LA SURVENUE
Eu ces matinales nympliées L'une est venue et l'autre aussi ; Puis il en vint qui étaient fées, Mais la plus belle est celle-ci :
Quoique ayant traversé le monde, Quoique vieille de milliers d'ans, C'est une fille aux boucles blondes.
Une enfant parmi les enfants.
Au pays où naît la lumière.
Ouvrant ses doux yeux éternels.
Par delà la mer solitaire Elle est née, un jour solennel.
Au bord de sources enchantées, Dans de grands jardins somnolents, Des esclaves l'ont éventée Avec de sourds éventails blancs.
D'autres oignirent son corps brun De ruisselants et clairs parfums, Pour qu'elle fût brillante et belle, Et que la mort glissât sur elle.
Et puis au gré de son destin Sur les eaux de la mer solaire, Elle est partie un beau matin, Dans le vent qui soufflait de terre.
Et maintenant elle est venue Jusque sous notre ciel brumeux, Et sa pensée est devenue Un vague crépuscule bleu .
Faible et i)âlie, un peu morose, Couleur du temps, couleur des choses, Moitié lune, moitié soleil.
Demi-songe, demi-réveil.
Et sa voix divine a chanté.
En son mystérieux langage.
Le doux songe de la beauté A travers de pâles images.