‹ Charlesbourg [microforme]Chapitre 73 sur 90 · PR · texte numérisé non relu

PR

Québec. L'hiver n'y est pas aussi rigoureux. Plusieurs espèces de poires délicieuses qui viennent bien à Montréal, ne réussissent pas ici, et la gelée les détruit fréquemment. Québec a genéralement plus de temps pluvieux que Montréal ; le printemps y commence moins vite et l'hiver plus tôt, et toutes les espèces de fruits y mûrissent une

semaine ou deux plus tard qu'à Montréal.

12 août.

Cette après-midi, je suis sorti de la ville avec mon serviteur, pour aller passer une couple de jours à la campagne, afin d'avoir plus de loisir pour examiner les plantes qui croissent dans les bois, et le pays en général. Dans le but de me faciliter cette excursion, le gouverneur-général avait envoyé chercher un Indien de Lorette pour nous servir de guide, et m'indiquer en même temps l'usage que les aborigènes font des plantes naturelles. Cet Indien était:

un anglais de naïssance qui fut pris par

OUéal,

les”

enéque »nce utes une ont-

as VO

les sauvages, il y a trente ans, alors qu'il n'était encore qu'un petit garçon, et adopté par eux, suivant leur coutume, pour tenir la place d'un des leurs tué par l'ennemi. Depuis ce temps il est toujours resté avec eux ; devenu Catholique Romain, il s'est marié avec une femme Indienne, s'habille cemme un Indien, parle anglais et français et plusieurs des idiômes sauvages. Dans les guerres entre les Francais et les Anglais, les tribus amies des Français ont fait beaueoup de prisonniers des deux sexes dans

les colonies anglaises, les ont adoptés et

mariés avec des gens de leur nation. Il s'en suit que le sang indien en Canada est très mélangé de sang européen, et une grande partie des sauvages maintenant vivants peuvent se dire d'origine anglaise. Chose remarquable, la plupart des individus qu'ils ont airsi pris pendant la guerre, et incorporés à leurs nations, les jeunes gens surtout, ont refusé de retourner dans leur pays natal, alors même qu'il était en leur pouvoir de le faire, résistant aux

sollicitations de leurs plus proches

parents, venus exprès pour les chercher,

és DTRN: ce

et préférant la vie licencieuse des sauvages aux douceurs du foyer paternel. Ces Indiens d'adoption s’habillent comme les sauvages, et font tout à la mode indienne. Ce n’est pas chose aisée que dc les distinguer des vrais Indiens, si ce n'est par leur couleur, qui est un peu plus blanche. Il y 4 aussi un grand nombre de Français qui sont allés habiter avec iles Indiers ét ont adopté leur manière de vivre. Au contraire.

c'est à peine si l’on connaît un Indien qui ait adopte les coutumes européennes; ceux qui ont été faits prisonniers pendant la guerre, ont toujours cherché à retourner au milieu des leurs, même après avoir joui, pendant plusieurs années de captivité, de tous les privilèges des Européers en Amérique.

Les terres que nous parcourons sont partout divisées en champs et en prairies ou pâturages. Nous ne voyons que fermes et maisons de fermiers.

Près de la ville, le &ol est plat et coupe, ci et là, par des ruisseaux limpides. Les chemins sont excellents, larges et bordés de fossés de chaque côté, dans les terrains bas. Mais à mesure quon

s'éloigne &e la ville, le sol devient plus élevé; on dirait des terrasses échelonnées les unes au-dessus des autres. Le sol de ces plateaux est uni et très fertile, et on n'y voit pas de pierres. Sous ce riche terreau il y a un fond de roche feuilletée, si commune ici, et qui se divise en petits fragments sous l’action de lan. (Ces couches sont tantôt horizontales, tantôt perpendiculaires, comme dans plusieurs autres localités autour de Québec. Toutes les coilires sont cultivées ;: sur le sommet de plusieurs on distingue des villages pittoresquement groupés autour de belles églises. Les prairies sont gnéralement dans les vallées, quoiqu'il y en ait sur Îles coteaux. Bientôt après, nous jouissons de la plus beïle perspective possible, du haut d'une de ces éminences.

