‹ Charles Vertel, Nathalie Oudot et Sainte-BeuveChapitre 50 sur 72 · UNE IMAGE DE PIÉTÉ · texte numérisé non relu

UNE IMAGE DE PIÉTÉ

Or, Sainte-Beuve adressait à Mme Vertel, sur une carte de visite, le compliment suivant: (( Sainte-Beuve, avec tous mes vœux pour vous, chère Madame, pour Mlle Noéma et pour M. Charles. Quelle jolie image de piété f ai reçue ! Gardez-moi vos bons souvenirs. »

Sainte-Beuve expert en images de piété?

On avouera que l'anedocte ne manque pas de piquant. Il est peut-être un homme qu'elle n'eût pas surpris. C'est le littérateur PhilarèteChasles, qui, sous le titre «portrait ressemblant » , a certainement voulu peindre Sainte-Beuve en ces termes :

Vous voyez ce portrnit câlin D'un bonhomme de sacristain, Dont la lèvre a l'air patelin; La bouche, de travers et triste, Aigrement sourit au prochain.

Tremblez, le bonhomme est malin; De ruses c'est un grand artiste ; Il a cent raisons de sophiste Pour se défaire du voisin ; Il est libéral, monarchiste Gallican et républicain ;

PORTRAIT Di: SAINTE-BEUVE 91

Il est croyant et panthéiste,

Il est athée, il est chrétien ;

II est catholique et payen ;

Il est Platon et Trisméi^iste ;

Rigide académicien ;

Farceur, causeur et journaliste.

En vain vous suivriez la piste

De cet autre Jeannot Lapin.

Le madré plus que vous est fin.

Notre homme, auquel rien ne résiste,

Ne se met en défaut sur rien ;

Car ce jésuite est janséniste ;

Ce tartuffe est voltairien.

Mais revenons à Charles Vertel. Ni l'âge ne l'avait émancipé ; ni ramélioration de sa situation n'avait relâché l'attachement qui le retenait auprès de sa mère.

Son Journal révèle qu'il partageait son temps entre ses occupations professionnelles au ministère des Finances ou chez M. Lombart et ses devoirs fdiaux. Les personnes qui rendaient visite à Mme Vertel le soir ou le dimanche trouvaient toujours Charles à ses cotés. De cette piété fdiale, Sainte-Beuve rendait ainsi témoignage.

J'ai eu bien du plaisir, écrivait-il à MmeVertel le 22 lévrier 1860, à voir voire aimable fils, cet enfant d'autrefois devenu un homme et resté un fils si bon. Vous me donnez des détails qui me vont au cœur. Soyez bien sûre qu'au milieu de tous mes tracas et de mes paperasses^ je reste fidèle à tous les meilleurs elles plus frais souvenirs du passé. Je salue avec grand respect Mlle Noéma et vous prie tous de me garder vos aimables sentiments. — Sainte-Beuve.

Mme Vertel éprouva la délicatesse des sentiments de son fils, dans la nouvelle période de tristesses qui allait succéder au répit dont elle venait de profiter. Elle est d'abord affligée par un nouveau départ de Noéma. Très intelligente, très ambitieuse, aussi autoritaire que sa mère, Noéma, qui avait connu quelques succès littéraires, — elle venait de publier un poème, George et Berthe^ qui lui avait valu des félicitations de littérateurs en renom, — n'avait pas,

I. Sainte-Beuve était depuis iS<i5 membre de l'Académie française, et depuis iS58 maître de conférences à l'École normale. De plus, il écrivait dans de multiples revues.

NOÉMA VERTEL 9^

comme son frère, le caractère assez souple^ l'humeur assez bienveillante, un optimisme assez solide, pour se plier aux désirs de sa mère, comprendre la légitimité de ses exigences, ou s'accommoder de certaines difficultés de la vie en commun. Elle sollicita son admission dans l'administration des télégraphes, et s'en alla à Sainte-Affrique. Le Journal de Charles laisse discrètement percer le chagrin que causa cette nouvelle séparation.

La mort des deux chiens de Mme Vertel, Pytho et Tolla, est, dans un autre ordre d'idées, naïvement déplorée par Charles.

Son cœur si sensible, qui s'attendrissait aux moindres événements, exhale sa peine en ces termes à propos de Pytho. « Grande douleur; car le bon, l'excellent chien est mort aujourd'hui : il avait onze ans et deux mois. C'était un véritable ami. Combien de bonnes caresses nous ont été faites par lui, à combien d'incidents divers n'avait-il pas assisté ! Et que de gentilles et amusantes représentations il donnait dans

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