‹ Charlotte Corday et Madame RolandChapitre 48 sur 49 · BOIS-GUION · texte numérisé non relu

BOIS-GUION

« Bois-Guioi! était un philosophe pratiqua d'une vertu douce et bienfaisante; recueilli en lui-même, il travaillait sans cesse à se rendre meilleur; son esprit était fort cultivé, Ces'jntdeccs mérites qui n'ont rien à démêler avec le vulj,Mire, et que l'observateur philosophe se plaît à contempler dans l'espèce de coque mystérieuse où ils s'enveloppent. Pour le peindre en un mot, il avait des pièces qui eussent pu servir à sa justification, mais compromettre des personnes qui n'étaient point ses amis, et qu'on eût plutôt soupçonnées de vouloir le sacrifier ; il brûla ces pièces, de peur d'être tenté d'en faire usage. Son patriotisme constant n'avait guère dû être autre chose en aucun temps que de la philantropie. Mais son ame n'était pas d'une trempe aussi forte que celle de Girey-Dupré; il écrivit à Robespierre, sur lequel il n'était pas encore loilt à fait détrompé ; il lui rappelait dans sa lettre que dans des temps où ils étaient menacés, il avait protégé ses jours. Le tyran l'avait oublié j il ne répondit point et ne daigna pas faire un signe pour l'arracher à ses bourreaux. »

{Mémoires deRiouffe, pages 61 et 62.)

CLAVIERE.

vm.

Il était né à Genève , il fui collègue de Roland aii ministère et se trouva détenu à la Conciergerie avec madame Roland. « Peu de mois après l'exécution dé cette femme célèbre, Clavière, dit Riouffe, né dans une république ancienne cl fils adoplif d'une république nouvelle qui lui destine la ciguë, s'enfonce un couteau dans le cœur, en citant ces vers de Voltaire :

Les criminels Iremblants sont traînés au supplice, Les mortels généreux disposent de leur sort.

(Sa femme l'apprend, ets'empoisonne après avoir consolé ses enfants et mis ordre à ses affaires.

« Sous une lampe funéraire, au bout d'un long corridor, ce vieillard auguste (Claviére) me prend à part, il venait de lire la liste de ses témoinseld'y trouver en tète ses plus farouches ennemis, (c Ce sont des assassins, medit-il,jeveuxmedéroberàleur fureur. )) Alors commence l'entretien le plus grave et le plus réfléchi sur le moyen de se débarrasser de la vie II calcule les coupset la manière la plus sûre de se percer le cœur. IllustrcGenevoisljefusdignedetoi; jet'entendissans pâlir délibérer sur ta mort ; j'approuvai ta résolution républicaine; je vis le couteau se promener sur ta poitrine, cttamainassurée marquant la place où tu devais frapper. Je t'eusseiraité, mais comme toi, je n'en

SUR >I\D\Mli IlOLAND, -271

avais pas reçu It^ signal Enfin, il me quitte Au

bout d'un quart frheurc il n'était plus. On le trouva rendant le dernier sou})irdans sa chani'jrc, où il s'était enfermé pour consommer son dessein. »

(Mémoires de Riouffe, pag-es 58 et 59.)

LA FEMME Dl GEOLIER.

Elle se nommait madame Uicharrî; tous ceux qui Foiil connue ont loué son humanité.

Note A .

(a) Que inoiirir osl pour moi presqii'iiiie \H)Iii|)lé.

« Quanta moi, écrivait madame Roland dans une de ses lettres les derniers jours de sa vie, tout est lîni; vous savez la maladie queles Anglais aj)pellent HcarC break : j'en suis atteinte sans remède, et je n'ai nulle envie d'en retarder les effets ; la fièvre commence à se développer, et j'espère que cela ne sera pas

long. C'est un bien je crois, mon ami, qu'il faut

s'envelopper la tète, et en vérité ce spectacle devient si triste^ qu'il n'y a pas grand mal à sortir de la scène. Ma sauté a été fort altérée : les derniers coups rappellent ma vigueur, car ils en annoncent d'autres à supporter. xVdieu^ je ne vis plusquepour me détacher de la vie. »

978 NOTKS

D(^à ce dégoût de la vie s'était emparéde son ame dans sa jeunesse. Oa trouve les passages suivants dans une de ses lettres aux demoiselles Cannet, du 21 septembre 1777 :

