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CHARLOT MUSICIEN

Les tempetes, serves ou mattresses des grands virtuoses, couvent dans ces regards etonnants. Cela finira par une tragedie ou par une course folle, et surement par des coups tres dignement orchestres.

CHARLOT SOLDAT

Est-ce l’interlude de « la jeune Troyenne pleurant sur sa patrie absente )>? Est-cc le fifre de « Cyrano de Bergerac »? Presque. Pis. Mieux. C’est la guerre.

CHARLOT SOLDAT

C’est fini de rire. II faut quitter les suaves reveries d’une tranchee de gala. Changeons de quartier! Ah, quand reviendra-t-on? « Mourons brillamment! » pense peut-etre Charlie. A moins qu’il ne murmure : « Helas, quels mots d’argot vont encore me preter les traducteurs frangais qui veulent faire rire le monde! »

Comment Chaplin travaille-t-il ? Mille et une 16-

gen des courent que nous ne parviendroris past 4 d6- * ,

truireT L’un lui pr@te une mentality de pitre de bai

6tage. L’autre assure que c’est un roi dans son

royaume et qu’il resume toutea les insolences do la

race Cabot. Par ailleurs , on le montre semant des

millions 4 tour de bras, .cra^achant ses femmes et

son personnel, imp6rieux et absurde, niais ou sensa-

tionnel, ou jouant le philosophe ,de 1’art muet comme d’aucuns le font en Europe. Le p6re Didon restait des heures a genoux au ' milieu d’un grand pare, d’Annunzio regarde la mer tout un jour, et Charlie Chaplin travaille, tout bonnement.

Le premier qui nous conta son labeur fut Max Linder qui passe pour avoifr servi de module ani-

% zed by C.'ooQle

mateur & Chaplin — et vraiment Linder nous a

fait rire — et qui est maintenant ellve en Anterique. ; Je cite ces pages qu’il donna au Film en 1919, aprds son premier .se jour en Calif ornie :

« II est ais6, d la vue d’un film de Charlie Chaplin, de comprendre la somme de travail qu’il reprdaente. tfcanmoins, si prevenu qu’on puisse etre, on ne saurait se faire une id6e de l’effort contftyi et si intelligent de Charlie Chaplin. *

« Chaplin a bien vonlu m’affirmer que c’dtait la vue de mes films qui l’avait incite k faire du cindma. 11 m’appelle son professeur, mais j’ai 4ft6 bien heureux, quant d moi, -de prendre des lemons 4 son 6 cole. On a raconte des folies sur Chaplin. Tout d’abord il est d’origine anglaise et non espagnole ou franpaise comme on l’a dit. C’est moi qui lui ai appris qu’on l’appelait Chariot en -France, et son frdre Sydney, Julot. Cela les a enorntement amuses et tout le jour ils s’appelaient eux-memes ainsi avec de grands 6clats de rire. Chariot a 6te artiste des son jeune age. 11 fctait musicien et compositeur remar quable.

« Chaplin a construit propre tttefitre 4 Los An-

geles oil il execute lui-meme scs films avec le concours de son frere et d’une douzaine *de collaborates s rien que pour la mise on scene. Chariot tobrne avec une minutie extraordinaire. Bien entendu , son theatre est muni de tons les perfectionnements les plus modernes, de touftes- les commoditds, de tons lfes appadeils. Mais le principal o' est pas dans les macbibes. II est dans la mdthode. Chaplin, en veritable humoriste, a etudie le rire et arrive a Id provoquer avec une precision rare. Rien n’est laisse chez lui 4 1’ improvisation* II repdte toutes ses se&ncs. jusqu’a ce qu’il en soit content. II tourne chaque rdpetition et les passe toutes gi) projection piusieurs fois, pour y ddcouvrir le ddfaut ou l’imperlection qui nuit aux effets recherchds. II recommence jusqu’4 ce qu’il soit content et il est, lui-meme, plus difficile que le spectateur le plus 4pre 4 la critique.

