ACTE III. SCÈNE I. 6l
Songez qu'on est encore en face d'ennemis
Qu'on a pu foudroyer, mais qu'on n'a pas soumis; 1235
Songez que les vainqueurs, surpris de leur victoire,
Ont peur des trahisons et se hâtent d'y croire;
Et quand un fou s'attaque aux noms les mieux famés,
Et les jette en pâture aux soupçons affamés.
Jugez si sa folie, autrefois pitoyable, 1240
Par ces temps orageux n'est pas chose effroyable!
— On l'a hué, flétri, bafoué, confondu;
A chaque flétrissure un crime a répondu.
Vainement les soufllets sont tombés sur sa joue;
Le crime allait croissant; le sang lavait la boue. 1245
Ceux qui l'ont offensé sont tous morts ou proscrits,
Et répouvante enfin Ta sauvé du mépris.
O merveille incroyable, et deux fois inouïe,
Qu'un tel monstre ait pu naître, et soit encore en vie.
BARBAROUX
Que voulez-vous 1 les lois se taisent devant lui. 1250
Les forfaits et les lois sont en paix aujourd'hui — Un jour, nous avons cru tenir notre victoire; Le crime était constant; lui-même en faisait gloire; Et quand nous l'accusons, d'un commun mouvement Quand la Convention le met en jugement, 1255
Voilà qu'il est absous, et qu'on nous rend cet homme Couronné de lauriers, comme un consul de Romel
Oh siége-t-il?
BARBAROUX
En haut de la Convention.
Y va-t-il tous les jours?
BARBAROUX
Il n'y va plus, dit-on.
Oîi va-t-il donc?
Il reste enfermé dans son antre. 1260
Et comment entre-t-on chez lui?
BARBAROUX
Personne n'entre.
La peur des assassins le cache aux visiteurs.
Personne absolument?
BARBAROUX
Hormis les délateurs.
Ah ! ceux-là sont reçus ?
BARBAROUX
Mais quoi! que vous importe?
Vous proposez-vous donc de frapper à sa porte? 1265
Moi! quelle étrange idée!
BARBAROUX
Alors, laissons Marat Pourquoi toujours parler d'un pareil scélérat?
Oui, vous avez raison; détournons la pensée De ce qui la dégrade et la tient abaissée.