(( Je n'ai pu nie défendre ce soir de mille réflexions accablantes; je suis tombée dans une rêverie profonde; j'ai parcouru <ies degrés de chagrins qiK' je ne connaissais pas encore. Mon ame est flétrie, mon œil est sec : je cherche des pleurs et je ne sais plus en répandre. Hélas! l'exercice pénible de la sensibilité pourrait-i! s'affaiblir et s'éteindre chez moi. La scène magnifique de l'univers ma paraît C(mverte d'un voile , une s >ilc de brouillard environne et confond les objets sur lesquels je voudrais fixer mes regards. Je ne reçois que des sensations languissantes ; mes idées se succèdent sans chaleur, j'existe sans passion et sans goût. Je deviens étrangère aux transports de l'enthousiasme, aux déchirements delà compassion. Le malheureux obtiendrait mes soins et mes secours, mais il ne me toucherait point. Sans haine pour le genre humain, sans estime pour lui, sans désirs, et presque sans regrets, j'use de la vie avec indifférence, et je me résignerais volontiers à la perdre : triste fruit de la réflexion et de la connaissance de mes semblables. Je n'ai que vingt-trois ans : déjà toutes les illusions se sont évanouies avant que j'aie goûté tous leurs

charmes. »

(LeUfis aux demoiselles Cannet.)

SIR MADAMK ROLAND. 279

« Mon cœur Irop éprouvé ne connaît plus celte joie franche qui exalte l'imagination et développe nos facultés : l'habitude du chagrin produit enfin un certain sombre dont on ne peut plus se défaire. » (Id.J

« La vie ne me semble douce que par l'espérance de sa courte durée Tu me disais, Sophie, que tu te crovaisdestin>'eà vivre longtemps, je c/'oî> le contraire pour moi, et je m'en rejouis. » flfi-J

23 mai 1777.

Note B.

[ù] Ce seiiliment Ciiché, cet amour qui m'accable.

Tous ceux qui ont écrit sur madame Roland, môme les historiens les plus sérieux, ontdil qu'elle avait ressenti une passion profonde pour uu des Girondins proscrits. Celui qui lui inspira ce sentiment mystérieux, quel est-il? La tradition a désigné Barbaroux ; la tradition, c'est l'histoire pour le poêle, et c'estsur elle que nous nous sommes appuyée. Quant à l'expression même d'un sentiment tel que pouvait l'éprouver madame Roland , nous en avons trouvé la trace dans quelques passages de ses écrits. Dans une lettre à Bancal-des-Tssarts, dont nous allons transcrire des fragments, celte ame , naturellement passionnée, et par devoir si contenue, ne trahit-elle pas l'amour en écrivant à son ami. Laissons-la se montrer elle-même :

'280 NOTP.S

« 18 octobre 1790.

« Je prends la plume sans savoir ce que pouna devenir ce que je vais tracer, comme sans juger ce que je vais écrire. Mon esprit est occupé de mille idées, que je trouverais sans doute plus faciles à exprimer si elles étaienl accompagnées de senlimenls moins tumultueux ; pourquoi mes yeux sont-iis obscurcis de larmes qui s'en échappent sans cesse et les remplissent toujours?

K Ma volonté csl droite, mon cœur est pur, et je ne suis pas tranquille'. Elle fera le plus grand charme de notre vie et nous ne serons pas inutiles à nos semblables ^ c'est vous qui 'édites de l'alfeclion qui nous lie^ et ce texte consolant ne m'a point encore rendu la paix 1... C'est que je ne me suis point assurée de votre bonheur, et que je ne me pardonnerais jamais de l'avoir troublé. C'est que j'ai cru vous voir l'attacher, du moins en partie, à des moyens que je crois faux, à une espérance que je dois interdire. Ah! sans doute, l'affection qui rapproche et confond des âmes franches et sensibles, également enthousiastes du bien, inspirées par les mômes penchants, doit charmer leur existence et lui donner un nouveau prix ; sans doute, les vertus qu'une telle affection peut développer ou nourrir doivent tourner au profit de la société, comme h la gloire de ceux qu'elle anime: telles sont les bases de ma confiance, et le rocherauqucljeme trouve attachée, même daits. les plus fortes agitations de la tempête.