« Jamais je n’ai autant compris, en voyant travailler Chariot, le peu d'importance que doit avoir la pelficule et lenombre de fois que l’on tourne. En France, noUs comptons le nombre de metres toumds comme s’jl avail un rapport quelconque avec le mdtrage sorti. En rdalitd, il a un rapport simple ment .

avec la qualiti dq film et le soin apporti pour le realises Pour Conner une precision sur la quantity de film dipelisi, je citerai le chiffre suivant. Chaplin met deux mois pour faire un film de six cents metres

et utilise pour ce film plus de douze mille metres de pellicule negative ; c’est-4-dire que chaque seine est tournie vingt fois. Cela reprisente, avec'les essais, les riglages, les reprises, une cinquantaine repetitions.

« On a sans doute remarqui que Chariot ne par- .lait yamais et que ses films, ne comportaient presque pas de titres. Je n’ai pas k develop per ses qualites d’acteur. II suffit de Toir un Chariot pour les admirer et les aimer. Ce que l’on sait moins, e’est combien sa mise en seine qu’il dirige lui-meme est heureusement inspirie; producteur rifiichi et souverainement doui, il sait construire et mener a bien son film pour mettre en relief ses qualitis et les souligner par toute l’action extirieure. On a deji remar qui combien il est observateur ; il ne suffit pas d’etre acteur pour, exprimer des sentiments vafiis ; il faut

encore que la mise en seine sache aqiener, utiliser

Jes dons de 1’interpritej Or, Charlie Chaplin sait a

merveille s’utiliser et utiliser ses partenaires pour concourir 4 la note voulue.

« L’expression voulue arrive au moment precis oil elle prend sa valeur. Du debut 4 la fin, les spectateurs de toute race, de toute mentalite, suivent le d&veloppement de sa pens6e j usque dans ses plus ^pirituelles finesses. Dans Chariot rentre tard , n’a-t-il

pap tenu cette gageure de 'faire rire les foules sur

l’etran pendant une demi-heure ? II faut bieri pour

cela qu’on le suive sans effort sur le theme qu’if a choisi. Sans vouloir diminuer ses collaborateurs qui sont pretieux, on peut dire v6ritablement que c’est 4 lui-meme, acteur et directeur, que revient le principal merite de son succds. Ses films ont ete sup6rieurs du jour oil il les a lui-m€me diriges.

« Chaplin travaille avec un acharnement sans 4gal. Cet homme, qui n’a pas trente-cinq ans, a d£j& les

tempes ar gentses. *

« II est, malgre ses millions et ses succ£s, reste tr4s simple, tres cordial, et tres bon camarade. II entretient avec les autres vedettes du* cinema les meilleures relations et est particulidrement lie avec Douglas Fairbanks, Un autre bien charmant garyoiv

si

giti . 1 )y

et Mary Pickfor/d qui eat aussi d’une tris agr^able compagnie. Chaplin est tres gai, je dirais presque trds enfant. L’esprit ton jours en 6veil et, comrae on d& vulgairement, le coeur sur la main, il est excessivement charitable et toujours ptet a fournir son contours a toutes les eeurres qui font appel a lui. « II ne laisse pfendtrer presque personne sur soft

theatre quand il tourne. Tres jaloux de son «uwe,

■il est exasp£r6 et chagrin^ 4 la foig de voir qu’au lieu de chercher 4 er6er, les autres comiques, amtricains pour la phipart, ne cherchent qu’a le copier bassement et emploient des ruses d’ apaches pour surprendre le secret de son travail. Il a hien voulu

m’admettre 4 le voir travailler. Je puis affirmer qu’il n’a pas de secrets. Il a une m&thode inouie et ce don que l’imitation ne donnera jamais. H n’a pas de true, pas d’ inventions particular es, mais il est tres intelligent, tres mfcthodique, tres consciencieux. On comprend qu’il tiqnne 4 garder sa tranquillite lorsqu’il toume et 4 e viter ses imitateurs^fatigants. Il h ttd trds m6content d’apprfendre qu’a ' Paris des plagiaries se servaient de Son nom et son detention 6tait de les poursuivre. Je lui ai conseill£ f