A l’est nous avons une vue splendide de Québec ainsi que de la rivière St- Laurent. Plus loin, au levant, une longue chaîne de hautes montagnes court sur une ligne parallèle au fleuve, quoiqu'’elle en soit éloignée de pinsieurs milles. A l'occident, à quelque distance du plateau que nous occupons, les

collines se changent en une autre longue chaïne dé très hautes montagnes rapprochées les unes des autres, et courant aussi parallèlement à la rivière, c'est-à-dire du sud au nord. Ces masses imposantes sont formées d’une pierre grise, composée de plusieurs espèces de pierres dont je ferai une mention spéciale dans la suite, Il semblerait que l’ardoïse de ces montagnes est de date aussi ancienne que la pierre grise, puisque d'immenses blocs de cette pierre s'y trouvent au sommet, tandis que c'est l'ardoise qui en forme la base.

Les hautes prairies en Canada sont excellentes, et de beaucoup préférables à celles des environs de Philadelphie et des autres colonies anglaises. Plus j'avance au nord, plus elles sont belles, et plus le gazon en est riche et fourni.

L'herbe ici est de deux sortes, savoir :. une espèce d'herbe à feuilles étroites, et dont les épis contiennent trois ou quatre fleurs si petites que la plante pourrait facilement être prise pour l'agrostis, et dont la graine est à base pubescente. L'autre plante, qui croît dans les prairies, est le trèfle blanc.

Ces deux sortes d'herbes forment le foin des prairies, et ce foin est très fourni et serré. Le paturin des prés (Poa) a une tige assez élevé», mais ses épis sont très minces. Au pied de cette herbe, le sol est couvert de trèfle, de sorte que l'on ne peut trouver de meilleures prairies que celles-la. Toutes ces prairies ont été auparavant des champs de blé; on y voit encore la trace de la charrue.

On ne les fauche qu'une fois l'été, parce que le printèmps commence tard.

Les cultivateurs sont maintenant occupés à faire leurs foins et à les reñtrer, et il y a environ une semaine qu’ils ont commencé ces travaux. Il y a de grands tas de fourrage près de la plupart de leurs prairies. Lorsque le foin est humide, on le met eu monceaux de forme conique.

Comme les bestiaux sont parqués dans les pâturages de l’autre côté des bois, et confiés à la garde de vachers en cas de nécessité, beaucoup de colons se dispensent de clôturer leurs terres.

Les champs sont très grands. Jen'ai pas vu de fossés nulle part: ce n'est pourtant pas manque de besoin, aïusi

qu'il m'a semblé en certains endroits.

Ces champs sont divisés en planches larges de deux ou troiïs verges entre les raies. La hauteur perpendiculaire d’une planche de sori milieu au fond du sillon, est de près d’un pied. Tout le blé est du blé d'été; le froid durant l'hiver détruisant le grain qui a été déposé dans la terre, on n’en sème pas l'automne.

Le blé blanc est très commun dans les champs ; il y a aussi de grandes pièces de pois, d'avoine, de seigle d'été en quelques endroits, et d'orge ça et là.

Près de chaque ferme on voit un carré planté de choux, de citrouilles et de melons. Les champs ne sont pas toujours ensemencés ; on les laisse en friche tous les deux ans. On ne laboure pas les terres en friche dr:rant l'été, de sorte que les herbes sauvages y croissent en pleine liberté, et les bestiaux les broutent pendant toute la saison.

Les habitations dans la campagne sont bâties indistinctement en pierre ou en bois. Il n'entre pas de brique dans la construction des maisons en pierre, on n'en fait pas encore assez pour cela, ici On eraploie les maté-

riaux que l’on trouve dans le voisinage, l'ardoise noire surtout. Cette ardoise qui parait compacte lorsqu'on la casse, se fendille lorsqu'elle est exposée à l'air; cependant cela ne tire pas à conséquence, vu que les pierres tiennent ferme au mur, et ne s'en détachent pas.

À défaut de cette espèce de schiste, on construit les maisons avec des moellons ou de la pierre à sablon, et quelquefois avec une pierre grisâtre. Les murs ont deux pieds d'épaisseur, rarement moins. On peut se procurer la pierre à chaux partout dans le voisinage, Presque toutes les maisons à la campagne sont en bois ; quelques-unes sont enduites à l'extérieur. Les joints sont remplis avec de 1# glaise au lieu de mousse. Les maisons ont rarement plus d'un étage de haut. Chaque chambre a, où sa cheminée, où un poële, ou les deux ensemble. Les poëles ont la forme d'un carré oblong ; quelques-uns sont entièrement en fer, et des dimensions qui suivent , longueur deux pieds et demi, hauteur un pied et demi, largeur un pied et demi. Ces poëles en fer viennent tous de la fonderie des Trois-

Rivières. D’autres sont en brique ou en pierre, de la grandeur à peu près des poëles en fonte, et recouverts au sommet d'uue plaque de fer. La fumée est conduite dans la cheminée par un tuyau en fer. En été les poëles sont enlevés.

