Idem
Auparavant, lorsque le Roi voulait avoir Molière à Saint-Germain, à Versailles ou à Chambord, Molière fermait son Théâtre et partait avec ses camarades. Paris attendait. Depuis la Jonction, le Roi, et c'est là sa grande munificence envers ses sujets, ne veut plus que Paris soit sacrifié à ses plaisirs. Service du Roi, service du public, les deux doivent aller de pair. « La Troupe est si nombreuse, dira bientôt la préface du Molière de 1682, que souvent il y a comédie à la cour et à Paris en même jour, sans que la cour ni la ville ne s'aperçoivent de cette division. »
Voilà qui est net. Malgré cette assurance positive, les choses sont loin de s'arranger sans peine. A supposer que ni la cour ni la ville ne s'aperçoivent de la division, et cela est douteux, on s'en aperçoit au Théâtre. La division y est, dans quelque sens qu'on l'entende. Si le Roi doit passer deux mois à Fontainebleau, comme en août et en septembre 1681, la Troupe est partagée en deux séries pour les deux moitiés du voyage. Aussitôt les deux séries se jalousent. Ni l'une ni l'autre n'est bien satisfaite du mois qui lui est échu. Ceux qui partent les premiers voudraient ne rentrer à Paris qu'avec octobre et la cour ; ceux qui restent n'ont jamais trouvé aussi triste de jouer à Paris, en pleine saison d'été, et soupçonnent qu'arrivés à la cour leurs camarades les y desservent.
Ordre pour Fontainebleau 1 , porte en tête une troisième lettre de M. Duché, écrite le 5 août à La Grange :
« Il est vray, Monsieur, que dans le temps que j'ai receu votre lettre, le Roi avait desjà ordonné, auec la plus
4 . Ordre pour Fontainebleau est une correction. Il y avait d'abord à Fontainebleau seulement.
grande bonté du monde pour touste votre trouspe, quelle sera employée pour son seruice et pour vostre utillité, suiuant le Mémoire que je vous enuoie pour en informer, s'il vous plaist, tous vos camarades qui sont à Paris, afin qu'ils puissent prendre leurs mesures là-dessus comme . ceux d'icy. Je vous assure, Monsieur, qu'on n'en peut pas uzer plus honnestement qu'ils ont faict pour tous les absens et qu'ils en seraient demeurez à Marianne, si le seruice ne les auait obligé de ce mettre en estât de faire tout ce qu'il plaira à Sa Majesté, jusqu'au dernier de ce mois, comme vous aurez le mesme auantage, quand vous serez icy jusqu'au mois d'octobre. Vous estes si sage et si raisonnable, que je ne doute pas que vous* leur faciez comprendre aisément l'obligation que vous auez tous à Sa Majesté, et que vous ne soyez bien persuadé, Monsieur, . que je suis vostre très-humble et très-obéissant serviteur,
» Duché. »
Le sens de la lettre se perd un peu, dans les sousentendus ; mais voici une note * sans date et sans signature, écrite de la même main toutefois, qui peut aider à le faire comprendre :
« Si tous vos camarades qui sont icy, » c'est-à-dire à Fontainebleau, « font bien réflection sur la proposition que je leur ay faicte ce matin, pour l'intérest de la trouspe, ils se mettront en estât d'asprendre incessamment la pièce de M. le clerc, pour la jouer deuant le Roy, au lieu de Marianne. Ils m'ont demandé jusqu'à demain pour me dire leurs sentimens là-dessus. Je-souhaiste qu'ils aient tout le respect et toute la complaisance qu'ils