Goo. e

de ne pas leur faire cet honneur. 1) a du reste l’intention de venir en France lorsqu’il le pourra. 11 aime, en effet, beau coup notre pays et a preto son concours le plus d6sint6ress6 4 toutes ies propagandes pro- allies, puis aux propagandes patriot! ques en Am^rique. En dernier lieu, il a fait une grande tourn6e pouf Femprunt de la Liberty et a obfcenu des f&sultats impressionnanfs. Cel* n’a rien d’etonnar^t, vu sa popularity aux Etats-Unis. Pour l’instant,

sa tourn6e de propagande terminye, il 's’est remis 4 tourner. Nous pouvons attendre avec confiance ses nouveaux films, qui suivront dignement l’inou bliable syrie des deuze « Mutual » que j’ai' vus en Amyrique et dont les premiers sent dyja sortis en France.

« J’ai vu que certains ycrivains parlaient un peu dedaigneusement de Chariot. Corame si le fait de faire rire ses serablables par des mo yens decents et une etude psychologiqtie ryelfe myritait le mypris. Quant a ceux qui ne le trouTent pas drdle, je ne sais s’ils Font vu, mais, 4 coup sur, ils ne constituent par mi les speCtateurs qu’une infime minority. Ceux qui . ne raiment pas le connaissent mal ou le confondent-.

Go

, avec de vagues* imitateurs. Se doute-t-on du mal

qu’il faut se donner pour faire rire ses semblables *

et n’est-on particulidrement in juste envers nous en nous couvrant d’opprobre parce que nous essayons de distraire un moment l’immense public qui frequente les cinemas? Le rire n’est-il pas une des meilleures choses que l’homme ppisse rencontrer^ N’est-il pas indispensable d notre santd morale, a potre dquilibre ?

« Tres joli de dire que Chaplin ou d’autres ne font rire qu’avec des cabrioles. II est impossible de faire rire avec des cabrioles. 11 faut encore que ces cabrioles soient comiqqes, et si le rire peut exceptionnellement s’obtenir au theatre ou au music-hall par un effet instinctif de la nature, si le don y peut suffire pour faire un grand acteur, il est matdriellement impossible qu’il en soit ainsi au cinema oik la mise en valeur des dons naturels exige une preparation et im travail intelligent qu’on . li’apprecie pas suffisamment. Ce que l’instinct peut d&couvrir,

il faut le traduire dans ce langage epetial, en ddcom-

.posant les etfets, en ^Valuer mathemati quement la .portde, en rdgler point par point l’exposition. Ceux

d by o«g|eJ

qui imitent Chaplin arrivent parlaitement, k faire les memes cabrioles que lui. Pourquoi done ne dSchainent-ils pas le mSme rire? Et que ceux qui parlent dSdaigneusement de ces « cabrioles » en {assent quelques-unes devant un objectif. Ils verront si cela revient au meme. On nous reproche encore k mots couvdrts de gagqer des millions. Croit-on que

eeux qui nous les offrent {assent une mauvaise affaire,

et qui trompons-nous ? Nous gagnons cet argent

en faisant rire si nous le pouvons. Un homme comme Chaplin fait rire la moitiS de l’humanite plusieurs fois par an.

« Croyez-vous que cela ne vaille pas .quelques millions ?

« Du reste, le public a d6ja rSpondu amplement aux critiques que l’on peut faire k ce sujet. C’est lui notre juge souverain, et je crois bien que Vest

lui seuf qui a eu quality pour former les renomm6es

cinSmatographiques. Celle de Chariot est suffisamment Stabile pour qu’elle n’ait pas besoin d’Stre

justifiSe. Elle m&fte seulement d’Stre fetudiee, com-

mentSe. N’est-cd pas la d6roonstration la plus Sclatante de 1'utilitS qu'il y a dans le travail cinSmato-

’ * ‘ / * io*

gitized *

Gtdo •

graphiqqe 4 . joiridre aux dons les plus ezttaordinaires Pordre, la methode et le travail?

