‹ Charles van LerbergheChapitre 10 sur 17 · LA TENTATION · texte numérisé non relu

LA TENTATION

Shapes that coiled in the woods and waters, Glittèring sons and radiand daughtcrs.

D. G. R0Sii2ÏTI.

Un silence se fit dans le déclin du jour. Une plainte expira, puis un soupir d'amour. Puis une pomme chut, une autre encore, et d'autres, Dans rherbe haute et chaude etFombre d'émeraude.

Le soleil descendit de rameaux en rameaux ; On entendit chanter un invisible oiseau. Une souteur de fleurs molles et défaillantes Sur la terre glissa comme une vague lente.

Et pour mieux enchanter celle qui vient, les yeux Baissés, et comme en songe, et le cœur oublieux, Par les troubles sentiers de ces jardins magiques, Le soir voluptueux, dans les airs attiédis. De ses subtiles mains complices étendit L'insidieux filet des étoiles obliques.

Et je vis à Fentrée

De mes bosquets, ce soir,

Etrauge et merveilleux.

Sa maiïi jjlauche appuyée

A cet arbre aux fruits d'or.

Dont rapproche est fatale et l'atteinte

Mortelle, un jeune dieu.

Des roses couronnaient ses cheveux d'hyacinthe. Et son visage ressemblait à l'amour.

Ni mes pas assoupis dans les fleurs de la terre.

Xi le son de mon cœur ne pouvaient le distraire

De ses songes. Il regardait dans le ciel bleu

Un étoile pâle.

Gomme lui-même, et solitaire.

D'un long regard d'adieu.

Vous m'enseignerez la douceur, O colombes, mes sœurs.

Et l'élévation, Aigles des monts.

Vous m'enseignerez la fierté farouche, Le calme dédain, Vous, que pas une main ne touche, Daims et daines de l'Eden.

Vous m'enseignerez les danses agiles, Mes sœurs les gazelles, Et les bonds exultants, O jeunes faons.

Vous m'enseignerez les paroles subtiles, Ser]ients radieux.

Et comment par elles On s'égale à Dieu.

Vous m'enseignerez l'en vol de la terre, Ghimcros, L'extase des airs ; Et vous, Sirènes, toute la mer.

Je Tai prise dans mes bras,

La petite sirène

Aux yeux éblouis.

Et voici qu'en chantant, ce soir, je la promène

En mon beau paradis.

Comme la lune sur la mer,

Sa longue chevelure bleue

Se mêle à la mienne,

Qui est d'or.

Sa belle queue

Traîne

Parmi les fleurs.

Gomme elle a peur,

Comme son cœur bat sur mon cœur !

Je ne sais pas ce qu'elle pense.

Elle me regarde en silence,

De ses pâles yeux pleins d*effroi.

Où quelque étrange songe sommeille.

De la terre ils ne veulent

Rieti voir que moi ;

Pour Elle, j*en suis la grande merveille, Et le mystère.

Mais, parfois.

Elle étend les doigts,

Et touche l'air illuminé qui tremble.

Car la lumière et l'air ressemblent à la mer.

Et elle est triste, et parfois pleure.

Je veux la déposer, doucement, dans le fleuve,' Mon beau fleuve d'Eden,dont les divines eaux S'en retournent parmi la chanson des roseaux, Vers la mer infinie ; afln qu'il la ramène, Heureuse et consolée, à ses sœurs les sirènes, Et qu'elle joue encor, devant son miroir bleu, A peigner en chantant ses longs et beaux cheveux, Qu'ont eflîeurés, ce soir, quelques roses mortelles. Et ces baisers humains que mes lèvres y mêlent.

— /Il

Or, Vénus, une nuit, vint m'apporter des roses. C'était dans le bosquet où je dormais encor. Elle était nue, et blonde, étincelante et rose, Et tout Tair sombre autour d'elle était d'or.

Dans la nuit chaude il volait des colombes.

Ses belles nymphes, à la fois,

— Elles avaient des ceintures

De pourpre sous les seins.

Et des roses dans leurs chevelures, —

Firent, sous leurs agiles doigts.

Résonner des lyres :

El l'une dit : O reine ! vois.

Elle s'éveille, elle rit, étoimée.

Elle est semblable à toi, au jour où tu es née

De l'écume des eaux sur la mer du printemps.

Gomme toi elle est blonde, et ce n'est qu'un enfant.

Regarde-là. Ses yeux émerveillés ignorent

Pourquoi tu lui souris et pourquoi nous venons,

Vénus divine, avec des fleurs et des chansons,

Du fond de notre nuit saluer sou aurore ;

Et pourtant elle est comme une sœur de l'Amour.

