‹ Charlotte Corday: A TragedyChapitre 22 sur 161 · ACTE II. SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE III

On a vu des canons braqués sur cette enceinte

Oh le législateur doit ignorer la crainte,

Et, du sang de septembre encor tout dégouttants, 645

Des poignards menacer vingt-deux représentants!

— Voilà les arguments de ces bons patriotes !

Voilà comme on entend la liberté des votes 1

C'est à ce résultat qu'on sera parvenu.

Que nous, vainqueurs des rois, après avoir connu 650

Des révolutions grandes, fières, sublimes.

Pour notre indépendance et nos droits légitimes,

Nous aurons désormais, de par l'assassinat,

Des révolutions en l'honneur de Marat I

Et le peuple, introduit au sein du sanctuaire, 655

Ne s'est pas effrayé de ce qu'il osait faire!

Le peuple a sans relâche exigé qu'on livrât

Les vingt-deux Girondins, condamnés par Marat!

Et les a-t-on livrés ?

BARBAROUX

On les a laissé prendre.

Quoi! la Convention n'a pas su les défendre I 660

— Mais nos représentants sont donc des lâches !

BARBAROUX

Non...

Ils auraient résisté, n'eût été le canon.

Et même, c'est justice à rendre à leur conduite. Ils ont résolument essayé de la fuite.

Deux fois ils se frayaient un passade ô.o\Afi«LiL\ ^afc^s

Ch. Cor. '^

Deux fois un mur de fer s'est dressé devant eux. Cent soixante canons, pointés, mèche allumée, Enfermaient le sénat dans leur ligne enflammée; Cent mille hommes armés serraient leurs triples rangs, Pour couper toute issue aux députés errants, 670

Et, repoussant partout leur prière importune, Criaient: vive Marat! et, vive la Commune!

— De leur opprobre enfin par deux fois convaincus, Ils sont rentrés muets, consternés et vaincus.

Si bien qu'ils ont livré les vingt-deux!

BARBAROUX

Oui, madame. 675

Trahison ! trahison ! oh ! complaisance infâme !

Révoltés criminels ! faibles législateurs !

Sénat plus criminel que les conspirateurs!

— Lui qui représentait la volonté publique.

Notre unique pouvoir, notre barrière unique, 680

Lui, qui n'était gardé que par sa majesté,

Et qui perd tout prestige, une fois insulté.

C'est lui qui, proclamant sa propre déchéance.

Dans les mains de Témeute abdique sa puissance,

Et trahit un dépôt qu'il devait, à tout prix, 685

Restituer intact ainsi qu'il l'avait pris!

[Zes Girondins se regardent avec ètonnement, Louvet se

lèvey et Rapproche de Charlotte^ ainsi que Pétion

et Buzot Charlotte continuant, et faisant un pas vers BardarouxJ] Mais quand cette infamie allait être conclue, Nul n'a donc fait entendre une voix résolue?

Nul ne s'est donc levé? nul n'a dit: "Citoyens, Pour qui veut être libre, en voici les moyens : 690

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