« Charlie Chaplin, metteur en scene et acteur, est 4 mon avis un module parfait pour tous ceux qui, voulant faire du cinema, s’acharneront 4 l’fetudier et 4 bien le comprendre. Imiter est une preuve de bassesse et d’impuissancq. Chapljp a. un costume special; il s’est fait un physique cetebre, une demarche, un genre. Tout cela, on peut le lui prendre. Ce n’est qu’un vol sans consequence. Retro uver * les raisons de son succes, en extraire des formules et des indications multiples, c’est apprendre son metier 4 Ja meilleure ecole. On m’excusera de parler de lui avec cette chaleur. Avant de le connaftre, je n’etais que son plus grand admirateur. Je suis aujourd’hui son ami. »

On compietera ces pages par ceci que publiait Cine pour tous quelques mois apres. L ’article est de Miss Elsie Codd, secretaire de Charlie Chaplin et, en quelque sorte, distributrice de la verite sur ce grand petit homme. En contact perpetuel avec le 'mime, die sait qui il est et a note mieux que qui-

conque les details justes de soar grand labdlir d’ar

tisan.

« Cher Charlie, pourquoi ne nous donnez-vous pas davantage de films ?

« Car c’est un fait qu’une grande partie des lettres que Charlie Chqplin oiynre 4 soil courrier du matin renferme cette question. Ces deux dernieres ann4es, c’est 4 raison" de deux par an qu’il a proddit. ses comedies, et fceux .qui l’admirent semWent croire qu’il y aurait 14 quel que chose 4 faire.

« Quand Charlie Chaplin dfcbuta dans son dtonnante carridte, ses films eopiiques ^taient produits avec une rapidite, une rdgularite r&itablement mathfematiques. Mais, au fur et 4 mesure qu’il devinf son maitre, et s’institua son propre auteur et directeur en mem* temps que son principal^ interprets, il . changea tout cela. Ii sait, comme tout un chacun, qu’il n’y a rien au moilde de phis difficile que l’art de faire des films vraitneot comiques, et les six cents ' metres d’une cqm&die de Charlie Chaplin sent le .fruit de pluSieurs mois de tea vail acharnd et des pa-

* tientes et consciencieuses reeherches auxquelles se .+

, if

C oo ^le

.. livre le ^ens artistique inne de ce ginie comique si

difficile pour Jui'-meme.

« Fait assez curieux, le travail le plus acharni de Chaplin n'est pas celui qu’il fournit lors de la prise de vues. Comma on l’a d&ji dit, il « 6crit » tous ses scenarios, toutes ses idies de seines comiques, mais il ne faut entendre ce mot qu’au sens 6gur£, car jamais il ne travaille en s’aidant de son manuscrit^ .Le ginie a ses lois spiciales, et Chaplin est giniralenient regatdi comma un direetdur d’une espice tout k fait particular e, dont la mithode est avant tout de se difier de toutes les mithodes en usage.

« L’inspiration initiate qui eonstitue le nceudd’un nouveau film comique peut fort bien jaillir d’un incident bouffon qui se sera produit en sa presence et autour duquel il ichafaudera petit k petit tout un . scenario. The r Floorwalker ( Chariot chef de rayon)r par exemple, fut inspiri par le spectacle d’un inorme gentleman executant une chute involontaire dans un escalier roulant, au Mitropolitain de New- York.

D’autre part, comme e’est le cas pour le film qu’il ^

tourne k present, — et, on fait, pour plusieurs de s«S.. derniers films, — quelque thime particulier peut*

B tized by

Qoogle

s’impo&r a i’imagination de Chaplin et constltuer la base de son prochain remdde au « cafard -» de ses contemporains.

