CONTE
Depuis quarante jours terrestres le prince de Cyniliie et sou vieux serviteur Saturne s'étaient retirés dans la solitude. Tous deux vivaient au fond d'une imincnse forêt bleue dans une vieille tour d'où Ton décoiivrait au loin, au-dessus des cimes mouvantes, les flots d'une mer éternellement pale.
Le prince se tenait assis, jour et nuit, au sommet de cette tour, le visage tourné vers la mer. Mais il était aussi étranger à la mer qu'au reste du monde, et il la contemplait sans la voir, le regard perdu dans l'invisible.
Il avait des yeux aussi bleus que l'espace, et une chevelure blonde aussi fine que des des rayons enveloppait son beau visage p^de et triste.
Saturne, lui, se tenait assis sur le seuil de
la tour dans Tombre des profondes ramures. Il n'était pas moins triste que son maître, mais sa tristesse ^n'étant pas inefîable, il consolait sa pauvre âme solitaire, en l'exprimant sur sa flûte, et en la mêlant au chant des oiseaux, à la plainte du vent dans les arbres et aux soupirs de la mer lointaine.
Ils vivaient sans se parler. Un matin, cependant, Saturne, qui portait chaque jour à son maître une grappe de raisins pour le nourrir, trouva celui-ci si détaché du monde, si distrait de la vie, qu'il ne sut i)lus longtemps garder le silence.
— Maître, s'écria-t-il, vous mourrez !
Le prince ne répondit point.
— Que votre âme, poursuivit Saturne, ne s'offense pas de ma parole ; ce n'est pas de la grande tristesse de ne savoir pourquoi nous sommes tous si tristes, sur la lune, que vous mourrez ; c'est un secret de Dieu, mais un secret salutaire ; vous mourrez de silence. Le silence seul est mortel. Moi-même, depuis longtemps j'en serais mort, si je n'avais pour y exhaler ma peine, ce roseau. Elle s'est un peu dissipée ainsi, confondue avec la tristesse du vent, de la mer, de toutes choses.
Dites aussi votre âme, maître, exprimez-la dans Tair ; moi, d'en bas, je raccompagnerai doucement dans Tombre. Le prince remua les lèvres, lit un immense effort et dit :
— Ma voix se tait.
— Mais, dit Saturne, elle ne peut pas se taire. Il faut qu'elle parle, qu'elle chante surtout. Tout chante, tout tend à un son, icibas ; la mort seule est silencieuse. C'est pour chanter notre âme que Dieu nous a donné la parole. Se taire c'est offenser Dieu.
— Mon âme ne trouve pas de paroles, soupira le prince.
— C'est qu'elle ne cherche pas, répondit Saturne ; c'est qu'elle est indolente et lasse, qu'elle a sommeil de mourir. Ah ! maitre, votre serviteur n'a qu'une petite âme éphémère et bornée qui peut mourir, mais la vôtre, pleine de chants inouïs et de clartés latentes, ne le peut pas. Elle doit vivre. Et elle vous accable, vous étouffe, et elle veut crier! Vous êtes comme un homme qui joue de la flûte tandis que la mort entre dans ses mains. Il souffle, mais ne sait plus soulever ses doigts, et son souffle rentre en lui-même et il meurt étouffé.
« Votre âme, dites-vous, ne trouve pas de paroles ; mais pourquoi ne cherche-t-elle que dans les nuages où Ton ne trouve rien ! Il faut un peu de sens pratique dans la vie; il faut se tenir sur la pointe des pieds en contact avec la lune notre mère, afin de ne pas se perdre tout entier, se dissiper dans Fair bleu.
— Que voulez-vous donc? demanda le prince avec lassitude.
— Voici, maître, je vous amènerai tous les mots que Dieu a créés à son image et à sa ressemblance, et dont les formes diverses vivcnl sur la lune. Je les rai^j^erai autour de vous en un grand cercle, et vous vous tiendrez au milieu, ainsi que le soleil se tient au milieu des planètes. Alors, au son de ma flûte, je les ferai tourner, et vous jetterez sur chacun d'eux, tour à tour, le rayon de A'otre fime ; ainsi vous découvrirez ceux qu'elle cherche.
