CREPUSCULE
De ces terrasses où, le soir, il flotte encor Sur la terre assombrie un dernier voile d'or, Nous regardons, tous deux, longuement, en silence, Le monde qui s'efface et Tazur qui s'endort.
Il se tient près de moi. Ses grandes ailes blanches Sont closes. Il eonge ; et nul ne sait à quoi songent Les Anges. Tendrement, près de lui je me penche Sur l'Eden endormi.
Déjà, comme un baiser, Tout un ciel frissonnant d'étoiles s'est posé Sur ce s(mimeil heureux et ces rêves si calmes. Pas un souffle ne vole à la cîme des palmes.
Seuls, dans le soir encor, s'élèvent jusqu'à nous Les haleines des fleurs mourantes, et les doux Soupirs harmonieux des obscures fontaine s ; Pourtant leurs voix aussi se sont faites lointaines.
Ah! vers quel grand silence et quel sommeil profond, Voluptueusement, toutes les choses vont ! Ah ! comme tout s'ajDaise, et comme tout s'oublie ! Ce qui troublait ce bel Eden, c'était la vie....
Que je voudrais Lui dire, afin qu'il m'en console, Par ce lent crépuscule, en de telles paroles, Belles comme le soir, lasses infiniment. Ce qui oppresse ainsi mon âme en ce moment I
Mais II est si divin, si calme est son sourire. Que, près de lui, toute parole humaine expire Sur les lèvres. Sans doute, il ne comprendrait pas. Son àme Hotte sur les choses d'ici-bas. Ainsi qu'une clarté d'étoiles étrangères. Elle contemple, et rêve, ne sait de la terre Que les soupirs d'amour et les pleurs du bonheur. Et rien que d'éternel n'a pu troubler ce cœur.
« Que ce beau soir est plein de délices, ma Sœur. »
Vers le soleil s'en vont ensemble Mes pensées, divines sœurs.
Elles chantent ; Tair pâle en tremble, Comme s'il y tomliaient des fleurs.
Une s'attarde la dernière, Tristement, au bord du chemin D'où monte l'âme du matin Et la rosée à la lumière.
Celle-là qui s'évanouit.
Au fond de ces larmes mortelles, Ne chante pas, mais c'est par elles Que le soleil l'attire à lui.
Eve pleurait. Ses mains cachaient sa tête pâle.'
C'était le premier soir mortel.
Des êtres lumineux descendirent du ciel. Et l'air s'emplit du chant de leur voix amicale.
Regarde, disaient-ils, si, dans ce soir d'été, Tout devant nous pâlit et tremble, C'est que le chœur entier des anges te ressemble, C'est que Dieu ne nous fit que selon ta beauté.
Mais elle, tristement, levant vers leurs visages,
Ses yeux pâles et doux ; « Peut-être ai-je été belle, un jour, ainsi que vous. Ce soir, je ne suis plus semblable à mon image. »
O mort, poussière d'étoiles, Lève-toi sous mes pas !
Viens, souffle sombre où je vacille.
Comme une flamme ivre de vent î
Viens, ô douce vague qui brille Dans les ténèbres ; Emporte-moi dans ton néant !
C'est en toi que je veux m'étendre,
M'éteindrc et me dissoudre,
Mort, où mon âme aspire !
Dieu fort qu'elle attend
Aves des chants et des rires d'amour.
Viens, brise-moi comme une fleur d'écume, Une fleur de soleil à la cime Des eaux,
Que la nuit elîeuille, que Fombre efface, Et que l'espace épanouit.
Et comme d'une amphore d'or
Un vin de flamme et d'arôme divin,
Epanche mon âme
En ton abîme, pour qu'elle embaume
La terre sombre et le souffle des morts.
Eii robe de pâle clarté, Douce comme la nuit d'été,
Soyeuse et blonde, Des fleurs do l'autre monde En sa chevelure d'or.
Celui qui est l'Ange en voyage Descend l'escalier des nuages, Et vient vers celle qui dort.
Messager à l'âme sereine,
Il approche lentement.
Gomme uue aube lointaine ;
Et regarde, en se haussant
Sur la pointe de ses pieds brillants,
Dans le profond sommeil où murmurent
Des songes encore.
Dans la clarté de la petite âme.
Qui brûle dans la nuit.
Il souffle la flamme, éteint le bruit, Met le silence de sa bouche
Sur la bouche qui sourit,
Et pose, doucement, sur le cœur qui s*apaise
Sa main qui ne pèse
Pas plus qu'une fleur.
Une aube pâle emplit le ciel triste, le Rêve, Gomme un grand voile d'or, de la terre se lève.
Avec l'àme des roses d'hier, Lentement montent dans les airs, Comme des ailes étendues.
Gomme des pieds nus et très doux, Qui se séparent de la terre.
Dans le grand silence à genoux.
L'âme charmante d'Eve expire, Elle s'éteint dans la clarté ; Elle retourne en un sourire A l'univers qu'elle a chanté.
Elle redevient l'âme obscure
Qui rêve, la voix qui murmure.
Le frisson des choses, le souffle flottant
Sur les eaux et sur les plaines, Parmi las rose-, et d?.iv^ rhaloine Divine du printemps.
Eli de vagues accords où se mêlent
Des Lallenu^nls d'ailes,
Des sons d'étoiles.
Des chutes de fleurs.
En Tuniverseile rumeur
Elle se fond doucement et s'achève,
La chanson d'Eve.
Si-LECTION SURNATUR!:1.LE