« Et si quelqu’un estime que faire un film comique n’est qu’une vaste distraction, j’aimerais le voir observer Chaplin, jour par jour, au moment oil le scenario est dans sa p6ri0de d’incubation mentale.

« L’arrivee de la grande idee est invariablement prdcddee d’une longue succession de jours de mau- *. vaise humeur et de nuits tourment6es. Ses amis avisos se tiennent d une distance respectueuse, bien que, pour jouir d’un plus profond isolement, il soit frequent de voir Chaplin prendre les appaiences d’un paisible pScheur, partir pour l’ile Catalina et y rester quelques jours.

« Ayant pris une decision en ce qui concerne le su-

jet du film, il revient d son studio, assemble sesHunis

et leur 4ait part de son intention, les invitant d lui communiquer leurs ideas, dont quelques-unes lui serviront de ce qu’on pourrait nommer punching-

ball intellectuel, et dont la plupart sont immddiatement rejetees. * »

« Assure que l’id&e du film a rencontre l’approba-

tion de ses intimes" aprCs une elaboration dequinze a soixante jours, sa grande occupation est maintenant de la rCaliser.

« C’est alors que le « technical department » commence a trimer. Les ordres affluent, dmanant de la direction, et, tous les jours qui suivent, charpentiecs et machinates travaihent ayec ftevre A la construction d’un palace, d’une auberge, d’un village, d’une rue panvre ou chic, suivant le cas. Chaplin peut avoir consacrC des mois a r&kchir a son id6e de film, mais quand sa resolution est prise, il ne saurait etre question d’un retard. C’est ainsi que, dernierement, les exigences du moment portaient sur l’erection d’un dCcor tres compiiqud figurant une rue, et, immanquablement, Chaplin arrivait chaque matin sar les lieux, questionnant febrilement l’un et 1’autse pour savoir pourquoi tout n’ttait pas encore ter mint. Son attitude, dans de telles o Ocasio ns, est lamentable, presque dCsolCe, et s’exprime en doldances de ee genre : « Ainsi je suis tout pret a com-

. Jh *• 7 ' ^ tv i

mencer 'qt me voila arrete par une stupidite comme celle-ci... »

« Maintenant, accompagnons Charlie sur les

Iseux at observons-le pendant vine jour nee Memtra-

vail. ** . * '

« A neuf heures tapant, chaque chose dt dbacun est

pret pour la bagarre. Les membres de la troupe habituelle sont tous maquilles et vetus comme les cir Constances le demandant, et chacun a a se presenter 4 rinspoction personneUe de Chaplin qui se reserve le droit de faire telles additions ou telles suppressions qu’il jugera utiles.

« 11 y a des cas oil use certaine figuration est necessaire, auquel cas le dkecteur de la distribution aura a prendre 9es dispositions un ou ^Seux jours 4 Fa vaoce. Parfois 4 neuf heorea, parfois aussi un peu plus tard, Chaplin surgit de son auto, se prtcipite dans ses bureaux, pour rdapparaitre peu a^rds dans tout le lustre de 1’ accoutrement qui l’a fait roi 4 i’6cran. Alors, il r assemble ses collabor|i|eurs , les met au courant de tout ce qu’on va %voir 4 faire et dderit dans tout son detail la scdne que l’on va toumer.

. . « Une fois sur les lieux, la transformatian set com-

toute la preoccupation qu’il pouvait avoir

auparavarit s’dvanouit; il est, pour chacun de ceux

qtii fi’eftvironnent, semblable A un joyeusfegamin

ppenast plaisir, A un £tonnant jeu d’ illusion.

o Et eette disposition d’esprit se gagne. Personne ne saurait poss£der un ensemble de camarades- colla borateurs plus loyaux ou mieux disposes. Je me rappelle une vieille dame — une simple « extra » — me faisant part du piaisir qp?el^e et sqp, dompagnons trouvaient A travailler en compagnie de M. Chaplin.

