ET DE
Marie Ragueneau 1 .
24 avril 1672
Par-devant Claude Ogier et Camille Clément, notaires gardes-nottes du Roy au Châtelet de Paris, furent présens de leurs personnes :
Charles Varlet , sieur de La Grange, demeurant à Paris, rue S 1 Honoré, paroisse de S 1 Germain de l'Auxerrois, fils de feu Hector Varlet, capitaine du château de Nanteuil et de deffunte damoiselle Marie de La Grange, jadis sa femme, ses père et mère, pour luy et en son nom d'une part,
Et Damoiselle Marie Ragueneau, majeure, usante et jouissante de ses biens et droicts , demeurante à Paris, susdite rue et paroisse, fille de défunt le sieur Ciprian Ragueneau, bourgeois de Paris, et de Damoiselle Marie Brunet, jadis sa femme, aussy ses père et mère, pareillement en son nom d'autre part ;
4 . Transcrit par les soins obligeants de M. Vaudoir-Lainé, d'après un texte de laborieuse lecture.
Les quelles parties, en la présence, par l'advis et consentement de leurs parents et amis, cy après nommés, savoir :
De la part du dit sieur de La Grange, Achilles Varlet, sieur de Verneuil, son frère, et de sieur Pierre de La Barre, ordinaire de la musique du Roy, son amy,
Et de la part de la dite Damoiselle Marie Ragueneau, de Marie Ragueneau, sa tante, 611e majeure, sieur Èdme Vilquin, bourgeois de Paris, Damoiselle Catherine Leclerc, sa femme, et Jean Vilquin, dit de Brie, leur fils, de sieur Jean Baraillon, Tailleur ordinaire des Balets du Roy, sieur Guillaume Castel, maître tailleur d'habits à Paris, Françoise Jeanne Léonard sa fille, — ses amys * ,
Ont recogneu avoir fait et accordé entre elles leur contrat de mariage, dont douaire et conventions sy ensuivent.
C'est à savoir que les dits sieur La Grange et Damoiselle Marie Ragueneau, ont promis se joindre l'un l'autre par voie et loy de mariage et iceluy faire et solempniser en face de notre mère sainte Église Catholique, apostholique et Romaine, dans le plus bref temps que faire se pourra et qu'il sera advisé et deslibéré entre eux et leurs dits parents et amis, sy Dieu et notre mère
4. « Je remarque, dit M. Jal, après avoir donné en extrait l'acte de mariage du 25, que Molière n'assista point au mariage de son camarade, de son ami La Grange. Sans doute il était souffrant et avait dû garder le lit. » C'est une raison assez probable; mais il semble aussi que La Grange n'ait voulu faire aucun bruit de son mariage et qu'il en ait écarté la famille des comédiens. Peut-être celle-ci, peut-être Molière lui-môme n'approuvaient-ils pas cette union inégale sous tous les rapports. Quoi qu'il en soit, à voir dans ce contrat La Grange se présenter avec son frère et un ami seulement, Marie Ragueneau avec son escorte de parents et alliés, on est porté à croire que c'est elle qui triomphe par devant témoins et qui épouse solennellement son mari.
sainte Église y consentent et accordent, se joindront ' les dits futurs espoux ;
Aux (quant aux?) biens et droicts à chacun d'eux appartenans pour être communs, seront iceux futurs espoux unis et communs de tous biens, meubles et conquets immeubles, suivant et au désir de la coustume de leur ville, prévosté et viconté de Paris, au désir de la quelle, leur dite communauté sera réglée.
Ne seront néangmoins tenus des dettes et hipothèques l'un de l'autre, faictes et créées avant la célébration du dit futur mariage; ainsy, sy aucunes y a, elles seront payées et acquittées par celuy qui les aura faictes ;
De la part du dit futur, sera faict un bref état de ses biens et effects entre luy et la dite damoiselle, sa future
espouze, auparavant la célébration du dit futur mariage,
et le quel demeurera attaché à la minute des présentes; et d'iceux biens et effects du dit futur espoux, il en entrera la somme de trois mil livres en la dite future Communauté, et le surplus sera et demeurera propre au dit futur espoux et aux siens de son côté et ligne ;
Le dit futur espoux a doué et doue la dite Damoiselle future espouze de la somme de trois mil livres tournois de douaire préfix pour une fois payé et sans retour.
Le survivant des dits Sieur et Damoiselle futurs espoux prendra par préciput, des biens de la communauté, tel qu'il voudra choisir et sans creue, jusques à la somme de quinze cens livres ou la dite somme en deniers comptans au choix du dit survivant,
Sera permis à la dite Damoiselle future espouze de renoncer à la dite future communauté, et, ce faisant, reprendra tout ce qu'elle y aura apporté et ce que pendant il luy seroit advenu et écheu par succession, donnation ou autrement, aussy ses douaire et préciput tels que dessus,
franchement acquittés de toutte debte et hipothèque de la dite communauté, encore que la dite future espouze y eust parlé, s'y fust obligée ou y eust été condamnée ; dont elle sera acquittée sur les biens du dit futur espoux ; pour raison de quoy et des autres conventions cy dessus il y aura hipothèque du jour d'huy ;
Et, en considération du dit futur mariage et de l'affection que la dite Damoiselle ou future espouze se dit avoir et porter au dit Sieur futur espoux, elle a par les présentes faict donation entre vifs, ce irrévocablement, et dans telle autre meilleure forme que donation peult valloir, au dit Sieur de La Grange, son futur espoux, ce acceptant, de tous et chacun les biens meubles et immeubles qui se trouveront appartenir à icelle damoiselle, au dit sieur futur espoux, au jour de son décès, en quoi qu'ils puissent consister, à l'exception seulement de la somme de trois mil livres que le dit Sieur de La Grange se réserve pour en disposer en la manière ainsy et ainsy (sic) et en faveur de qui il advisera, pour en jouir, faire et disposer par elle de la manière et aux charges, clauses et conditions suivantes, savoir qu'elle le survive et qu'il n'y ait point d'enfans vivans lors du décès du dit sieur futur espoux aussy nez et procréez du dit futur mariage, et à condition qu'elle demeurera en viduité ;
Et, en cas qu'elle convolle en secondes noces, tous les dits biens du dit Sieur de La Grange, futur espoux, seront partagés entre elle et Achilles Varlet, sieur de Verneuil, frère du dit sieur futur espoux, également, ou lès enfants d'iceluy sieur de Verneuil 1 , en cas qu'il soit déceddé et ait laissé aucuns enfants, sinon aux autres héritiers collaté-
4 . Verneuil n'était pas encore marié, il ne le fut que dix-neuf mois plus tard, le 25 novembre 4673, et devint père de.pîusieurs enfants.
