‹ Charles Vertel, Nathalie Oudot et Sainte-BeuveChapitre 27 sur 72 · ÉPREUVES DE NATHALIE VERTEL · texte numérisé non relu

ÉPREUVES DE NATHALIE VERTEL

Le 7 décembre 1839, sa sœur Clotilde meurt. Quatorze mois plus tard le sousintendant Vertel recevait de l'intendant de la troisième division, une lettre qui lui annonçait « sa mise à la retraite par ancienneté ».

J'étais loin de penser, mon cher camarade, écrivait l'intendant à son subordonné, que je serais privé aussi promptement de vos bons et loyaux services dont je me plais à constater toute l'efficacité; et je m^étonne que M. le ministre de la Guerre ait pu faire prendre une décision qui prive le corps de l'intendance d'un fonctionnaire aussi utile que dévoué : ce ne peut être que le résultat d'une mesure générale basée sur l'âge et la durée des services; et, si quelque chose peut vous consoler de cette retraite anticipée, c'est sans nul doute le regret qu'elle fait éprouver à tous vos camarades.

Cette retraite réduisait dune manière sensible les ressources de la famille. Nathalie Oudot et le capitaine Vertel ne s'étaient pas mis en ménage avec des dots bien opulentes. Celle du capitaine était

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évaluée à dix mille francs « tant en argent que rentes, créances et effets mobiliers ». Celle de la future avait consisté « dans la part qu'elle avait à recueillir dans la succession de son père dont elle était héritière pour un tiers et qui n'était pas encore liquidée, et dans une somme de six mille francs, tant en bijoux et effets mobiliers qu'en habits, linge et bardes provenant de ses gains et épargnes )). Au résumé, et si on observe que les déplacements de ce ménage d'officier, aux quatre coins de la France, de Briançon à Calais, de Calais à Laval, de Laval à Digne ,et de Digne à Nancy, avaient absorbé le plus clair de ses économies, la solde du mari devait constituera elle seule toute la fortune de la famille.

Sa pension de retraite étant insuffisante, le père de Charles Vertel prend un parti énergique. Comme il est encore actif et vaillant, il va tenter fortune en Amérique. Il part au commencement de l'année 1842. Dans une lettre datée du 20 avril 1843 et

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adressée de New-York à sa fille Noéma, il a fait lui-même le récit de son voyage, de ses espérances et de ses déceptions. A cette époque, il n'avait pas encore pu mettre à exécution, faute d'argent, un grand projet qui, d'après lui, devait le conduire à la fortune; il avait été réduit à végéter, ses entreprises n'ayant pas réussi. Depuis le début de l'année 1843, il était, de plus, continuellement malade. Il se consolait de sa solitude et de ses privations en essayant de donner des leçons de français et de publier des vers pour les Français habitant New-York. Mais les élèves ne viennent pas et l'éditeur du poème fait des conditions trop rigoureuses ; il est réduit à envoyer le manuscrit à sa fille, a Ton oncle et Sainte-Beuve, écrit-il, pourront donner leur opinion sur son mérite. »

A la fin de l'année 1843, découragé, malade et ayant perdu en Amérique le peu d'argent qu'il y avait emporté, il se décide à rentrer en France. Pour surprendre sa famille, il n'annonce pas son retour. Il

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