Arrivés à Lorette dans la soirée, nous allâmes passer la nuit chez les Jésuites.

13 août.

Sur le matin, nous continuons notre excursion à travers la forêt en gagnant les hautes montagnes, à la recherche de plantes rares et de curiosités. . Le terrain est plat et couvert d’un bois épais, excepté dan#les endroits maréeageux. Près de la moitié des plantes que nous rencontrons eroissent dans les bois et les marais de Suède.

Voici deux sortes de cerisiers sauvages qui sont probablement de simples :

variétés de la même espèce, quoiqu'ils diffèrent sous plusieurs rapports. Tous les deux sont communs en Canada, et produisent des baies rouges. L'un, appelé tout simplement cerisier par les

Français, porte des fruits qui ont le goût de notre cerise des Alpes, et leur àcreté est telle qu'elle fait contracter la bouche et les joues. Les baies de l’autre espèce ont un goût légèrement acidule et agréable.

L'ellébore à trois feuilles croît en grande quantité dans les bois, et en beaucoup d'endroits il couvre tout le sol. Cependant il préfère un terrain humide qui n'est pas trop trempé; l'oseille sauvage, et la Circée de montagne, ou Herbe des Magiciennes, lui tiennent compagnie. Ses graines ne sont pas encore mûres, et la plupart de ses tiges n’en portent pas du tout. Cette plante est appelée la tissayvoyanne jaune par tout le Canada. Les Indiens

se servent de ses feuilles et de sa tige :

pour donner une belle couleur orange à certains ouvrages en peaux dans lesquels ils excellent. Les Français, qui ont appris cela d'eux, teignent la laine et d’autres tissus avec cette plante.

Nous atteignimes avec beaucoup de difficulté le sommet d'une des plus

‘hautes montagnes, mais, à mon grand

désappointement, je n'y ai rien trouvé

que je n'eusse déjà vu en Canada. Nous n'eûmes pas même le plaisir de la perspective, les bois qui couronnent le sommet de cette éminence obstruant la vue. En fait d'arbres, j'ai noté le charme, ou Carpinus Ostrya, Linn.

l'orme d'Amérique, l’érable rouge, l'érable à sucre, cette espèce d'érable qui guérit les brûlures (que je n'ai pas encore décrite), le hêtre, le bouleau commun, le merisier, le sorbier (ou cormier), le pin du Canada, appelé pruche, le viorne aux feuilles dentelées,

le frène, le cerisier que je viens de

décrire, et l’if baccifère.

Les moucherons sont plus nombreux que nous ne l'aurions désiré. Leur piqure irrite la peau, et les Jésuites de Lorette disent que le meilleur préservatif contre leurs attaqués es de se frotter le visage et les parties nues du corps avec la graïsse. On prétend aussi que l’eau fraîche est le meilleur remède contre leur piqure, pourvu que l'on ait le soin de laver les plaies tout de suite,

Ïl était nuit quand nous retournâmes à Lorette, après un examen minutieux

Nous e la nt le nt la é le ADn., Juge, rable i pas leau

(ou »pelé lées, s de

reux Leur es de éserle se 8 du aussi nèéde n ait uite.

aimes

ieux

des plantes que nous avions rencontrées.

14 août.

Lorette (1) est un village situé à trois milles français (lieues) à l’ouest de Québec, habité principalement par des Indiens de la nation Huronne, convertis à la religion catholique. Le village occupe le bord d’une petite rivière qui, en cet endroit, tombe avec un grand bruit du haut d’un rocher, et fait tourner un moulin à scie et un moulin à farine. Lorsque le jésuite qui les dessert y vint pour la première fois, ils vivaient dans des cabanes (wigwams) faites sur le modèle de celles des Lapons.

Depuis, ils se sont bâti des habitations à la mode française. Chaque maison est divisée en deux parties, dont l’une est la chambre à coucher et l’autre la cuisine, qui contient un petit four en pierre, recouvert à son sommet d’une

(1) Heriot, Travels through the Canadas, a une très belle vue du Village Huron, en 1806,

plaque en fer. Les lits sont rangés contre le mur ét dépourvus de draps et de couvrepieds ; l'Indien, lorsqu'il se eouche, s'enroule dans la même couverture qu’il a portée toute la journée.

