‹ Charlotte Corday et Madame RolandChapitre 32 sur 49 · FIN DES NOTES SUE CHARLOTTE CORDAY · texte numérisé non relu

FIN DES NOTES SUE CHARLOTTE CORDAY

LES DERMÈRES HEURES

Tout ce qui manquait à son mari, madame Koland l'avait pour lui , force, liiijjilelé, élévation, prév<iyance. Madame Koland lui lame de la Giroode. C'est autour d'elle que se réunissaient ces lionimes Lrillnnts et courapeux, pour s'enlietenir des Lesoins et des dangers de la patrie ; c'esl elle qui excitait ceux qu'e'Ie savail propres à l'action, et poussait a la tribune eexix qu'elle savait éloquenls.

(Histoire de la RivolutonJ'iancnisc. JMigwet, lome i, page 2^ï.)

T,a Conciergerie, tenant au Palais de Justice et renfermant à cause de cette proximité les prisonniers destinés au tribunal révolutionnaire , présentait le douloureux spectacle de quelques cents malheureux n'ayant jamais plus de trois ou quatre jours à vivre ; on les y transférait la veille de leur jugement, et ils n'y restaient que le court intervalle qui séparait leur jugement de leur exécution. Là se trouvaient madame Roland qui, après avoir fKil évader son mari, s'était laissé enfermer sans songer à fuir; les ieunes Kioufle, Girey-Dupré, Bois-Gujon, attachés à la cause des députés proscrits (les Girondins) et traduits de Bordeaux à Paris pour y cire jugés conjointemenl avec eux : BaïUy, qu'on avait arrêté à Melun, l'ex-miuistre des finances Clavière, etc., etc

(Histoire de la Rîi'olution française , par Thieei, terne 5, page %t\.J

PERSOIVIVAGES

BAILLY, ancien maire de Paris.

LAMOURETTE, ancien évêque de Lyon.

RIOUFFE, ami des Girondins.

GIREY-DUPRÉ, homme de .'eltres, ami des Girondins.

BOIS-GUION, ami des Girondins.

CLAVIÈRE, ancien ministre des finances, collègue de Roland.

HENRIETTE CANNET, amie d'enfance de madame Roland.

LA FEMME DU GEOLIER de la Conciergerie (1).

La scène se passe dans une des salles de la Conciergerie dans la nuit du 9 au 10 novembre 1793.

(1) Voir page 257, les notices historiques sur ces divers personnages.

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ii.V

Le malheur à la mort m'a déjà préparée; Mon ame a tant souffert, mon ame a tant lutté, Que mourir est pour moi presqu"une volupté (1). Ce sentiment caché, cet amour qui m'accable (2), Je l'étouffé en mourant, avant qu'il soit coupable. Avec sérénité, sans haine, sans remord, J'interroge mon ame en face de la mort; Je la sens s'élever au-dessus des orages Qui troublent ici-bas les plus fermes courages. Cette ame, aux passions a déjà dit adieu, Et ses derniers combats s'apaisent devant Dieu ! La terre a disparu, mon épreuve est finie : Je meurs, et je n'ai pas l'horreur de l'agonie. Dieu seul est vrai : vers lui je monte sans effort ; Mais le cœur peut fléchir, quoique l'esprit soit fort. Dans mon ame parfois passe une image amère Qui change en désespoir ma tendresse de mère : Je revois mon enfant, et je me sens faiblir; La mort que j'appelais me fait alors pâlir (3).

(1) Voir la noie J, pago 277.

(-2) Voir la noie 5, page 279.

(5; Voir la note C, page 280.

Je voudrais, me gardant à tes jeunes années, Que Dieu n'eût pas sitôt disjoint nos destinées, Ma fille ! seul amour dont mon cœur s'enivra , Pour toi je voudrais vivre, ô ma douce Eudora (1) ! Avant de nous quitler , ange qui seras l'emme. Je voudrais à la vie initier ton ame, T'enseigner hi vertu, la force, le devoir , Guider les sentiments qui viendront t'émouvoir; A l'éveil de ton cœur assister et te suivre Pas à pas dans ce monde où sans moi tu vas vivre. Demain tu n'auras plus mon appui maternel. Demain viendra pour moi ce moment solennel Où du monde à jamais notre ame se sépare... J'étais calme, et voilà que la douleur m'égare ! Demain de mon amour il faudra te sevrer , Et quand je pense à toi je ne sais que pleurer ! Mais vivre, oh ! non, mon Dieu ! vivre, même pour elle. Pour cette pure enfant, si touchante et si belle. Je ne le puis. . . je sens mes forces succomber ! Vivre au milieu du sang, vivre pour voir tomber

(1) ISom de la fille de Madame Roland, aujourd'hui madame Champagneux.

200 i.KS DiM'.MÈnF.s iiF.unrs

Sous le fer du bourreau ces tètes vénérées, Que la liberté sainte elle-même a sacrées ! Vivre, lorsque le crime immolant la vertu Ketient sous la terreur tout courage abattu ; Vivre quand ma patrie, autrefois noble et fière SouITre pour dictateurs Danton et Robespierre, Lorsque la liberté et l'honneur vont périr : Lorsque la France meurt, je veux aussi mourir î

SCEXE II.

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