SONGE
Sur mes seins, mes mains endormies Lasses des jeux et des fuseaux, Mes blanches mains, mes mains amies Semblent dormir au fond des eaux.
Loin des peines tristes et vaines, En ce trône de ma beauté.
Calmes, lentes et frêles reines.
Mes mains songent de royauté.
Et seule dans mes tresses blondes, Et mes yeux clos comme jadis,'^ Je suis Tenfant qui tient des mondes, Et la vierge qui tient des lys.
Sur mes seins, mes mains endormies Lasses des jeux et des fuseaux.
Mes blanches mains, mes mains amies Semblent dormir au fond des eaux.
SORTILEGE
Nul de nous ne prend garde
x\ celles dont l'étrange chant,
Si simplement, on dirait par mcgarde
Et comme en se jouant,
Tisse autour de nous, dans le crépuscule,
Gomme un voile d'enchantement ;
Un voile de songes pâles et roses,
Qui semble du feu dans Tair dissous.
Qui s'étend et s'interpose
Peu à peu entre le monde et nous,
Un voile aux subtils entrelacs
De rosacées et de campanules.
Un voile dont nous ne sortirons pas.
Nul de nous ne prend garde
A celles qui, mystérieusement.
Un étrange sourire aux lèvres.
Alors que nos âmes s'attardent
A de vaines chansons d'enfants.
Tracent autour de nous, comme en rêve.
Et comme en se jouant.
Des cercles de petils pas enchantés.
Toujours plus étroits et plus rapprochés,
Qui nous ferment, peu à peu, à la ronde,
Tout le vaste horizon du monde.
Des cercles dont nous ne sortirons pas.