‹ Charlie ChaplinChapitre 10 sur 12 · EST · texte numérisé non relu

EST

; CHARLIE SOLDAT ( Shoulder Arms).

Les personnes qui prennent la litt£rature au s4rieux — et meme ne prennent au s£rieux que cela — n’admettent que le Feu d’ Henri Barbusse ou autres plus petits feux de ses contrefacteurs et autres

J' accuse. Je me permettrai de prfeffcrer Shoulder Arms de Chaplin, qui ne met le feu 4 rien, qui n’accuse personne et qui est bien plus sfev^re.

Les souffrances du pioupiou amdricain qui fait des classes et reve de la tranchee glorieuse, sont scrutees sans romantisme et sans predication. L’ironie a plus de force que l’apostolat. Et l’humour est une sorte de merveille qui comprend l’ironie et beaucoup d’autres choses avec. Ce petit tableau cin6matographique est une des plus justes « duret6s » qu’ait inspir&es la guerre 4 un monsieur qui aime la paix. L’ atmosphere bouffe, les details plaisants et farces, un scenario fait coirune un sketch, 'nerendent que plus cruelle la satire de cette fantaisie qui ne dedame jamais — pas meme contre la declamation.

La docilite du « deuxi4me classe » appelle la foudre du sous-officier. D’od le sadisme courtelinesque des parades inutiles. Puis, repos : Charlie se jette sur son lit et dort co.mme un enfant. Le reve l’emr mene sur le front franpais. Debuts barbeies. Premier obus, premieres averses, premiere ambition d’h6roisme. La lettre qui n’arrive pas est un episode

exqtris dans le gout de Chariot' musicieti et de Une Vie de ehien. Charlie est imouvant. %& nuit, dans la cagna pleine d’eau, est une audace de mise err seine. Le burlesque y prend un style inorn. C’est Id qae les personnes ddpourrues de vraie sensibility s’ennuieront, car elles trouveront que « 5a ne fait pas teller meat rire ». Le diner, la cigarette, le casque ' qui tombe, l’attaque, la mission oti Charlie se camoufie en tronc d’arbre, ont une grande force. La gaiety prend des proportions clownesques avec la ddlicieuse aventure od Charlie capture Guillaume II, le kronprinz, Hindenburg, et les ratmdne dans les tignes amfricaistes.

Ce film justifie tout ce qu’on peut attendre du cinfim.

Nous sommes vraiment 14 dans le fastueux domaine de l’iUimitfe, n’est-ce pas? Chaplin est d'ailkurs, par son gdnie personnel, au-dessus de 1’art du cinema. Nous n’aurions pas osl en esplrer autant.

j’ytonnerai beau coup G4mier en tui disant que Charlie Chaptin est un actetnr shakespearien.

UNE IDYXLE AUX CHAMPS (Sunny^de).

C’est dimanche au village. Le Seigneur Dieu permet que les cuisi nitres se prominent; rjue les bourgeois se harnachent de redingotes officieUes; que le pasteur fosse tout pour qu’on prenne au sdrieux cette journee inutile ; que les gar 90 ns de ferme s’evadent, une heure, du lavage de vaisselle, du cirage de bottes, du raclage de dalles, de la reception des coups de pied au derridre.

Les nymphes sont dans les champs...

II suifitde s’dtendre au .pied d’un arhre.et de s’endormir. Alors, elles vous reveillent. Elies sont quasi nues avec un voile de soie qui va et vient et de minces guirlandes de roses artificielles qui fouettent leur nudite rythmique. Quel est ce college de jeunes filles ? Quelle est cette culture physique ? D’ou viennent ces danseuses ? Point du pays d’ Isadora Duncan, de Loie Fuller ou des Ballets russes. Ce sont des nymphes, de vraies nymphes en chair et

en os, en chair de nymphes- et en nym-

phes, bien entendu. Crcfrz-rous qu’^l^^^nsent ? Pas de malentendu, je vous en prie. 'font 14

et c'est tout ce qu’on peut dire. D’ailleurs, il est aist de comprendre que des nymphes sont des . nymphes, et puis (a se voit bien.

Quant 4 Charlie... Mais vous connaissez « l'apr&s* midi d’un (aune ».

II faudra pourtant rentrer au village. 11 laudra consentir 4 supposer que ce rSve Ctait un r8ve. II faudra que la nuit vienne sur le hameau trop humain ; >• il faudra, il faudra, eh 1 parbleu, il faudra que l’amour acheve tout et que le petit homme malheureux Spouse sa bien-aimee,* achate une ferme minuscule » entourCe de champs incommensurables oil, pour semer le bon grain, il fait aux crites des sillons des c trous avec le doigt.

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