S(K >HnA^IIi ROLAND "iK |

« Mais qui petit piùvoir rdït'l rru^ilalions violonlos ou (rop rrêqucmmcnl roiumvclées? El ne scraiciit-ellos pas r<7lc)utai)les quand elles n'en auraient (l'autre que cette langueur (|ui leur succède, qui altère passagèrement l'être moral et ne le laisse plus au niveau de sa situation. Je m'abuse j vous n'éprou vez point cette indigne alternative ; vous pouvez être (juelqucfois altrislè, mais vous ne sauriez jamais être faible, et il n'y a que la fiiiblessc qui conduise h l'abattement ou puisse amener les fâcheux excès. L'impétuosité naturelle à votre sexe, l'activité d'une ardente imagination, ne produisent que de légères (>rreurs, semblables à celles d'un songe fugitif^ lorsqu'un sentiment profond alimente le cœur et purifie dans son feu sacréses vaines illusions, [/idée de votre force me rend toute ia mienne ; je saurai goûter la félicité que le ciel m'a départie, en songeant qu'il u'a point perniis que j'aie troublé la vôtre^ et qu'il m'a même accordé quelque moyen de l'accroître.

(( D'où vient que celte feuille que j'écris ne peut vous être er-voyée sans mystère ? Pourquoi ne peut-on laisser voir à tous les yeux ce que l'on oserail offrir à la Divinité même? Assurément je puis appeler le ciel, et je le prends à létnoin de mes vœux, de mes desseins. Je trouve de la douceur à penser qu'il me voit, m'entend et me juge; qu'est-ce donc que ces contradictions sociales, ces préjugés hti-.

mains au milieu desquels il est si difficile de couduire son propre cœur , si le courage des sacrifices ne s'unit à la pureté d'intention comme au dédain de vaines formules pour conserver le fil des devoirs?

(( Adieu, mon ami, il est presque cruel de vous entretenir lorsque vous ne pouvez tne répondre; mais s'il y a quelque rigueur d'user de cet imparfait avantage, vous me passerez bien celie-là.

« J'ai beaucoup pensé à vous, j'ai repassé sur une partie du chemin que nous avons fait ensemble... Vous êtes appelé à connaître tout ce qu'il y a de félicité en ce monde, car vous sentez le prix de la vertu; il n'y a rion au-delà, mais ce n'est point de cela que je voulais vous parler. »

« 1 1 février 1791.

(( Rappelez-vous que j'ai besoin du bonheur de mes amis; ce bonheur est attaché, pour ceux qui sentent comme nous, à une irrépi^ochabilùé absolue. Voilà le point où j'espère que nous nous retrouverons toujours, et il est assez élevé pour que nous puissions nous y réunir, malgré les vicissitudes du monde et l'étendue de l'espace. »

Les voilà exprimés par elle - môme ces trou blés intérieurs, ces attendrissements involontaires, ces symptômes connus des orages de l'amc.

Srn MADWIK HOLANU. 2S^

Quaut à la ïi-véîalioii de celle grande et sérieuse passion qui !a suivit dans la lonihc, nous la surprenons à peine dans (|Melques passa i^es de sos Mémoires. En rappelant ses épancheinenls de piété : «. on se demandera, dit-elle, si ce cœur si tendre, cette sensibilité si affectueuse, n'ont pas été exercés par des objets plus réels, et si après avoir rêvé sitôt le bonheur, ne l'ai-je pas réalisé dans une passion conçue plus tard? N'anticipons rien, leur dirais- je, arré tez-vous avec moi sur ces temps paisibles des saintes illusions, auxquels j'aime encore à me reporter. Croyez-vous que dans un siècle aussi corrompu, dans un ordre social aussi mauvais, il soit possible de goûter le bonheur de la nature et de l'innocence? I.es âmes vulgaires y trouvent le plaisir; mais les autres, pour lesquelles le plaisir seul serait trop peu de chose, atteintes par les passions qui promettent davantage, contraintes par des devoirs bizarres ou cruels que pourtant elles honorent, ne connaissent guèreque la gloire chèrement payée de les remplir. » En parlant du voyage auquel elle se préparait au moment de son arrestation, madame Rolandajoule ; u [Jne autre raison que j'écrirai peut-être un jour, et qui est toute personnelle, me décidait au départ. » — « Je connais(dit dans une noteM. Champagneux) le motif dont veut parler la citoyenne Roland : elle me l'avait confié, mais le tomps de le publier n'est pas encore venu. La malveillance s'en empare-

•2 Si Norrs

parerait : ce siècle est trop corrompu pour croire aux efforts de vertu dont la citoyenne Roland donna alors des preuves, d'autant plus faites pour être admirées, qu'elles n'eurent aucune publicité et qu'elles se concentrèrent absolument dans l'intérieur de sa maison. »

