CARACTÈRE DE M"»'" VERTEL
sœur, puis beaucoup de reconnaissance; croire que Ton a besoin d'être conseillé, guidé, et que le jeune homme le plus instruit et le plus spirituel n'est pas aimé s'il n'est pas soumis, voilà ce qu'il faut faire. Charles, j'ai eu du chagrin hier soir, beaucoup; j'en ai encore ce matin; et cette lettre ne te dit pas la millième partie de tout ce qui remplit mon cœur. Pendant quatorze ans, je t'ai conseillé avec un soin journalier, comme l'horticulteur prend soin d'une plante bien rare. Cette plante tout le monde l'admire; le jardinier est content! Et moi, je te demande de me rendre heureuse; je te demande aussi de lire ma lettre doucement en y plaçant la ponctualion. J'aime tant une lecture bien faite.
Cette fin de lettre décèle un autre trait du caractère de Mme Vertel : elle avait Tamourpropre d'auteur. La correspondance et les relations qu'elle continuait d'entretenir avec des littérateurs comme Sainte-Beuve, Verconsin ou Jules Janin, les poésies qu'elleavait reçues d'eux, celles qu'elle composait et pour lesquelles elle sollicitait leur approbation, une nature qui répugnait à la médiocrité, tout cela servait d'aliment oa
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d'excitant à ses prétentions littéraires.
On ne peut s'empêcher d'ailleurs d'admirer la fierté peu commune qu'au milieu de sa détresse montrait cette ancienne pensionnaire de la Légion d'honneur, fdle d'un brave tombé au champ d'honneur; et on est bien obligé de reconnaître que cette préposée au bureau de distribution de papier timbré pour le quartier des Quinze- Vingts était, par l'accueil à la fois aimable et un peu hautain qu'elle faisait — paraît-il — au public, une fonctionnaire vraiment originale dans l'administration à laquelle elle appartenait.
De chercher par tous les artifices possi- J
blés à émouvoir son fils sur son sort, 1
Mme Vertel avait bien des raisons, dont la principale était que sa détresse était vraiment grande et dont la plus immédiate était qu'en cette même année 1853, elle avait eu le chagrin de voir sa fille Noéma abandonner la situation de novice à la maison de la Légion d'honneur, à laquelle elle avait été nommée, pour faire un