« II est si patient et si indulgent, et afant tout si different des autres... » Je puis bien croire cela, car, plus d’une chaude journfce californienne, j’ai pu observer Charlie Chaplin au travail et me suis dmerveillfce devant son constant entrain qui semblait vraiment fair* oublier 4 chacun combien la chaleur 6ta^ accablante et la fatigue qqi les envahissait.

a Ayant d6fini dans son detail complet le sujet en courg ‘d’ex6cufeion, Chaplin fait r6p£ter les artistes un A un, ^ayant auparavant essays la chose luimeme. Sans crain dr e d’exagdrer, je crois pouvoir dire qu’il a jou4 chaque personnage de chacune de ses comedies. La femme bavarde papotant saljs retenqe.

ni indulgence, le policeman r&gla$t la circulatiSnf * • .le gaillard qu’on s’attend toujours A voir sortir de

Qoogle

CHARLOT SOLDAT

La guerre est vraiment une chose utile puisqu’elle comport e des infirmieres et des blesses qui se rencontrent.

Le cinema est reellement un objet precieux puisqu’il reunit Edna et Charlie.

CIIAHLOT SOLDAT.

Edna Purviance, prisonniere des Iiuns, sc dcmande pourquoi Charlie est quasi Konprinz apres avoir etc — une heure avant — simple Sammy timide.

CHARLOT SOLDAT

Charlie, travesti en oberleutnant, engueule Syd pour le sauver — et aussi pour s’offrir le luxe du pouvoir et de ses exces dans une situation somptueusement absurde.

Of/M/) . ‘ f\s^

JL

l’ombre d’une porte, sur toUs )es rdles, enfin, il fournit d'abord k l’artiste ses indications ldgdres mais sures dans chacun de leurs details. Ensuite l’interflrdte du rdle agit lui-meme, tandis que Chaplin

■' aecompagne sa mimique d’un incessant commentaire d’encouragement, de critique ou d’aimable suggestion. * Encore un tout petit peu phis de yigueur dans ce mouvement du bras, Tom 1 Oui 1 c’est 5a. Parfait ! » *'

«Ensuite, a l’interpr&te du rdle antipathique : « Je n’ai pas besoin du jeu conventionnel du « traltre » habituel de cindma. Faites-vous seulement bien k l’idee que vous dtes un gaillard qui n’est pas fonci&retrifeeh it maUvais, mais qui n’a absolument aucun sens

moral. Ne prenez pas un air farouche, et, par-dessus tout, ne jouez pas 1 »

« Ne jouez pas- 1 Que de fois ai-jeentendu Chaplin clore ses instructions par cettfe recommandation ! Si surprenante qu’elle soit pour urfacteur, elle constitue la moitife du succ&s de Chaplin, dans le metier de fairfc des films comiques. La sincdritd determine la conviction, et de Id vient que des choses qu’on n’adtpi#fea!i pas, venant d’un aptro, nous paraissent

rll

toutes naturelles ayant ete pr^sent^es dans un film die Charlie Chaplin. >

« Les repetitions line fob achev6es, Chaplin consacre toute son attention k l’appareil de pdse de vues, place son ceil au niveau du viseur et decide de quel angle la scene sera tourn6e. Aloes les deux op£rateurs se pr^parent : on tourne pour de bon, jusqu’au moment oh l’ordre est donne de s’arreter.

« Un film de Chaplin, quand il est represente, est long de 600 i 800 metres. Pour l’exe cuter, 6 000 a 10 ooo metres de pellicule sent utilises, avdc la mamdre de faire qu’il a adoptee. C’est qu'il ri’y a pas de directeur plus difficile et plus soigneux que Chaplin. Je 1’ai vu tourner et tourner a nouveau une demi- douzaine de fois une seule scene afin d’etre a meme de l’amener au plus haut degr6 possible de perfection.