— C'est vA\Q iiîgénieuse pensée, dit le prince, mais voir tourner les mots autour de moi me donnerait le vertige.
— Alors, c'est vous môme qui tournerez autour d'eux, au son de ma flûte ain^^-ji que le soleil lourne auteur des étoiles fixes.
— Non, Saturne, je ne puis penser en marchant; il me faut être immobile, à demi couché. J'ai besoin aussi de solitude, de silence....
Le prince réfléchit quelque temps, puis il ajouta :
— Ce n'est pas en ce pays non plus que jamais je découvrirai mon âme. Si loin que nous soyons du reste des vivants, nous n'en sommes pas assez loin encore ; il faudrait être ailleurs.
(( Que le Temps éternel est beau, Saturne, lui qui a des ailes î II est, et il n'est plus; toujours il est ailleurs. N'existe-t-il donc pas une contrée au monde où l'on soit, aussi, toujours ailleurs ; un peu d'espace ailé ?
— Certainement, dit Saturne, une telle contrée existe et nous irons y vivre. Je construirai un grand bateau d'ivoire et j'y amènerai tous les mots, afin qu'ils soient toujours en votre présence et ne vous échappcîit pas. Quand tous seront embarqués, nous mettrons à la voile; et c'est pendant ce voyage c^n la pleine mer, où Ton est toujours ailleurs ; la nuit au claire de terre sur les eaux ; dans le calme et le recueillement, que vous chercherez parmi les mots ceux qui ressemblent à votre âme.
— Qu'il en soit ainsi, dit le prince en s'endormant.
Gomme le grand elTort de paroles qu'il avait fait ce jour-là l'avait épuisé, il dormit pendant une longue semaine.
Pendant ce temps Saturne se mit à l'ouvrage. Il ramassa une énorme quantité d'ivoire, le tailla en planchettes, et en construisit un grand bateau qui ressemblait à une arche. Puis il y planta les mâts, et y attacha des voiles de soie avec des cordages d'argent. Il sculpta enfin à la proue une mystique colombe blanche avec un regard pour le vague, qu'il peignit en bleu.
Lorsque le bateau fut achevé, il mit à l'ancre dans une anse, et partit pour le pays.
Un matin, le prince se réveillant dit : — Il pleut, le merle chante.
Mais il ne pleuvait pas ; c'était le troupeau léger et cré])itant des mois qui passait, en faisant résonner la terre dure. Et le merle ne chantait pas ; c'était Saturne qui jouait de la flûte en menant le troupeau.
Le prince les aperçut comme ils descendaient le rivage. Ils s'avançaient en une longue file et passaient sur un pont de planches
du rivage au bateau. Celui-ci à mesure qu'ils y pénétraient, s'abaissait sur la mer. Quand les derniers — c'étaient le zèbre et le zoophyte — furent embarqués, Saturne abattit sur eux la trappe, et alla chercher son maître.
Le prince descendit enfin de la tour, et Saturne lui mit autour de la tête une couronne de grappes de raisin, dont il ne réserva pour son front que le feuillage.
Et tous doux s'en allèrent eu silence.
Lorsqu'il pénétrèrent dans le bateau, le soir tombait.
Le prince s'assit au gouvernail, et Saturne leva l'ancre. Ils entendirent un léger clapotement à la proue et virent reciiler doucement le rivage. L'air tiède remuait. La mer était pâle et frissonnante.
Ils naviguèrent toute la nuit, n'ayant plus autour d'eux f[\v^ la mor et le ciel où montait la terre. Saturne se tenait à l'avant et regardait dans le ciel ce mystérieux visage ; le prince, assis h la poupe, le contemplait aussi, mais dans le rêve des eaux.
Cependant, dans le silence, une rumeur de plus eu plu<^ distincte s'éleva, et bientô'c ce fat
un bourdonnement tel que le bateau en devint comme une ruche flottante.