Les autres meubles et ustensiles paraissent également misérables. La petite église du village est vraiment jolie avec sa flèclre élevée couverte en ferblanc, qui contient une eloche. On prétend qu'elle x un air de ressemblance, par sa forme et ses dimensions, avec ia Santa Casa de Lorette en Italie, d'où vient le nom de Lorette donnée à ce village. Près de l’église il y a une maisort en pierre servant de presbytère, et occupée par les deux jésuites domiciliés ici. Le serviee divin est aussi régulièrement suivi que dans aucune autre église ca.holique, et j'ai été charfné de voir le zèle des Indiens, surtout des femmes, et de les entendre chanter, avec de belles voix, dans leur idiôme, toutes sortes de cantiques. Leur habillement ressemble à celui des autres sauvages ; les hommes cependant aiment à porter des gilets, ou vestes, comme les Français. Les:

femmes restent fidèles au costume in-

ngés ps et 1 se cournée.

| pa- \ pejolie ferpréance, ec ia.

d'où à ce \isort e, et ciliés ièreglise ir le mes, elles es de mble

names

ilets, Les

e in-

dien. . Il est certain que ces barbares et leurs ancêtres ont depuis longtemps, et même lors de leurs conversion à ia religion chrétienne, fait un vœu, ils l'ont gardé d’une manière inviolable jusqu'à présent, et ilest très rare d'en voir sous l'influence de la boisson ; pourtant, Dieu sait si l'eau-de-vie et les autres liqueurs enivrantes ont généralement de l'attrait pour les Indiens qui, bien souvent, préféreraient mourir plutôt que de s'en priver.

Ces Indiens ont choisi les Français pour modèles en beaucoup d'autres choses que la construttion de leurs maisons. Ils cultivent tous le maïs, et quelques-uns ont de petits champs de blé et de seigle. Plusieurs d'entre eux ont des vaches. Ils sèment dans leurs pièces de maïs cette plante, si commune chez nous, que nous appelons soleil et ses graines forment un des ingrédients de leur sagamité, ou soupe au maïs. Le maïs qu'ils cultivent ici est de l'espèce naine, qui mûrit plus tôt que l’autre ; ses grains sont plus petits, mais ils donnent plus de farine et d'une meilleure qualité en proportion.

H vient à maturité généralement au milieu, et quelquefois à la fin d'août.

Le blé d'hiver de Suède et le seigle d'hiver ont été essayés en Canada pour voir comment ils s'acclimateraient ; car on ne sème ici que le blé d'été, l’expérience ayant démontré que le blé:et le seigle de France semés en automne:

ne supportent pas l'hiver. Le Dr Sarrazin (à ce que m'a dit le doyen dez deux jésuites ici) s'est procuré de Suède une petite quantité de blé et de seigle de l'espèce dite d'hiver. Elle fut semée en automne, passa l'hiver sans dommage aucun et rapporta de beaux grains, à épis plus petits que le blé du Canada, il est vrai, mais près du double plus pesants, et ce grain donna une plus grande quantité de belle farine que le blé d'été. Je nai jamais pu savoir pourquoi l'expérience n'a pas été continuée. On ne peut, me dit-on, faire ici avec la farine de blé d'été du pain blanc qui vaille celui fait en France avec la farinede bléd'hiver.Je tiensde plusieurs personnes que tout le blé d'été maintenant cultivé ici vient de Suède ou

… Norvège ; car les Français, à leur arrivée,

ont trouvé le froid en Canada trop sévère pour leur blé d'hiver et leur blé d'été ne venait pas toujours à maturité, à cause du peu de durée de la saison.

Ils commencèrent en conséquence à regarder le Canada comme un pays à peu près inhabitable. C’est alors qu'ils songèrent à l'expédient qui leur a si bien réussi, de faire venir leur blé des pays du Nord de l'Europe:

Je retournai de jour à. Québec, faisant des observations botaniqnes en chemin.

15 août.

Le nouveau gouverneur-général de tout le Canada, le Marquis de la Jonquière, est arrivé la nuit dernière, dans le port de Qnébec; mais comme il était tard, il a remis son entrée officielle à aujourd'hui. Parti de France le 2 juin, il n’a pu parvenir plus tôt au lieu de sa destination, les bancs de sable rendant la navigation très difficile aux vaissaux de fort tonnage dans la rivière St-Laurent. Les navires ne se risquent pas à

. monter sans un vent favorable, à cause

des coudes nombreux qu'il leñnr faut tourner, ct cela dans un chenal souvent très étroit.