« Quelquefois uneddee nouvelle lui vient subitement apres que les appareils ont fini d’enregistrer la scene. « Et si nous le faisions glisser et s’enfuir pendant que le policeman s’expliqUe avec l’autre .gaillard ? » suggere-t-il a son entourage. « Ca devrait amener un dclat de rire... » De cette manidre la scene est corri-

, gEe ou allongEe, juvqu’a ce que tout ce qu’il est . possible de tirer de ce uoureau jeu die xo Ene apparaft 4 Chaplin. 11 n’est pete rare qu’aprEs un jour de cinq 4 six heures de travail, U ait « tournE » la valour d’une come die complete. En rEalitE, il a simplement fait enregistrer un oertain nombre de variations sur un thEme unique, qni, par la suite, pourrpnt, dans le film dEfimtif, n’occuper 4 TEcran que deux ou trois minutes.

« Le premier pas, dans la voie de ce proatdE par Elimination, est fait le matin qui suit le jour de prise de vues. Avant que commence le travail rEgulier de chaque jour, Chaplin passe 4 sa salle de pcot factions od tout ce qui a EtE tournE la veille est projetE devant lui. II prend alors note que T expression de son visage Etait meilleure dans la bande n° 39 que dans celle qui porte le n° 37, mats que l’action, vers la fin du 37, Etait plus vivement menEe que dans la partie correspondante du 39. Cela signifie que, dans le film dEfinitif, la fin du 37 sera jointe au debut du 39, et que peut-dtre meme un dEtail du 38 sauvera ce dernier essai d’un rejet total.

« Chaplin procede lui-meme au montage de ses films

,«t 4 la redaction des quebfues aous-titres n&cessaires 4 une comprehension totale du sujet. II est extrSr menvent feconome de sous^titres, car il estime avec raison que le public paie pour voir un film ?t non lire de longues explications., Le titre d&finitif du film est g4n4ralement son plus grand souci, de telle sorte qu’jl n’est jamais rare quo le titre que vous voyez4 4 l’fecran soit le fruit d’une nuit sans sommeil ou d’une intense concentration c4r6brale, peu avant que le film d&finitif soit exp^dife pour l’6dition.

« C’est une habitude de Chaplin que faire projeter le film en public 4 l’un des cinemas de Los Angeles, ««n<i aucun avertissement prealable. Cette methode, qui s’appelle « essayer la drogue sur -le chien »> le met 4 mime, non seulement de mesurer l’effet produit sur un public non prevenu, mais aussi de trouver de quelle mani4re il peut ameiiorer le tout avant de le livrer 4 l’editeur. Quelquefois un jeu de sc4ne manque l’effet desire. Chaplin en prend mentalement note et, si possible, ameiiore la scene par l’adjonction d’un sous-titre qui aide 4 cojnprendre. Ces representations d’essai sont inter essantes, non seulement parce qu’elles permettent une etonnante

•exploration dans la psychologie du ptfblic de cin6- ^ ? ma, jnais aussi parce qu’elles montrent combien ; •r Chaplin comprend entierement ce public.

« Je me rappelle le d£sappointement qu’il eut une

fois au sujet d’une petite sc£ne. « Je n’ai pas entendu « rire les gosses », disait-il, et nous savions tous que, dans son estimation tout au moins, cet Episode particulier n’avait pas reussi.

« Chaplin se rend compte que, pour une grande part, son succ£s mondial est bas6 sur 1’ affection de millions d’enfants et trouve dans leur joie irraisonnfee l’ultime preuve de la reussite.

