‹ Charlet et son œuvreChapitre 3 sur 17 · NAPOLÉON VISITANT LES AMBULANCES · texte numérisé non relu

NAPOLÉON VISITANT LES AMBULANCES

(Fac-similé d’une sépia.)

de franche gaieté, de vraie gaieté gauloise, d’où se dégage dans toute sa réalité la figure héroïque du soldat de Najioléon.

Gros, ltaffet, Charlet ont été trois admirables interprètes de l’épopée impériale, mais dans des genres bien différents.

gardes nationaux et les débris d'une compagnie franche, il avait arrêté la marche d’un bataillon de grenadiers de Sibérie.

« Je vois encore ce bataillon serré en masse, marchant avec un calme désespérant pour de mauvais soldats comme nous. Enfin nous l’arrêtâmes, Dieu aidant fortement (notre position critique l’avait sans doute frappé).

« On s’assembla donc : la compagnie Laffitte, apres avoir proclamé avec un magique enthousiasme cet honorable et bon citoyen comme capitaine en premier, me décerna le même honneur et fit du plus humble des sergents un capitaine en second... »

1. L’œuvre de Charlet est immense. M. de La Combe, qui a recueilli et décrit toutes celles de ses productions qui ont été reproduites par les procédés lithographiques, n’a pas noté moins de mille quatre-vingt-dix pièces. Charlet a dit lui-même avoir fait en outre plus de quinze cents dessins à la sépia, à l’aquarelle, à la plume, — eaux-fortes, — et en avoir déchiré un nombre presque égal dont il n’était pas satisfait.

IG CHARLF-T.

Gros a divinisé, en quelque sorte, ses modèles. Sous son fongueux pinceau, la figm-e de Napoléon devient olympienne et ses soldats prennent des allures de demi-dieux. Par instants, ou s’attend à voir s’élancer des nuées sombres, qui roulent par torrents au-dessus de la mêlée, des déesses casquées d’or comme celles qui, dans les plaines de Troie, prenaient part aux luttes des deux armées.

Raffet, lui, peignit la guerre dans toute la réalité de son horreur tragique. Chacune de ses merveilleuses lithographies, d’un accent si profond, d’une émotion si aiguë (je parle

de scs peintures de bataille), est comme une page de deuil du livre de l’humanité, condamnée à s’agiter éternellement dans le sang au milieu des cris de douleur et des larmes. Son Napoléon au masque blafard, droit sur son cheval blanc, d'une blancheur de fantôme , sous un ciel d’orage, au milieu de ses maigres soldats aux dures mâchoires et aux sourcils froncés, nous apparaît comme le farouche instrument d’une inexorable fatalité.

Rien de pareil dans Chariot. Il a, lui, la joyeuse vision de la guerre. Ses soldats, comme leurs ancêtres gaulois, ne vont pas au combat les dents serrées et l’œil plein de menaces, mais en chantant gaiement et en blaguant la Mort. Jamais il ne cherche à exagérer l’horreur du spectacle en faisant rouler au-dessus de ses combattants des océans de nuées tragiques. Ses ciels ont la fraîcheur printanière des couleurs du drapeau, liaffet nous fait détester la guerre. Pour peu, Charlet nous la ferait aimer, et nous comprenons sans peine les enthousiastes manifestations populaires que soulèvent tous ces braves qui, tambours en tête, superbes dans leurs haillons poudreux et sous leurs bonnets à poil, défilent sur nos boulevards, accrochant en souriant aux basques de leur longue tunique « le gamin éminemment et profondément national », et dardant en passant une œillade à la bourgeoise qui les admire.

Le soldat de Charlet, c’est le coq gaulois qui jette fièrement sa claire chanson de défi ou de victoire à tous les échos. Cette bonne humeur, qui est la caractéristique du troupier français, nul n’a su la mieux exprimer que Charlet et en déduire tous les

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