— Qu'est-ce qui ose ainsi troubler notre repos ? demanda le prince.
— Maître, dit Saturne, ce sont les mots qui s'éveillent. Ils dorment le jour quand les choses veillent, et veillent la nuit quand tout dort. C'est à ce moment qu'il faut les surprendre, le
sommeil les a vivifiés.
— Introduisez-les dit le prince.
Et Saturne leva la trappe. Une foule innombrable d'êtres et de chor-es, s'agilaiil, se bousculant, poussant des cris féroces, ee nia sur îe navire. Ils grouiliaient sur le pont, escaladaient les cordages, montaient jusqu'à la cime des mâts. Et la lourde et fauve odeur des foules s'élevait dans l'atmosphère.
— Chassez-les ! criait le prince, mais déjà Saturne s'était jeté sur eux, une hache à îa main et en avait tué un g^rand nom])re. Il refoula les autres dans la cale et, rabattant la trappe, s'assit dessus en s'essuyant le front. Mais la clameur continuait à gronder sous lui.
— Aîi ! dit le prince conslerné, comment trouver jamais dans cette foule infecte et tapageuse ce qu'il faudrait chercher dans le silence et la pure heoMé !
— Maître, dit Saturne, c*est le plus vil bétail, et il importe de le chasser le i^liis vite possible pour qu'il ne nous rende pas l'air irrespirable. Voici sur notre route une grande île sauvage : un tel lieu leur convient, nous les y déj^arquerons.
Ils furent bientôt arrivés à cette • île, dont la côte était couverte de forets rouges. Saturne jeta le pont et leva la trappe. Et de nouveau le troupeau se rua sur le navire. Mais Saturne le chassa vers Tile en brandissant sa hache, et il y mettait tant de zèle que pas un seul mot ne serait demeuré à bord, si le prince n'était intervenu.
— V®us chassez les bons et les mauvais, criait-il, les purs et les impurs ; il faut garder ceux qui ressemble à mon âme.
Le triage était malaisé, mais Saturne imagina un expédiant rapide. Il tendit au-dessus de récoutiile un grand fdet à fmes mailles solides, et força toute la bande à passer dessus, pour gagner le pont. De cette façon tous les grossiers passèrent et les minces, les délicats, les subtils retombèrent seuls.
— En voici un, dit Saturne, en montrant un adverbe énorme, quadrangulaire et qui pou-
vait bien peser dix livres ; je l'ai arraché aux mains d'un ecclésiastique. Pour convaincre le prince, il le laissa tomber à ses pieds, et tout le bateau en résonna jusqu'à la quille.
— Jetez-les à la mer, dit le prince. Qu'est-ce mon âme a besoin d'adverbes ?
Et Saturne pendant tout ce jour, comme un manœuvre, monta les adverbes dans une brouette et les déversa par-dessus bord. Quand il eut achevé cette besogne, il leva l'ancre et remit à la voile. La nef s'enfuit légère, comme une plume, sur les eaux.
C'était l'heure où tout incline vers son rêve. Un crépuscule d'or enveloppait la lune. La mer était devenue si calme que son souffle même ne s'entendait plus.
Saturne, s'ètant assis aux pieds de son maître, celui-ci lui dit :
— Je commence à voir plus clair dans mon âme. Nous avons retrouvé le calme, le silence, et nous nous acheminons vers un lieu de beauté. Reposez-vous aujourd'hui, mon bon Saturne, mais demain vous enlèverez encore tout ce qui est laid, vieux, décrépit ou malade, car mon âme saine est éternelle jeunesse, tout ce qui pleure aussi, gémit ou
souffre, car ma souffrance ne peut s'exprimer par rien de ce qui souffre ; c'est plutôt une joie amère. Ne gardons que ce qui est pur et radieux ; ce qui est taciturne et calme ; ce qui ressemble à ces belles nuits sereines où nous voguons sur les eaux, au silence amical de la terre.
