‹ Charlotte Corday: A TragedyChapitre 6 sur 161 · ACTE I. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE I

Un beau jour, Citoyens! — La République est née. Salut, vingt-deux septembre, immortelle journée! Puisse se prolonger dans Tavenir lointain L'ère républicaine, ouverte ce matin ! 150

[A un domestiqtte^ Apportez à Vergniaud cette coupe profonde;

\Le domestique prend sur une petite table de service une coupe de forme antique qu^il donne à Vergniaud^ Versez-y largement le vin de la Gironde.

\Elîe remet au domestique une bouteille de vin de Bordeaux ; le domestique remplit la coupe^

[A Vergniaud,] Vous boirez à la France ! — Après un jour pareil, Vous qui citiez Horace, écoutez son conseil:

"Frappez d'un pied joyeux, frappez le sol sonore; 155 Portez les mets exquis sur la table des Dieux; C'est maintenant, amis, qu'il faut vider ramphore. Et puiser le cécube au cellier des aïeux.

Plus tôt c'était un crime. En son ivresse folle, . Au milieu d'un troupeau d'esclaves dissolus, 160

Une reine apprêtait la flamme au Capitole, Et des fers étrangers aux fils de Romulus."

[Les convives s'inclinent devant madame Roland, en faisant entendre un murmure d* approbation^

LOUVET

Poursuivez; il vous sied de nous traduire Horace,

Qui chanta l'amitié, la sagesse et la grâce.

Oui, rendez-nous l'esprit du poëte latin; 165

Et que n'est-il assis lui-même à ce festin!

Il trouverait chez nous une muse moderne

Qui l'inspirerait mieux que son meilleur Falerne,

Et pour qui, désertant Mécène tv€^\^€.

11 oublîrait Phyllis, Néère et Lalagé. 170

VERGNiAUD, dcbout et la coupe en main,

A ton éternité, République, naissante !

\Tous se Ihjent^ Sois généreuse et forte, équitable et puissante; Combats tes ennemis, mais pardonne au malheur; Fais oublier les rois par un jègne meilleur.

Tu vivras, si, croyant toi-même à ta durée, 175

Tu poursuis lentement ton œuvre mesurée.

Et si, pour convertir ceux qui doutent de toi. Tu comptes sur Tamour et non pas sur TefFroi.

\Au mome?it où il approche la coupe de ses lèvres^ madame Roland lui retient le aras,]

MADAME ROLAND

Souhaitez plus encor. Pour la rendre accomplie,

Souhaitez qu'elle soit élégante et polie. iSo

Le langage élégant donne les douces mœurs;

Et la férocité rougit de ses clameurs.

— Ouvrez Tamphithéâtre, et préparez les fêtes!

Parlez, grands orateurs ! chantez, divins poëtes !

Et des fleurs de Platon Ton va vous couronner, 1S5

Non pas pour vous bannir, mais pour vous enchaîner.

La noble République, oii le ciel nous convie,

N'abaisse pas la gloire au niveau de Tenvie.

Nous n'aurions fait que perdre au change des tyrans.

S'il fallait qu'on subît le joug des ignorants. 190

A Dieu ne plaise! — En fait de mœurs républicaines.

Laissons la Béotie; amis, soyons d'Athènes.

[Elle détache un bouquet de roses de sa ceinture, et Veffeuille dans la coupe de Vergniaud, Bnzot et Louvet tendent leurs verres pour y recevoir quelçues feuilles de roses.]

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