Et ailleurs: «Movoilà doncenpri^on,nlcdis-je; ici je m'assieds ctme recueilleprofondémcnl. Jcne donnerais pas les moments qui suivirent pour ceux que d'autres estimcraienl les plus doux de ma viej je ne perJrai jamais leur souvenir. Ils m'ont fait goûter, dans une situation critique avec \}n avenir orageux, incertain, tout le prix de la force et de l'honnêiclé dans la sincérilé d'une bonne conscience et d'un grand courage. Jusque là poussée par les événements, mes actions dans celte crise avaient été le résultat d'un vif sentiment qui entraîne. Quelle douceur que d'en justifier lous les ef!éls par la raison! Je rappelai le passé, je calculai les événements futurs ; et si je trouvai , en écoutant ce camr sensible , quelque affection trop puissante , je n'en découvris pas une qui dût me faire rougir, pas une qui ne servît d'aliment à mon courage, et qu'il ne pût encore dominer. Je me consacrai, pour ainsi dire volontairement à ma desliiwJe, quelle qu'elle pût être; je défiai ses rigueurs, et m'établis dans cette disposition où l'on ne cherche plus que le bon enq)loi (!i! pcésentj sans inquiékub' ultérieure. »

SLR M.\D.V>lli lîOLA>D. 2 S."»

« J'ai connu ces sentiments généreux cl terribles qui ne s'enllanmient jamais davantage que dans les l)()uleversen)C!ils politiques el la confusion de tous les rapports sociaux ; je n'ai point été infidèle à mes principes, cl l'alleiute même des pa^^sions , j'ai le droit de le dire, n'a guère fait qu'éprouver mon courage. Somme totale, j'ai eu plus de vertus que de plaisirs- je pourrais même èlre un e\empl;î d'indigence de ces deniiers, si les premières n'er. avaient qui leur sont propre:, et dont la sévérité a des charmes consolateurs. »

(( ïi est très vrai que l- procès aclucl (celui de* Yiiigl-Deux)m'al)ri'uve d'amerlumc el m'enflamme d'indignalion : j'ai cr.; que les fugitifs étaieîil aussi arrêtés (les Girondins retirés à Caen^ parmi lesquels était Barbaronx). 11 est possible qu'une douleur profonde et Vcxallalion de sentiments déjà terribles aienl nuui, dans !e secret de mon coeur, wwc résolutioîi (celle de se lucr) que mon esprit a revèlue d'excellentes raisons. »

(Mémoires de madame Roland.)

(loMiiaîtrons-notis jamais la vérité (ont entière sur l'oltjet de Vexallation. de ces senliincnls terrUdcs? Eh ■ qu'importe au poète le voile à demi soulevé qui

2Sf)

NO ri s

Ciche ce chaste cl douloureux amour! ce qui lui importe, cVst d'avoir pu comprendre tout ce qu a (';\ souffrir cette ame héroïque.

Note C, (( ) La morlquo j'appelais me i'ail alors [làlir.

On trouve le passage suivant dans les Lettres aux demoiselles Cannet, sur le sentiment que la pen sêe do la mort faisait naître dans l'ame de Mme Rolandj alors encore jeune fille :

« Sans avoir éprouvé aucun événement fâcheux, je suis pénétrée de tristesse par un mal factice. Ecoute, je songeais cette nuit que j'étais malade et prête à mourir ; il n'y a rien encore de bien surprenant dans une telle imagination; mais ce qui ne m'est jamais arrivé, c'est de faire dans cet état de sommeil des réflexions suivies, dont les impressions profondes me sont restées, et d'éprouver tous les sentiments qui peuvent agiter un agonisant^ avec une vivacité qui a ébranlé tous les ressorts de mon ame, et métamorphosé la situation de mon esprit. tJn ne peut voir la mort de plus près qu'en la souffrant. J'attribue tout ceci à la force d'une bouillante imagination; mais quelle qu'en soil la cause, les effets n'en sont pas moins réels; mon cœur est violemment ému. Je me réveillai, sans pouvoir rattraper le

sur. IMAHAAIK KOLA>D.

sommeil ; je me levai avec rimuge de la mort, ilon( le squelette me suit partout. J'ai été à la messe le cœur navré; je reviens avec la même horrible compagnie. Mon Dieu! je voudrais répondre à tes ré llcxions autrement que par la peinture d'une situation si triste et si singulière; mais je suis dans iii! trouble et un bouleversement aussi nouveaux {)0ur moi qu'ils sont incompréhensibles pour d'autres. D'ordir.aire, j'envisage comme toi la mort sans terreur ; ce n'est plus de même depuis qu'un songe m'a transportée au moment où on lui paie le tribut; je sens toutes les horreurs et toutes les révoltes de la nature. Sûrement tu crois que j'ai perdu la tête : je nîc tais, je vais laisser ma lettre aujourd'hui ; j'at- Icîîdrai pour la finir (nie mes sentiments soient nioins ^ifs et mon aine plus tranquille. » Ce dimanche malin, 5 déceml»re 1773.

u Du mardi 7 décembre.

