I. V. supra, p. 21 et
n'oubliât pas Nathalie qu'il connaissait mieux, dont l'âge était le même que le sien et dont l'amitié paraît avoir, dès le début, laissé dans son cœur un ineffaçable souvenir.
Nathalie, du reste, ne s'y est pas trompée. A propos d'un roman de Miss Edgeworth, Hélène \ où l'un des personnages récite une dizaine de vers de la poésie Toujours je la connus^ Mme Vertel écrit, après la copie du passage qui avait été faite par son fils : (( Ces vers faits pour Mme Vertel par M. Sainte-Beuve et qui sont dans son recueil de poésies de Joseph Delorme ont été intercalés dans le roman d'Hélène par Maria Edgeworth. »
Cette constatation suggère une hypothèse.
La première poésie de l'ouvrage Vie^ poésies et pensées de Joseph Belorme^ sous le titre « Premier amour », contient de la
I. Traduit de l'anglais par Louise Sw Relloc, t. I"" p. 36i et 362.
part de Sainte-Beuve une confession qui paraît bien se rapporter au sentiment que lui avait inspiré Nathalie Oudot. Après avoir rappelé
Le velours de sa joue et sa fleur de jeunesse. Et ses grands sourcils noirs couronnant tousses
[traits, il raconte la scène suivante :
Un soir je lui trouvai de moins vives couleurs • ••••••••••••. ••
Le lendemain un autre avait reçu sa foi.
Par le vœu de ta mère à l'autel emmenée
Fille tendre et pieuse, épouse résignée,
Sois heureuse par lui, sois heureuse sans moi.
Sans être pour cette poésie aussi affirmatif que pour le morceau « Toujours je la connus », nous inclinons à penser que la pensée de Nathalie n'y a pas été étrangère. « Les grands sourcils noirs » sont la reproduction presque textuelle du dix-huitième vers de « Toujours je la connus », ainsi conçu :
Et deux longs sourcils noirs qui se fondent en-
[semble
D'autre part, Tallusion faite au mariage consenti « par le vœu de sa mère » et le soupir :
Sois heureuse par lui, sois heureuse sans nioi^
paraissent rappeler directement à la fois les conditions dans lesquelles Nathalie s'est mariée et le dépit que Sainte-Beuve dut concevoir de cet hymen.