‹ Charlotte Corday: A TragedyChapitre 42 sur 161 · ACTE III. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE I

Le sarcasme fixé dans un coin de la lèvre,

Des yeux clairs et perçants, mais blessés par le jour,

Un cercle maladif qui creuse leur contour,

Un regard effronté qui provoque et défie iiSo

L'horreur des gens de bien, dont il se glorifie,

Le pas brusque et coupé du pâle scélérat.

Tel on se peint le meurtre, — et tel on voit Marat.

Que fait-il? où vit-il? et de quelle manière?

BARBAROUX

Tantôt il cherche Tombre, et tantôt la lumière, 1185

Selon qu'il faut combattre, ou qu'il faut égorger.

Présent pour le massacre, absent pour le danger.

— Dans les jours hasardeux où paraissent les braves,

Lui, tremblant, effaré, se cache dans les caves.

I^s caves d'un boucher et celles d'un couvent 1190

Pendant des mois entiers l'ont enterré vivant.

Là, seul avec lui-même, aux lueurs d'une lampe.

Devant l'encre homicide où sa plume se trempe,

N'ayant d'air que celui qui vient d'un soupirail,

Dix-huit heures, penché sur son afifreux travail, 1195

Il entasse au hasard les visions qu'enfante

Dans son cerveau fiévreux cette veille échauffante,

— Puis, un journal paraît, qu'on lit en frémissant,

Qui sort de dessous terre, et demande du sang.

Poursuivez; je vous prête une oreille attentive. 1200

Cet étrange récit m'effraye et me captive.

Il semble que j'entends ces contes d'autrefois

Qui, pendant les longs soirs, font peur aux villageois.

BARBAROUX

Mais, le combat fini, c'est alors c\uîW ^^ tclowVx^S

6o CHARLOTTE CORDAY.

— C'est l'heure de la proie. — ^Alors, si Ton rencontre 1205

Un homme, les bras nus, le bonnet rouge au front,

Sabres et pistolets pendus au ceintiu'on.

Si cet homme applaudit, pendant que Ton égorge.

Les malheureux vaincus dont la prison regorge.

S'il excite au travail les assassins lassés, 1210

Qui laissaient choir enfin leurs couteaux émoussés,

Si, tous les prisonniers hachés membre par membre,

Il serre dans ses bras les héros de septembre,

C'est Marat. — Quand le peuple, à qui manque le pain

Écoute aveuglément les conseils de la faim, 1215

Celui qui, dégradant les misères publiques.

Pousse la multitude à piller les boutiques.

Celui qui veut montrer, comme un épouvantai!.

Quelques marchands de blé pendus à leur portail,

C'est Marat. — Quelquefois la tribune est souillée 1220

Par un homme en casquette, en veste débraillée,

Qui se croise les bras, et, d'un air outrageux.

Semble étaler l'orgueil de ses haillons fangeux:

Écoutez-le parler: "Il faut qu'on institue

Un magistrat du meurtre, un dictateur qui tue." 1225

C'est Marat, c'est Marat ! — Pour le peindre d'un trait,

Il m'a dit de sang-froid, tout comme il le ferait,

Que Tunique moyen de calmer nos tempêtes,

C'est d'abattre deux cent soixante mille têtes !

Voilà son taux. — Deux cent soixante seulement; 1230

Jusques à trois cent mille il monte rarement.

Dieu puissant ! c'est un fou !

BARBAROUX

C'est un fou ; mais, madame, C^est un fou gui s'adresse aux passions en flamme.

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