reproduction du programme de la léte du 5 mai i835 aura son intérêt :
INAUCl RATIDN DU CHKMIN DE FER
Le cinq mai prochain, a midi, aura lieu soîenne llement l'ouverture du Chemin de Fer.
Une tente, pavoisée aux couleurs nationales, sera placée a la station de Bruxelles, pour recevoir les personnes invitées.
Des salves J'ar tillerie annonceront le départ de Bruxelles, le passage a Vilvorde, et l'arrivée a Malines.
Au premier coup de canon, le co-tè^e se mettra en marche, dans l'ordre suivant :
1* LA FLECHE, remorquant ttpt voitures.
3* LE 8TCPHCNS0N, remorquant également ie4">t voiture*.
y L ELEPHANT, remorquant sei{e (ban, dont neuf décorés de bannières aux armes des
Les personnes invitées et celles qui seront munies de cartes d'entrée, prendront place dans les voitures qui leur seront indiqué;*. Chaque convei sera precéJé d'un corps de musique.
Des poteaux, surmontés d'un drapeau aux couleurs nationales, indiqueront les noms des Communes traversées, et leur distance du point initial.
Une tente sera établie près du point central des Chemins de Fer décrétés par la loi du 1- mai 1814.
Immé.li. tïmrnt après l'arrivée du cortège, il sera procédé au nom du Roi a la pose de la Colonne Milliaire Initiale, sous laquelle seront déposés la médaille d'inauguration, des pièces de monnaie, et le procès-verbal de la cérémonie.
Les personnes faisant partie du cortcg», reprendront ensuite les places qu'elles occupaient, et iet voiture, réunie» au nombre Je )), teront reninqi e> p*r l'Eléphant.
Le signal du départ sera djnne par une satve d'artillerie.
Un feu d'aitifice sera lire a Bruxelles, dans la soirée.
Il sera frappé une médaille allégorique de l'établissement des Chemins en Fer. Arrêté par nous, Ministre de l'Intérieur.
llftUXSLLk», LE 28 AVKIL 1833.
Trélon, S juin iS35.