Il parla longtemps ainsi, puis tous deux s'endormirent, laissant le bateau suivre son chemin.
Le lendemain le prince désira visiter la cale : c'était la première fois depuis leur départ. Il descendit, suivi de Saturne, mais dès les premières marches s'arrêta suffoqué.
— Qu'est-ce donc qui rend ici l'air irrespirables? demanda-t-il.
— Ce sont, répondit Saturne, les parfums. Je les ai gardés ne sachant au juste s'ils étaient abstraits ou concrets ; ils flottent comme des âmes. Ce sont ceux des hélianthes, des géothropes, des sélénanthèmes, des fleurs les plus rares et les plus capiteuses du globe.
— Qu'ai-je besoin de ces parfumeries ! dit le prince, ouvrez les hublots. Jamais mon âme ne s'exprimera dans un parfum.
Ôo
Saturne ouvrit les hublots et les parfums s'évauouirent.
Ils visitèrent tout le navire. Tout y était soigneusement disposé en ordre et rangé sur des tablettes. Ils virent d'abord les articles, les pronoms, chacun à sa place déterminée ou indéterminée. Non loin étaient les prépositions, les conjonctions, les interjections, toute la môme ferraille qui sert à ajuster, à visser, à boulonner les pensées. Gela n'occupait pas beaucoup de place et ressemblait à l'étalage d'un quincaillier.
— Ce n'est pas beau, dit Saturne, mais c'est utile.
— Bah! dit le prince. Je sais qu'il est des gens qui construisent aveo les mots des palais, des temples, des toars, des fontaines et que la vue de css savantes architectures porte à la rêverie. Mais je ne suis j^as un architecte.
Ils passèrent devant les rares substantifs qui avaient échappé à la grande expulsion, et devant les verbes de repos ou de mouvement latent. Gomme c'était jour, tous dormaient.
— Même éveillés, disait Saturne, ils semblent dormir. On dirait des serpents. Ge sont
des êtres étranges, énigmatiques, et dont je me défie. Ils vivent et bougent en dedans ; à rencontre de la plupart des autres êtres, qui sont morts ou endormis en dedans, et vivent en dehors....
Une intense clarté attira le prince au bout de galerie. Là, dans un rayon de soleil passant par la lucarne, s'amoncelait une telle richesse, qu'on eût dit que toutes les splendeurs du monde y étaient accumulées.
— Ce sont les adjectifs, dit Saturne, leur nombre est incalculable, mais je n'ai gardé que les plus beaux, les plus riches, ceux qui étaient d'une belle eau, les purs, les radieux, les éblouissants, les splendides....
— Assez, dit le princc', ce luxe n'est pas de mon goût. Suis-je un joaillier ou un orfèvre ? mon âme est simple et n'aime pas les vaines parures.
— Elle a raison, dit Saturne, c'est son état de grâce que de vivre toute nue. Nulle part la vanité de ce monde n'apparaît mieux qu'en tous ces affîquets et ces brimborions, dont les âmes sauvages s'ornent le nez et les oreilles.
Le prince prit entre ses doigts un de ces bijoux.
— C'est le brillant, dit Saturne, il est d*iin prix infini ; mais il n'avait pas achevé, qu'il poussa un grand cri : le prince venait de lancer le brillant par le hublot.
Il passa comme un éclair dans le soleil, et chut dans les eaux avec un bruit liquide et doux, comme s'il éclatait en perles. Tous deux souriaient émerveillés, et continuaient à regarder la place où le brillant avait disparu. Tout à coup, le prince en jeta un second, puis un troisième, toute une poignée qui tombèrent dans la mer comme des étoiles.
Et Saturne, ébloui, riait, car son âme n'était pas moins simple que celle de son maître, et brusquement il plongea ses mains dans le tas et se mit, lui aussi, à lancer des étoiles.
C'était à présent une averse de splendeur si continue, qu'un arc-en-ciel y apparut à la face des eaux ; et c'était un tel gazouillement liquide, qu'il leur semblait entendre un chant d'alouettes.