Et je lui dis : O reine,

Gomme ce nom dont mes lèvres apprennent

Le murmure ébloui,

Suavement sonne dans le silence.

Et comme ta présence

A parfumé la nuit !

Devant toi mes anges s'inclinent.

Et je t'adore, et je cherche en mon cœur

Des paroles qui soient,

Gomme ta grâce et ta beauté divines.

Mais, hélas ! nos âmes humaines N'ont pour dire leurs bonheurs.

Gomme leurs peines, Qu'un murmure ineffable, et des pleurs...

Et, tout à coup, dans le son de ma voix, A travers l'air plein de chants et de roses. Gelle qui, de son souffle, anime toutes choses, Doucement vint vers moi....

Et je sentis sur mon cœur embrasé Gomme des lèvres se poser.

O blanche fleur des airs, Fleur de Tinexistence, Aux immobiles mers De radieux silence.

Gomme la mort tu luis Dans un ciel solitaire ; De toi toute la terre Est pâle, cette nuit.

O lune ! vois tes cimes D'irrespirable paix, Quels frissons unanimes Montent de ces bosquets î

^'or« tes calmes rivages.

Du sein tremblant des flots, Quelle plainte ^sauvage S'exhale, et quel sanglot î

O blanche fleur qui vois Notre âme inassouvie, Attire-nous à toi Au-delà de la vie !

Parfois, ils viennent près de mol,

Du fond des nuits et des bois.

Sombres, terribles et doux.

Et se mettent à mes genoux ;

Et je caresse leurs fauves tôles.

Ils viennent du fond des bêtes.

Et des plantes,

Du fond des fleurs ;

Sur eux je chante.

Ils ne savent rien dire, ni rire encore.

Mais parfois ils pleurent.

Pour eux je suis toutes choses.

Les premières roses et le premier soleil.

Ils sont lassés infiniment

Vers moi ils ont marché longtemps

Et je les nomme

D'un nom mystérieux, et si lointain : les hommes.

C'est de leurs voix que j'ai redit Leurs paroles, mais plus haut qu'elles, Tu voles, ma chanson aux ailes Bleues d'oiseau de Paradis !

O ma chanson, tu les dépasses.

Tu leur ouvres l'immense azur !

Et tu jettes leur rire obscur En mille étoiles dans l'espace.

Leur pauvre cœur silencieux, S'approfondit quand tu le touches ; L'haleine qui naît de leurs bouches, En toi devient souffle des cieux.

Monte chanson ! Et si ta route.

Là-haut se perd dans le néant.

Monte encore, le ciel t'écoute, Et peut-être qu'un dieu t'entend.

O Dieu ! qui donc est là, Dans le vide, au delà De cette porte !

Qui s'est levé, devant Moi, de la poussière morte Et du néant ?

Oh parle vite ?

Ne me regarde pas de la sorte.

En silence ! J'ai peur ;

Ne fixe pas ainsi sur moi tes yeux avides,

Ma sombre sœur l

Es-tu mon âme, Es-tu mon ombre ?

Qui que tu sois, Ya-t'en, fantôme !

Je ne veux plus te voir.., O mes anges, à moi !

LxV FAUTE

Je Fai ciieilii ! je Tai goûté,

Le beau fruit qui euivre

D'orgueil et je vis !

Je l'ai goûté de mes lèvres

Le fruit délicieux du vertige infini.

Mon âme chante, mes yeux s'ouvrent.

Je suis égale à Dieu !

Un autre monde de beauté

S'étend devant mes rêves ;

De toutes choses sur la terre se lèvent

De nouvelles clartés.

Ah ! tout n'était qu'illusion humaine,

Et songes décevants !

Pour la première fois je vois et je comprends,

Comme Dieu même.

Ah ! qu'en la paix de TEden il repose,

L'arbre miraculeux de lumière et de vie.

Où je devais trouver la mort !

Pas un frisson dans ses feuilles ravies.

Avec quel sourire de calme bonheur,

Il respire Tair empourpré du soir !

Et voici qu'à la place où furent ces fruits d'or.

Les rameaux innocents se sont couverts de roses,

Mon âme sois joyeuse !

Il n'existe pas. Il n'existe plus.

Je le sais de la mort, je le sais de Tamour,

Je le sais de la voix qui chantait sur la mer,

Je le sais du soleil, dos étoiles, des roses,

De toutes les choses

Qui l'ont vaincu.

Il n'existe pas, il n'existe plus !

Va, ma chanson légère, va le dire

Par les eaux et la terre,

Partout où le jour luit ;

Va le dire en un rire éperdu,

Qu'il n'est pas, qu'il n'est plus.