- Ce jour est: en outre un jour de grande

fôte : celle de l’'Ascension (l Assomption)

de la Vierge Marie, qui est célébrée .

avec ia plus grande pompe dans les pays

Catholiques-Romaïins. Le 15 août de

cette année sera donc une date double.

ment remarquable, tant à cause de la

fête, qu'à cause de l’arrivée du nouveau

gouverneur-général qui est toujours

5 reçu avec beaucoup d'éclat, ce fonctionpaire ayant, ici, le rang d’un vice-roi.

La politesse des habitants, ici,est bien

plus raffinée que celle des Hollandais

et des Angiaiïs des colraies appartenant

à la Grande Bretagne ; mais en revan-

che, ces derniers ne donnent pas autant

de temps à leur toilette que les Fra çais. -

Les lames, surtout, orient et poudrent

leurs cheveux chaque jour, et se papil-

lotternt chaque nuit. Cette coutume

frivole n'est pas introduite dans les

colonies anglaises. Les gentilshommes

portent généralement leurs propres

cheveux, mais il y en a qui font usage :

de perruques. Les gens de condi:ion.

mettent du linge garui de dentelles ; tous les officiers de la courcnne ont l'épée. Les gentilshommes, même ceux d'un rang élevé, le gouverneur-général

excepté, lorsqu'ils vont eu ville par un

jour qui menace d’être pluvieux, portent leurs manteaux sur le bras gauche.

Les amis de l’un et l’autre seve. qui ne se sont pas vus depuis quelque temps, se saluent en s’embrassant mutuellement lorsqu'ils viennent à se rencontrer.

A quelques égerds les repas ne sont pas les mêmes en Canada que dans les provinces anglaises. Cela dépend peutêtre de la différence des coutumes, des goûts et de la religion entre les deux nations. On fait ici trois repas par jour, le déjeûner, le dîner et le souper. Le déjeûner se prend généralement entre sept et huit heures; on est très matineux dans ce pays, à commencer par le gouverneur-général qui donne audience dès sept heures, à son lever.

Les uns se contentent d'un morceau de pain :rempé dans de l'eau-de-vie,

d’autres commencent par le petit verre

et mangent un crouton ensuite, où avalent une tasse de chocolat ; beaucoup

hill Hi À ni u rl | Hi A là ! Î * 1410:

kil hit:

; ( } | Fe 1124 Hi, fl dl ni 1|

0 D se res à } Se See pote cornes

de dames prennent du café. Il ne manque pas de gens qui ne déjeûnent qu'à midi. Je n'ai jamais vu faire usage de thé ici ; on peut se procurer le café et le chocolat des colonies françaises de l'Amérique du Sud, tandis que pour le thé il faut le faire venir de la Chine, et je suppose qu'on n2 trouve pas que ce breuvage vaille l'argent qu'il faudrait débourser pour se le procurer. Midi est l'heure du dîner, repas où l’on sert une grande variété de mets chez les gens de qualité et aussi chez les bourgeois, quand ils reçoivent des étrangers à leur table. Le pain, de forme ovale, est fait de farine de froment. Le couvert de chaque personne se compose d'une serviette, d’une cuillère et d’une fourchette. On donne des couteaux quelquefois, maïs en général on les omet, chaque dame et monsieur ayant soin d'apporter son propre couteau. Les cuillères et les fourchettes sont en argent et les assiettes en porcelaine de Hollande. Le repas commente par une soupe qui se mange avec beaucoup de pain, puis viennent les viandes fraîches de toutes sortes, bouillies et rôties, le

gibier, les volailles, fricassées ou en ragoûts, et diverses espèces de salades.

On boit généralement du bordeaux, mêlé d’eau, au dîner. La bière d’épinette est aussi très en vogue. Les dames boivent de l'eau, rarement du vin.

Après le dîner vient le dessert qui comprend une grande variété de fruits :

des noix de France ou du Canada au naturel ou confites, des amandes, du raisin, des noisettes, plusieurs espèces de baies qui viennent à maturité dans la saison d'été, comme les groseilles et les gadelles, des atocas confits dans de

la mélasse, des conserves en sucre, de

fraises, de framboises, de mûres et d'autres fruits de ronces. Le fromage entre aussi dans le dessert, ainsi que le lait que l’on prend, à la fin, avec du sucre. Le vendredi ét le samedi on s’'abstient de viande, suivant les règlements de l'Eglise Catholique Romaine, ce qui ne veut pas dire qu’on se laisse mourir de faim. Ce jour-là on fait bouillir toutes sortes d'herbes culinaires et de fruits, on sert du lait, du poisson, des œufs apprêtés de différentes manières. Le concombre coupé en tranches

er es

et mangé avec de la crême est un mets excellent. Quelquefois on le sert au naturel; chaque convive s'empare d'un de ces rafraîchissants cucumis, le pêle, le coupe en morceaux st le mange à Ia croque au sel comme on fait des raves.