« (.les noires vapeurs se sont enfin converties en douce rosée da mélancolie ; mon ame tranquille se repaît de |)ensées solides sans tristesse , et s'attendrit sans amertume, les idées atlligeanics glissent pour ainsi dire sur notre cerveau conime l'eau sur le plumage du çvgne ; leur impression s'affaiblit d'ellemême, et celui «jui s'entretient incessamment avec sa douleur , send)le la consumer plutôt (\uo la

nouriir. »

(Le lires mix demoiselles Cannet.)

NoleD.

{(l) Ceb llcin s qu'elle iii'Cin oie el ([u'elk' sait que j aime.

« La vue d'une lïour caresse iiioii ijuaginatio!) el jlalte mes seus à un point inexprimable ; elle réveille avec volupté le setitimenl de moa existence. Sous le tranquille abri du toit paternel, j'étais heureuse dès l'enfiîî.cj avec des (leurs et des livres. Dans Fé- (roite enceinte d'une prison, au milieu des fers imposés par la tvrannie la plus révoltaiiti", j'oublie rinjustice des hommes, leurs sollises et mes maux y>ec des livres et des fleurs. >>

(Mémoires de Mme Roland.)

Note E.

{(■) Dans te cloître en ruine, cnlouré de U)in!)i';ui\,

Où coulèrent nos jours les plus purs, les [)lus beaux.

Le couvent de la Congréga!ion,ruc Neuve-Sair.t- Klienne, dans le faubourg Saint-Marceau :

« Je me trouvais avec plaisir, dit madame Roland dans ses Mémoires, sous les cloîtres silencieux que je traversais à petits pas pour mieux coûter leur solitude j je m'arrêtais quelquefois sur

iiiic ((»nil>e (îii (Mail f^i■a^o reloge dniu; siiinlc lillo. Elic csl hcurcuso ! nu; ()is;iis-je en soiipir.inl ; puis une inclancolio, qui nYlait |)as sans douceur, s'eniparail de mo ! ame, el me faisait chere'îor dans îe soin de la Divinito, dans l'espoir d'y être rocuo un jour, ce j arfail honhouv dont je sjnlais le hosoin.

(i Laproniièro nui! que je passai au couvent fut agitée, je n'éiais [dijssoud L' toit paterî.ei ; jeniescnlais loindeceîle bonne mère qui sùreaionl jie sailà moi avec attendrissement. Lue faib!e Unnir éc'airait !a cliomlire où Ton m'avait mise à coucher avec quatre aulresenfanlsdemoiiiV-e : je me ievaidouce;nent^ j'ailai près de la fenèlre; lo clair de iu;:e periueltait di' distinguer iejai(iiu sur!((^i!el el!e avait vue. Le plus profond silence régnait dans ces lieux; je l'écoutai pour ainsi dire dans une sorte de respect ; de grands arbres projetaient çà el là leur ombre gigantesque et promettaientunsùr abrià la méditation tranquille. Je levai les yeux vers le ciel : il était pur et serein ; je crus sentir la présence de la Divinité, qui souriait à lïion sacrifice et m'en offrait déjà la récompense dans la paix consolante d'un séjour céleste. Des larmes délicieuses coulèrent lentement sur mon visage ; je réitérai mon dévoùment avec un saint transport, et je fus goûter le sommeil des élus.»

Souvent dans sa correspondance avec ses deux amies, elle rappelle cette paisible retraite. Un jour elle écrit à Sophie .

•290 NOTIÎS

(( J'ai passé la journée d'hier (mardi 22 février 1774) dans le couvent avec maman, qui s'est trouvée ong-agée à profiter d'une des permissions. Mille choses m'ont rappelé des souvenirs attendrissants et délicieux. J'aurais voulu pouvoir me dérobera tout ce qui m'environnait , et me placer au pied d'un arbre pour rêver et l'écrire sous ces tilleuls qui ont vu naître notre amitié. ïe souvient-il de cette allée sur la gauche, moins fréquentée que les autres? c'était toujours vers elle que nous dirigions nos pas 5 làj tout entières au sentiment, nous nous promenions paisiblement, l'un de tes bras appuyé sur mes épaules et l'un dos miens passé autour de loi. »

Noie F.