Et que le inonde enfin est délivré de lui !

Et je revis auprès de 1* Arbre merveilleux

Le jeune dieu aux cheveux d'hyacinthe,

De roses couronné.

Ses regards qui suivaient Fanioureuse descente

D'une étoile, s'étaient avec elle inclinés

Vers la terre. Ses lèvres souriaient.

Il était nu ; je vis que j'étais nue.

Et je baissai mes paupières, émue

D'un trouble inconnu.

Et sa voix s'éleva dans le calme jardin.

Elle dirait : Je suis l'Amour.

J'étais avant toutes choses,

O fille née de la terre et des eaux î

Ne crois qu'aux dieux jeunes et beaux.

Qui viennent dans la lumière

Couronnés de roses.

Et qu'accompagne la douce voix

Murmurante des colombes.

Il n'est pas d'autre dieu que mol.

Mon âme atteint ce qu'elle chante.

Elle s'élève eu sou rêve vivant ; Ce qu'elle écoute, ce qu'elle attend, Je le deviens, je suis mon chant, J'habite ma lamièro.

Mon âme atteint ce qu'elle espère,

Mon royaume s'est fait un son De lyre, une fleur d'or, un rire Dans l'air sonore que j'aspire.

Mon royaume s'est fait rayon, Et ses portes flamboyantes Se sont ouvertes dans ma chanson.

Mon âme atteint ce qu'elle rêve.

D'entre les roses de Taurore

Elles sont venues, mes anges sonores.

Ils sont venus comme un rire dans Tair, Et comme des souffles sur la mer.

Je me tenais, mains jointes devant elles, Silencieuse, immobile et debout.

Ils m'ont saluée du vent de leurs ailes, Et sont tombés à mes genoux.

Elles m'ont dit : Voici tes servantes.

Déjà leurs bouches m'effleuraient.

Leurs lèvres n'étaient pas de celles qui chantent ; Leurs paroles n'étaient qu'un baiser.

Dans le grand matin diaphane Ils sont venus mes anges joyeux.

D*ua horizou de neige et de flamme Ils ont fermé le monde à mes yeux.

De mes pieds clairs à ma tête blonde Toute par eux jonchée de fleurs.

Ils ont tracé de grandes ondes, Et des spirales de splendeur.

Puis frémissants, ailés sur moi, M'ont toute entière et tous à la fois,

Au fond de leurs âmes altérées, Longuement,doucément, comme une ombre aspirée.

Et je vous salue, ô mes Sons, Ailes d*oiseaux chantants et d'abeilles, Ailes de sylphes et de papillons, Qui voltigez autour de mes oreilles.

Anges sonores aux ailes d'or.

Sons de soleil où je m'éveille,

Sons lents et longs. Sons blancs et blonds

De harpes et de violons.

Et de violes ;

Et vous, chansons aiguës de luths

Rayons de lune et sons de flûtes

Où je m'endors sous les étoiles.

Sons de mes mains. Sons de ma bouche,

Beaux Sons des lèvres qui se touchent,

Et de mon 'îœur qui bat ;

Sons de mes longs cheveux qu'on dénoue,

Où d'invisibles ailes jouent,

Si doucement, si bas,

Que le silence même ne les entend pas.

Sons de la mer où chantent encore

Les milles voix claires des fontaines ;

Sons de la terre, Sons des airs ;

Sons qui portez sur vos épaules

Des urnes de fl uides paroles,

Et qui allez, à petits pas.

En des touffes de fleurs, où s'étouffent vos pas.

Approche, approche, ma bien-aimée.

Je danse à tes chants, dans Tombre embaumée

Du beau pommier que Dieu défend ;

Je siffle et vais, je tourne et rôde ;

Ma robe est d'or et d'émeraude,

Et je m'allonge et je tends,

Entre mes lèvres et mes dents.

Cette pomme de soleil chaude.

Je suis le beau serpent dansant.

Colombe ! Colombe ! Colombe enchantée, Qui te balance autour de moi, Pourquoi as-tu peur, colombe blanche ?

Ecoute ma voix, colombe ma sœur.

Entre les branches descends dans ma danse. Descends sur mon cœur, colombe d'amour !

Et je danse et je chante, et danse encore. Je danse nue, éblouie et superbe, Comme un serpent dans les hautes herbes, ^e danse et rampe dans les airs, Comme une flamme de l'enfer.

Je danse ailée, frémissante et sonore,

Au fond du tourbillon vivant,

Du tourbillon qui me dévore.

Du tourbillon où je descends,

Je danse jusqu^à ce que j'en sois lasse,

L'âme enivrée et chancelante

Du vin et de la danse.

Et du vin de mon sang.

Page 1