DOSSIER
(Archives de la Comédie -Française.)
Février 1681.
Aux trois lettres et à la note de M. Duché que nous avons données plus haut, se trouve jointe cette seconde note écrite de la même main :
VUndy 10. Comédie Italienne sur le Théâtre.
Mardy 11. Balet.
Mecredy 12. Bal, ché M de la dauphine.
Jeudy 13. Balet.
Vendredy 14. Comédie sur le Théâtre.
Sabmedy 15. Balet.
Dinmanche 16. Bal ché M de la dauphine.
LUndy 17. Ballet.
Mardy gras 18. Bal en masque dans la grande salle.
C'est le programme des divertissements de Saint- Germain, arrêté pour les neuf derniers jours du carnaval.
La Gazette se tait sur ces fêtes de la Cour ; mais le Mercure y qui les décrit en détail, explique indirectement le silence du journal officiel :
« La plupart des Comédies que Ton a jouées à Saint- Germain ont été représentées dans l'antichambre de M me la Dauphine. Le Roi, entièrement occupé des soins de l'État, auxquels ce Prince se donne avec une application inconcevable, ne s'est trouvé à aucune. Sa Majesté a vu seulement la représentation de la Devineresse , qui s'est jouée sur le théâtre du Ballet. » — De Visé, directeur du Mercure galant, ne pouvait pas oublier sa Devineresse.
Plus loin, à l'occasion du mardi gras et du « bal en masque » traditionnel : « Le Roi, qui ne prend ces sortes de divertissements que pour les donner à la Cour, ne mit ce soir-là qu'une robe de chambre très-riche et un chapeau avec un bouquet de plumes. »
Singulier costume ; mais enfin c'était une manière de rester en dehors des plaisirs mondains ou de les concilier avec la grande affaire du moment, la destruction de l'hérésie.
Le Ballet du lundi, 17, n'en fut pas moins trèsbrillant ; on y remarqua surtout l'entrée du Dauphin :
« M gr le Dauphin, dit toujours le Mercure, était chef d'une troupe d'Indiens ou Sauvages. Des plumes de quatre couleurs composaient tout l'habillement. Celles qui étaient sur le corps, les bras et les chausses étaient de petites plumes d'oiseau attachées par des nuances de différentes couleurs. Le tour du col, celui des épaules, le tour des bras, la ceinture et les jarretières étaient de plumes
d'àutrùche assez grandes, sur le pied desquelles on voyait une chaîne de rubis et de diamants. Le tonnelet et les lambrequins étaient aussi de plumes de différentes couleurs, avec une nervure de plumes noires dans le milieu de ces lambrequins. On avait enchâssé sur cette nervure des rubis et des diamants dans des roses de broderies d'or. Le même dessin paraissait observé dans la coiffure. Les bas et les souliers étaient de couleur de feu, brodés d'argent, et le masque de la même couleur. »
Quant au spectacle qui se donna le vendredi, 14, sur le théâtre (non pas dans l'antichambre de la Dauphine) , il se composait de Zaïde S une des dernières nouveautés du Théâtre, et du Baron de la Crasse 2 . Voir La Grange ; car le Mercure ne dit rien de la représentation, n'y ayant point d'intérêt personnel. Pourquoi la Dauphine n'avaitelle pas demandé la Comète 3 ?
4 . Zaïde, tragédie en cinq actes en vers de La Chapelle. 26 janvier 4 684 .
2. Le Baron de la Crasse de Raymond Poisson, un acte en vers joué à l'hôtel de Bourgogne (4662), un peu avant que le Palais-Royal donnât l'École des Femmes* Sans être bonne, la pièce est très-curieuse et vaut beaucoup mieux que son titre. M. Samson, Téminent comédien, a mis dans sa Famille Poisson quelques vers censés pris au Baron de la Crasse; mais ce sont des vers de fantaisie, gaiement improvisés pour le besoin de la fable, et qui n'appartiennent aucunement au célèbre fondateur de la dynastie des Grispins.
3. La Comète, jouée le 29 janvier, n'était qu'à sa sixième représentation. 11 est vrai qu'elle s'en, tint là. On attribue également la pièce à Fontenelle et à de Visé. La Grange seul l'attribue, qui le croirait? au « fils de M. de l'Isle ». Thomas Corneille (M. de l'Isle) avait effectivement un fils, mais peu connu et peu suspect de comédie. Si La Grange n'a pas écrit par distraction « le fils » pour le neveu, peut-être Fontenelle s'était-il dissimulé derrière le nom de son cousin. Moins de deux mois après les sifflets û'Aspar, c'était de la prudence.
Quant au « fils de M. de l'Isle », d'après une tradition de famille que nous communique gracieusement M. Corneille (de la Bibliothèque
La Devineresse avait été représentée le 6 sur le théâtre du Ballet, non pas précisément à cause de l'importance de l'ouvrage, mais à cause de la fantasmagorie et des transformations qui demandaient un théâtre à machines.
de l'Université), il avait un emploi dans les gabelles et mourut à Y près, du temps où Ypres était ville française, en vertu du traité de Nimègue.