Soudain tout cessa : ils avaient les mains vides. Mais Saturne apporta les interjections, les prépositions, les pronoms, tous les menus articles.
Après les pierreries, ceux-ci tombèrent
comme des pierres, C'en était fait de rarc-enciel et du tirelis d'alouettes. Cependant, ils mettaient à disparaître une grâce spéciale. Etant plats et légers de nature, ils se jouaient sur les eaux en mille ricochets. Quekxues-uns, comme de jeunes requins, plongeaient, bondissaient et rebondissaient, jusqu'à perte de vue.
Ce beau jeu aussi eut sa iîn. Le prince et Saturne s'aperçurent qu'ils avaient jeté toute leur richesse ; que de tout ce qu'ils avaient emporté avec eux, il ne leur restait presque rien.
Cependant leurs âmes s'en étaient allégées. Ils avaient ri et souriaient encore. Pendant une heure, ils étaient redevenus des enfants. Une profonde paix se fit dans leurs pensées.
Lorsqu'ils remontèrent sur le pont ils virent que le bateau ne s'était pas moins élevé que leurs âmes. C'était à peine si sa quille effleurait encore les eaux.
A la tombée de la nuit, le prince s'était remis au gouvernail, Saturne lui apporta, comme de coutume, quelques mots qu'il plaça à ses pieds, sous la lumière de la terre.
Mais, ni cette nuit ni les autres, le prince ne
découvrit encore ceux que cherchait son âme, malgré que de lointaines lueurs lui en signalassent rapproche.
— Je désire, j'espère encore, s'écria-t-il ; apportez-les moi, car c'est dans cette voie que je cherche. Il me semble que je touche le fond de mon âme.
Et Saturne apporta ces deux derniers mouvements latents, qu'il posa auxpieds du prince, comme des serpents mystérieux. Celui-ci les considéra toute la nuit, et toute la nuit une extraordinaire flamme brûla dans ses yeux. A l'aube cependant, ses yeux s'assombrirent, et saississant les deux verbes verts, il les jeta loin de lui dans les eaux.
— Il ne nous reste donc rien, soupira Saturne.
— Allez ! dit le prince, voyez, cherchez encore, fouillez dans la poussière, peut-être cxiste-t-il un dernier mot, et peut-être est-ce celui-là !
Et Saturne disparut sous le pont et se mit à fouiller dans les ténèbres.
Le prince demeura seul. La nuit tombait. Plus un souille n'était vivant dans l'espace. Les voiles, le long des mâts, pendaient im-
mobiles, comme les feuilles d'une immense plante endormie. Seule, dans le pale azur, comme une rose blanche, se levait radieuse, la terre.
La mer devint aussi calme que l'air. Elle était si diaphane, si invisible sous cette clarté qu'elle ressemblait, jusque dans ses profondeurs les plus lointaines, à de l'air, mais plus subtil encore ; à du pur espace à travers lequel passait, sans un reflet, la pure lumière.
Au fond de l'abîme, cependant, elle reposait, comme un voile d'argent, sur une flore immobile, ruisselante de perles.
Le nef, au-dessus de ce monde loijitain, semblait flotter détachée de toute attache, libre dans le ciel, comme une étoile. Ils étaient dans la mer de la Sérénité.
Dans l'éternel silence, tout à coup, le prince entendit une voix inouïe. Elle venait des profondeurs de son être, et montait sur ses lèvres en chantant. C'était son âme.
Et il fut aussi plein de chansons et de frissons qu'une forêt qui s'éveille.
En ce moment, vSaturne reparut. Son visage souriait. Il tenait dans ses mains, comme dans un coupe, quelque chose q^i scintillait.
— Maître, dit-il, c'est tout ce qui nous reste, ce petit verbe qui tremble dans mes mains, comme une larme, et bat comme le cœur d'un oiseau de paradis ; c'est J'Aspire. Voyez, je le lève dans la lumière.
Et le prince, s'agenouillant, joignit les mains ; et, doucement, il répéta : Dans la luniière. . . J'Aspire ! . . .