CHARLES A TREIZE ANS
que ce qu'il a : c'est déjà un sage.
Sa délicatesse de sentiments est telle qu'il craint toujours, — quelque attention qu'il y mette, — de ne pas prévenir assez tôt les désirs de sa mère. Quand il lui arrive d'être triste, c'est lorsqu'il constate son impuissance à aider sa mère autant qu'elle en aurait besoin.
Le 24 janvier 1852 (il a treize ans et demi), il fait les réflexions suivantes :
Courage, zèle, dévouement, patience, persévérance, telles sont les qualités de ma chère maman. Je prie Dieu de la faire réussir. Il le faudrait bien, mon Dieu. La vue de maman me faitde la peine. Elle est vivement affectée et trop fatiguée. Oh! si j'étais grand; si je pouvais par montravaildonneràmamanunpeu de repos IDans quelques années, je comprendrai mieux les sacrifices et les marques de tendresse que maman a faits pour m'élever, car sa tendre sollicitude a été de tous les instants puisque, dès le jour de ma naissance, ma santé a motivé ses inquiétudes. Oh î ma bonne maman chérie, que je voudrais te voir dans une position digne de toi et qui permettrait à ton corps de reposer ses membres fatigués. Et
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puis, je le vois bien, chaque jour à mon occasion le monde est injuste envers toi' : les discours et les appréciations du monde, o ma chère maman, me paraissent bien cruels. Le monde est donc fait ainsi qu'il juge tout sur les apparences et qu'il croit peuaux existencesdévouées. Chère et bonne maman, si tu savais combien parfois ma pensée d'enfant est sérieuse; mais je suis un enfant et la vue de mes petits oiseaux, la bonne odeur de mes fleurs, la satisfaction que me donne mon travail lorsque tu le trouves bien, la réflétation (szc) du soleil qui éclaire le monde, l'air qu'on respire qui fait aimer la vie, ta voix douce qui me parle avec amour, toutes ces choses qui sont bonnes, qui sont belles, me font oublier nos malheurs ; car je dis, nos malheurs, chère maman, pauvre maman.
Peut-on imaginer nature plus exquise que celle de l'enfant de treize ans qui écrivait ces lignes? Il ne se borna d'ailleurs
I. Il est vraisemblable que l'éducation un peu singulière et originale que Mme Vertel donnait à son fils, et où peut-être l'amour de la mère se montrait à la fois égoïste et désintéressé, avait provoqué des conseils, voire même des critiques de la part des familiers.