‹ Charlet et son œuvreChapitre 7 sur 17 · Jules Janin · texte numérisé non relu

Jules Janin

2. Ce sont là des œuvres d’art fort intéressantes, qui, avec d’autres lithographies, inspirées par les mêmes événements, exécutées à la même époque et signées des noms de Swebach, de Bellangé, de Tassaert, de Lami, de Lepoittevin, de iloqueplan..., forment un ensemble de documents historiques des plus précieux.

CHARLET

humoristique des pochards glorieux, du tourlourou sentimental et de Lisette, mais aussi le peintre ému de nos désastres militaires et de nos discordes civiles ? L’art avec lequel il a su exprimer toutes ces scènes de misère et de deuil nous dit assez qu’il pouvait, aussi bien que Raflet et que Goya, peindre sous une sombre couleur les horreurs de la guerre et remplir son œuvre de tableaux fantastiques et navrants. Il a préféré la joie à la douleur, le rire aux larmes, l’azur à la nuit, les revues en plein soleil, sous le ciel clair, au milieu des foules joyeuses, aux revues nocturnes au milieu des nuées livides... Aux strophes lugubres de Sedlitz, il a préféré la chanson française ouvrant gaiement son aile sous les tonnelles eu fleurs des guinguettes...

Dans cette rapide étude, nous ne pouvons qu’esquisser en passant la si intéressante figure de Charlet et qu’effleurer son œuvre.

Nous ne pouvons aussi, et à notre grand regret, à cause des cruelles exigences de la mise en pages, nous attarder davantage dans le récit de ces anecdotes si intéressantes dont la vie de l’artiste est remplie et que le colonel de La Combe a recueillies avec un si grand soin, dans le livre qu’il a consacré à Charlet. Mentionnons cependant l’amusant récit que nous fait son biographe de la première rencontre de Charlet et de Gérieault, rencontre qui devait être l’origine d’une amitié à laquelle la mort de Gérieault devait seule mettre fin.

« En 1818, nous apprend M. de La Combe,

Charlet, obligé de faire tous les métiers pour vivre, était employé pour le compte de Juhel, peintre barbouilleur philosophe, à la décoration d’une auberge. On pourrait voir probablement encore à Meudon, Aux trois Couronnes, lapins, lièvres, canards, brioches, etc., peints par Charlet sur des volets, ainsi qu’un homme debout, indiquant de la main l’écurie. Voici comment Charlet me racontait cet épisode, si intéressant dans sa vie, certain jour qu’il m'avait mené dîner à Meudon, pour se souvenir, me disait-il :

« J’étais dans tout le feu de ces compositions, quand l'aubergiste vint me prier de « monter au premier étage où l’on m’attendait ; j’y trouvai de joyeux convives attablés, et « au milieu d’eux un compagnon, qui, après m’avoir dit qu’il s’appelait Gérieault, ajouta : « Vous ne me connaissez pas, monsieur Charlet, mais moi je vous connais, et je vous « estime beaucoup ; j’ai vu de vos lithographies qui ne peuvent sortir que du crayon d’un « brave, et si vous voulez vous mettre à table avec nous, vo us nous ferez honneur et plaisir. « — Comment donc ! messieurs, mais tout l’honneur et le plaisir sont pour moi. » — « Je me mis donc à table, et tout se passa bien, et même si bien, que de ce jour date une

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