raux, soit dudit sieur futur espoux ou du dit sieur de Verneuil ou à ses enfants par moityé, si mieux n'ayme leur bailler et payer la somme de six mil livres à son choix et option, au susdit sieur de Verneuil, ses dits enfants ou autres hoirs collatéraux, soit d'iceluy Sieur de La Grange, futur espoux ; au dit cas, faict donnation de la susdite moitié ou de la susdite somme de six mil livres tournois, au choix de la dite future espouze, ce qui a esté accepté par le dit Sieur de Verneuil soit pour luy, comme dit estoit, pour ses susdits enfants, hoirs, collatéraux, et comme il a esté cy dessus dit et exprimé, et, la dite damoiselle future espouze demeurant en viduité, comme dit est, et en ce cas et non autrement, icelle damoiselle a donné et donne au sieur de Verneuil, en cas qu'il la survive, ou bien aux enfants qui se trouveront vivans d'iceluy sieur de Verneuil, sy aucuns, à tous et chacun, les biens meubles et immeubles qui se trouveront appartenir à icelle damtfiselle future espouze, au jour de son décès, en quelque monnaie et en quelque sorte et manière que ce puisse estre, pour en jouir, faire et disposer par le dit sieur de Verneuil ou ses dits enfans en pleine propriété et comme de leur chose, ce qui a esté accepté par le dit Sieur de Verneuil, tant pour lui que pour ses dits enfans.
Car (par?) ainsy et par ces présentes faisons assavoir au greffe des insinuations du Châtelet de Paris et partout ailleurs qu'il appartiendra : les dits sieur et Damoiselle futurs espoux et sieur de Verneuil ont faict et constitué leur procureur le porteur des présentes, au quel ils ont donné pouvoir, et d'en requérir les actes nécessaires , % promettant et obligeant chacun en droict soy renoncer.
Faict et passé à Paris en la maison où la dite Damoiselle future espouze est demeurante , l'an 1672 , ce vingt
quatriesme jour d'avril, avant midy, et ont signé la minute demeurée vers et en la possession de Clément notaire. Signé : Ogier et Clément.
L'an MDCLXXII, mercredi troisième jour d'Aoust, le présent contrat a esté apporté au grefe du Châtelet de Paris et insinué, etc. . .
... Le quel acte est registre au présent registre, 139 e volume des insinuations du dit Châtelet, etc.
Archives nationales (Y 224, f» 333, v°).
Un compliment de La Grange
l'ambassade de si a m et la comédie-française Extraits du Mercure galant.
CE QUI S'EST PASSÉ A LA COMEDIE, LE PREMIER JOUR QUE LES AMBASSADEURS T ONT ETE.
« ... Ayant vu jouer le Bourgeois gentilhomme 9 il (M. l'Ambassadeur) comprit tout le sujet de la pièce sur ce qu'on lui en expliqua : et dit à la fin qu'il aurait souhaité qu'il y eût eu dans le dénouement de certaines choses qu'il marqua. M. de La Grange dit dans son compliment « Qu'ils (les Comédiens) avaient été souvent honorés de la présence de plusieurs Ambassadeurs, qui, poussés par leur curiosité, étaient venus admirer leurs spectacles, mais qu'ils n'avaient jamais eu l'avantage de voir chez eux des personnes dont la qualité de l'Ambassade, dans toutes ses circonstances, eût plus attiré d'admiration, et que c'était ce qui leur arrivait, ce jour-là, par leur présence; que toute la France était pleinement informée de l'estime particulière que notre Monarque faisait de leur mérite; et qu'aussi s'empressait-on à leur rendre de toutes parts les honneurs dus à leur caractère, chacun allant * au-devant de tout ce qui leur pouvait être agréable ; qu'il aurait été à souhaiter pour
la Troupe qu'un peu d'habitude de la langue française leur eût rendu la pièce intelligible, afin qu'ils en eussent pu sentir la beauté : ce qui leur aurait mieux fait comprendre le zèle avec lequel ils s'étaient portés à leur donner quelque plaisir: qu'ils priaient leurs interprètes de le leur faire entendre, aussi bien que le désir qu'ils avaient de contribuer encore à leur divertissement pendant leur séjour à Paris. » Ce discours reçut beaucoup d'applaudissements, et l'Ambassadeur ayant rencontré M. de La Grange, lorsqu'il sortait de la Comédie, lui dit en français : « Je vous remercie, monsieur le Marquis, » parce qu'il avait joué le rôle du Marquis dans la pièce. » — Septembre 1686, 2* partie, p. 275-279 1 .
LES AMBASSADEURS SONT INVITES, APRÈS LEUR VOYAGE EN FLANDRES, A UNE FETE DONNEE