Le melon est en abondance ici et on l'offre toujours avec du sucre, mais non le vin ou l’eau-de-vie. Les Français et les Anglais, qui ont de si belles plantations de canne-à-sucre dans leurs possessions des Indes Cccidentales, ne consomment pas la moitié autant de sucre que nous, Suédois.

Les Français ne disent de grâces ni avant ni après les repas, mais ils font le signe de la croix, pas tous cependant.

Immédiatement après le dîner, ils prennent une tasse de café sans crême.

Le souper se donne ordinairement à sept ou entre sept et huit heures du soir, et il se compose des mêmes mets que le dîner. Le pudding est inconnu ici; on sait préparer le punch, mais il n'est pas d'usage de le passer.

23 août.

En beaucoup d’endroits dans les

‘environs on se sert de chiens pour

apporter l’eau de la rivière. Aujourd'hui même, j'ai vu deux mâtins d'assez forte taille, attachés à une petite charrette, l'un devant 1. -e, complètement harnachés comme des chevaux et le mors en gueule. Il y avait un tonneau dans la charrette ; un gamin courant derrière la voiture dirigeait l’attelage qui, à peine arrivé au bord de la rivière, y entra de son plein gré; quand le tonneau fut rempli, les chiens remontèrent la côte avec leur charge qu'ils traînèrent jusqu'à la maison de leur maître. Il m'a été donné de voir pareil équipage plus d’une fois pendant mon séjour à Québec. Quelquefois on n'attelle qu’un chien au tonneau qui est plus petit en proportion. Ces animanx ne sont pas très gros, c'est à péine 8&i leur taille dépasse celle de nos mâtins de ferme. Les gamins qui les conduisent sont armés de grands fouets avec lesquels ils exitent leur ardeur au besoin. On ne leur fait pas seulement

porter l’eau, mais aussi le bois et d'autres fardeaux.

En hiver les voyageurs au Canada ont l'habitude d’atteler des chiens à de petits traîneaux construits sur un modèle exprès, et dans lesquels ils déposent leurs vêtements, leurs provisions, etc.

Ce mode de transport est surtout commun parmi les pauvres dans leurs courses, qu'au reste, ils ne font jamais qu'à pied. Presque tout le bois que les indigents ramassent dans les forêts en hiver est charroyé par cet utile animal qui, en conséquence, a reçu le nom de “ cheval du pauvre.” On met ordinairement une paire de chiens devant chaque charge de bois, J'ai vu plus d’une fois des dames se donner le plaisir d’une promenade en hiver avec ce singulier attelage, qui va plus vite qu'on serait porté à le croire cuand les chemins sont bien battus. Un chien de moyenne taille peut traîner une seule personne sur une route unie. Des vieillards m'ont assuré que les chevaux étaient tellement raresdans leur jeunesse que presque tout le charriage par terre se faisait avec des chiens. Je tiens aussi de fiu-

sieurs Français qui ont voyagé parmi les Esquimaux sur la terre du Labrador, que non seulement ils se servent de

chiens pour le transport de leurs pro-

visions, mais aussi pour se faire voiturer eux-mêmes sur de légers traîneaux.

Tors les chevaux canadienssont forts, vifs, bien faits, aussi grands que nos chevaux de cavalerie et d’une race:

importée de France. Les habitants ont,

. la coutume de couper la queue à leurs

chevaux, ce quiest une vraie cruauté ici,

puisqu'on les prive ainsi de leur unique moyen d défense contre les mouche-

rons, les taons et les hippobosques.

Cette coutume vient peut-être de cequ'ilsattellent leurs chevaux l’un devant

l'autre ; et pour. empêcher celui de:

devant de blesser les yeux de celui qui

est dans les timons en agitant sa queue,

ils auront pris le parti d’écourter tous leurs chevaux.

Le gouverneur-géséral et quelquesuns des principaux de la ville ont des carrosses, mais le reste du peuple se sert de cabriolets. On se plaint généralement que le peuple de la campagne commence à élever un si grand nombre

Page 1