‹ Charles Vertel, Nathalie Oudot et Sainte-BeuveChapitre 70 sur 72 · DÉLASSEMENTS LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

DÉLASSEMENTS LITTÉRAIRES

paux travaux qu'il a laissés: Sommaires des articles de critique parus dans le Journal des Débats de 1855 à 1910. — Chronologie delaguerrede 1870. — Goupd'œilenarrière:

célébrités disparues (1863- 1 907). — Nomenclature générale des rues de Paris avec étymologie et préface (1863-1911). — Les quarante fauteuils de l'Académie française — Catalogues: collections d'autographes; collections de monnaies et médailles. — Kaléidoscope poétique: choix de poésies de divers auteurs avec préface (deux gros cahiers). — Réunion de rimes modestes.

— Cinquante ans de théâtre à Paris (1855-1904). — Souvenirs évoqués par les chiffres (3^ édit. 1910). — Grandes nécropoles et petits cimetières (1907). — Morales des fabulistes (2^ édit. 1910).

Tous ces travaux sont restés manuscrits. Charles Vertel n'a jamais songé à les publier. Cette discrétion s'explique par deux raisons: d'abord il ne travaillait que pour le plaisir de travailler et ensuite il doutait de la valeur de ses productions.

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Il ne fît imprimer en 1906 qu'une seule brochure, intitulée « Maximes^ pensées et préceptes » ; et encore disait-il timidement, dans sa préface, qu'il n'avait eu l'audace d'éditer cette publication que parce qu'il s'agissait des pensées des autres.

C'était là une modestie excessive. Charles Vertel avait une culture très développée. Il étaitnourri des classiques ; il récitait encore, l'année même de sa mort, Mithridate d 'un bout à l'autre sans en manquer un vers; il répétait en se promenant le premier acte de Gabrielle d'Emile Augier et disait en se jouant le Passant de Coppée. Il aimait les belles-lettres à la passion. Quand on le provoquait, il sortait de sa réserve foncière et animait les conversations par ses saillies. A soixante-treize ans, les monologues, qu'avec sa bonne grâce habituelle il débitait sur l'invitation d'une maîtresse de maison, avec la verve et Tentrain d'un jeune homme, mettaient un salon en liesse. Nul ne savait mieux que lui tourner un sonnet, un quatrain ou une épithalame. Dans un gros

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registre qu'il a intitulé Réunion de rimes modestes il y a des morceaux de tout genre, qui montrent avec quelle souplesse il se pliait à toutes les circonstances de la vie, avec quelle complaisance il sympathisait avec tous les sentiments. Tantôt il est reconnaissant, quand il s'adresse à celle qui égayé son foyer:

Qui donc me rend l'âme joyeuse?

Mary, c'est toi !

Et, si ma figure est heureuse,

C'est encor toi.

Toujours, je pense, ô ma rieuse,

Toujours à toi.

Tantôt il est ému quand il célèbre « les seize ans d'Antoinette » ; tantôt il badine dans les pièces intitulées « le Conducteur d'omnibus » , ce Ce que l'on voit en omnibus » , <( la Meilleure Place en omnibus ». Ce fonctionnaire est même agréablement persifleur, dans les vers composés souslarubrique d'apparence menaçante « Question adressée au nouveau ministre des finances ». Il est

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vrai que, si M . Léon Say les avait lus, il eût été rassuré sur le bon esprit de son subordonné. Un jour — paulo minora canamus — il a rimé à l'adresse de son Trotteur, un Savoisien probablement. Cet humble n'avait jamais reçu de si beau compliment. Le voici. Il est intitulé : « Kloge du commissionnaire.— A. M. Jacques Granet d

Je vous estime fort, utiles Allobroges!

A votre probité, Paris doit des éloges. L'étranger incertain qui cherche un numéro L'obtient gratis au coin qui vous sert de bureau. En juillet, en janvier, qu'on sue ou qu'on fris-

[sonne, Factotums du public, pour quelques maigres sous Vous portez une malle ainsi qu'un billet doux.

11 exhale surtout sa tendresse dans les vers à sa mère et sa joie dans les compliments poétiques qu'il avait coutume de composer quand deux jeunes gens amis se mariaient.

Que dire de sa fidélité à ses amis PQuoique serviable avec tout le monde, il ne se liait pas d'amitié facilement. Mais une fois qu'il s'était lié, il ne se reprenait plus. Rien ne

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le peinait autant que d'entendre exprimer un reproche sur une personne qu'il recevait ou visitait. Le censeur perdait d'ailleurs son temps auprès de Charles Vertel. Quoi qu'on puisse lui dire, un ami était pour lui chose sacrée. Nous avons déjà fait remarquer l'attitude qu'il observe dans son Journal^ à propos des obsèques de Sainte- Beuve'. 11 n'ose risquer le moindre mot de reproche sur l'événement attristant dont il a été le témoin. Ce qui est non moins suggestif dans cet ordred'idées, c'est le silence complet qu'il garde dans ce même Journal sur le rôle de son cousin Courbet pendant la Commune de Paris^

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