« Car, pour condure par ses propres paroles, Charlie

Chaplin affirme : « Cen’est pas nous personnelle- « ment qui sommes grands : c’est notre grandeur

« dans nos rapports avec les autres qui compte. »

... Vous m’en you dries d’ insister sur le souci technique d’un com£dien-cr£ateur. Nous en parlerons dans un nombre d’annees qui reste encore a fixer. J’aimerais vous laisser sur cette impression d’6tonnement. Un acteur a tout 4 faire ? II ne s’agit que de vous amener d rire et vous n’y voyez point malice. Eh

p bienl la cifttgraphie . «qt‘ une tache extrSmement oomplexe et l’expression du rire est un autr£ tour de force. Le rtsultat sera«htta geatil peut-etre, tnais la tentative tieat du par ado xe. Songez 4 cequ’on cherche dans une petit! farce de vingt minutest... J’ai tfiche de vous le dire. Chaplin lui-metne le dit et plus simplement, sinon avec plus d’amour.

Qu’il parle done...

« Partout od je rencontre des gens qui me demandant de leur expliquer le secret de % faire rire mon monde », dit Charlie, je me trouve toujours mal 4 mon aise, et cherche gtntralement 4 me dferober. 11 n’y a pas plus de mystdre dans mon comique sur l’dcran qu’il n’y en a dans celui d’ Harry Lauder pour faire rire son public. II se trouve que tous les deux nous savons quelques v6rit£s simples sur le caracteoe de l’homme et dont nous nous servons dans notre metier. Et, quand tout est dit et fait, an fond de tout succds il n’y a qu’une oonnaissance de la nature humaine, qu’on soit xnarchand, hfitelier, dditeur ou acteur.

« Le fait sur lequel je m’appuie plus que sur tout

autre, par exemple, est celui qui consists k raettre le public en face de quelqu’un qui se trouve dans r« une situation ridicule .et ^.barrassante.

« Le seul fait d’un chapeau qui s’envole n’est pas

-risible. Ce qui Test, c’est de roir. son proprietaire » courir a pres, ses cheveux au vent, et les basques de son habit flottant. Quand un homme se prom&ne dans la rue, cela ne prete pas a rire. Placd dans une ‘ situation ridiculq et em barr assante , l’etre humain devient un motif de rire pour ses congdndres. Toute situation qomique est basde ld-dedsus. Les films . comiques ont eu un suco&s immediat parce que la plupart representaient des agents de police tombant dans les trous d’dgout, trdbuchant dans des seaux de platriers, tombant d’un wagon et soumis k toutes sortes de tracas. Voila des gens representant la dignrtd du pouvoir, souvent trds imbus de cette idde, qu’on ridiculise et dont on se moque, et la vue de leurs a ventures touche deux fois plus l’envie de rire du public que s’il ne s’etait agi que de simples citoyens subissant les me rues avatars.

« Encore plus drole est la personae ridicuhsee qui, malgrd cela, se refuse a admettre qu’il hai arrive

C C30gl(

*• quelque chose d’extraordmaire et s’entete 4 garder sa dignity. Le meiUeur exemple fourni par l’homme ivre qui, denoncfc par sop 1 engage et sa demarche, »veut nous ^ convaincTe tris dignement qu’il est 4 , jeun. II est beaucoup plus drble que l’hoiyime fran-» chement joyeux qui montre <carr6ment son ivresse 4 et se moque qu’on s’en aperpoive. L’ivrognerie sur. la sc&ne est gtndralement 14g£re avec une tentative de dignity, car les metteurs en scdqp ont appris que *

' cette pretention est drdle.

« C’est pourqhoi tons' mes films reposent sur l’idie . de m’occasionner des embarras pour me fournir l’occasion d’etre d6sesp£r6ment sdrieux dans ma

it

tentative, de paraitre un trds norfnal petit gentleman. C’est pourquoi, en si facheuse posture qije je me trouve, ma grande preoccupation est toujours de ramasser de suite ma canne, de redresser mon chapeau melon, et d’ajuster ma cravate, raeme si je viens de tomber sur le crSne. Je suis si sur sur ce point que je ne cherche pas seulement 4 me mettre moimeme dans des situations embarrass antes, mai£ je tiens aussi 4 y placer les autres.

« Lorsque j’agis ainsi, je m’ef force toujours d’dco-

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