(/■) Du sang dos vini>I cl nu récliafainl fume eiicor.

Les Vingt et Un, ou le parti de la Gironde, décrété d'accusation le 31 mai 1793 par le parti de la Montagne. Voici comment madame Roland s'exprime dans ses Mémoires sur cette fraction de la Convention :

(( Il y avait là beaucoup d'hommes de mérite, et« pas un chef, pas un de ces ôtres à la Mirabeau, propre à commander au vulgaire, à rallier en ud faisceau les volontés des sages et à les présenter avec

Sl!U MADA.MK HOr.AM). rîi) 1

l'ascendant du génie (pii se fait obéir dès qu'il se manifeste. »

Vilale rend compte en ces termes de la séance de la (jOiivenlion, où les Girondins furent co;idamnés à'niort :

(( J'étais assis avecCanii'Ie-Desmoulins sur le banc placé devant la table des jurés. Ceux ci, revenant des opinions, Camille s'avance pour parler à Antonelle, qui rentrait l'un des derniers. Surpris de l'altération de sa fleure, il lui dit assez haut : Ah! mon Dieu! jeté plains bien, ce sont des fonctions bien terribles. Puis , entendant la déclaration du jury , il se jette tout à coup dans mes bras s'agilanl, se tourmenlant : Ah! mon Dieu ! mon Dieu! c'est moi qui les tue! Mon Brissot dévoilé, ah ! mon Dieu! c'est ce qui les tue ! A mesure que les accusés rentrent pour enleudre leur jugement, les regards se retournent vers eux ; le silence le plus profond régnait dans toute la salle ; l'accusateur public conclut à la peine de mort. L'infortuné Camille défait , perdant l'usage de ses sens, laissait échapper ces mots : Je m'en vais , je m'en vais , je veux m'en aller.

A peine ce mot fatal, mo?t;, est prononcé, Brissot laisse tomber ses bras, sa tête se penche subitement sur sa poitrincj Gensonné, pùle et tremblant, demande la parole sur l'application de la loi, et dit des mots qu'on nVnlend pas. Boileau, étonné, élevant dans l'air son chapeau, s'(Scrie : Je suis innocent! Et se

■2\)2 NOTLS

tournanl vers le peuple, il l'invoque avec véliéjnence. Les accusés se lèvenl sp^îilanêmonl. Nous sommes innocents, peuple, on vous trompe! Le peuple reste immobile, les gendarmes les serrent et les font asseoir. Valazé lire de sa poiliiic un stylet et se l'enfonce dans le cœur, il expire renversé; Silléry laisse tomier ses deux béquilles en s'écrianl le visage plein de joie et so frottant les mains : Ce jour est le plus beau de ma vie !

L'heure avancée de la nuit, les flambeaux allumés, les juges et le public fatigués d'une longue séance (il était minuit), tout don;, ait à cette scène un caractère sombre, iiiiposant et terribîe, la nature souffrait dans toutes ses affections. Camiile-Desmoulins se tr.juvait plus mal. 13over-Fonfréde se retourne versDucoset l'entrelaçant de ses bras : 3Ion ami, c'est moi qui te donne la mort! Son visage était baigné de larmes. DucoSj le serrant dans les siens : Consoletoi, nous moun'ons ensemble ! Vahhé Fauchet, abattu^ semblait demander pardon à Dieu. Lasource contrastait avec Duprat, respirant l'énergie. Carra conservait un air de doute. Vergniaud paraissait ennuyé de la longueur d'un spectacle si déchirant.

On remarquait en général le calme sur la figure des autres condamnés. Tous sortirent s^ns avoir fini d'entendre le jugement, quelques-uns d'entre eux jetant des assignats au peuple, qui murmurait.»

SUK MADAME HOLAND. 2 93

Note G.

(g) 0 mes frères Vergniaiid, Brissot et Gensonné, Et vous, couple louchant si jeune moissonné.

Nous uc saurions mieux faire connaître les députés de la Gironde ici nommés, qu'en transcrivant les portraits que madame Roland et Riouffe ont laissés d'eux dans leurs Mémoires.

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