ACTE II , SCENE V
YAQOL'B , se tournant.
Votre maître vous dit silence : obéissez !
Tous se taisent.
LE COMTE
Quelle cause amena cette rixe soudaine?
YAQOUB.
Une rixe?... Non pas, maître : c'est une haine....
Une haine, sais-tu ce que c'est? c'est l'enfer,
C'est notre cœur qu'on broie avec des dents de fer ;
C'est une voix qui dit sans cesse à notre oreille :
«Tu dors ! éveille-toi, car ton ennemi veille;
Il frappera demain : frappe donc aujourd'hui;
Il vient de ce côté : vas au-devant de lui. »
Maître, lorsque tachant ces pierres féodales,
Un peu de sang humain se répand sur les dalles ,
Derrière l'assassin un valet empressé
Vient effacer le sang sitôt qu'il est versé...
11 n'en est point ainsi sur notre terre ardente :
Dès lors qu'on a frappé d'une main imprudente,
Que le sang a coulé , que le sable l'a bu , •
Qu'il s'est de sa couleur profondément imbu ,
Les ans peuvent passer, la tache ineffaçable
Restera pour jamais empreinte sur le sable.
Or , il est au désert , à tous les yeux caché ,
Un endroit de mon sang depuis dix ans taché...
Maître , voilà dix ans que dans mon àme émue,
A l'aspect de Raymond la vengeance remue...
Afin de le garder pour ennemi mortel,
Je n'ai point partagé ni son pain ni son sel ;
Car, si plus oublieux j'avais fait le contraire,
30 < HARI ES \ll
Ma loi il. s i , moment me le donnait pour frère ; El i< ne voulais pas.
ii coutb.
l-.li l'icit , si renonçant A demander le ".m;; en échange de vin;; , Ht |. tant ton forfait sur Les moeurs de la race, Jr te plaignais . païen, et je te faisais grâce , Croirai-je que ton coeur, d'un meurtre contenté , Par des désirs de mort ne serait |>lus tenté ; Que Raymond dans sa tombe enfermerait la baine, Et que m resterais tranquille dans ta chaîne ?